Entre les cases en tôle, mercredi 8 avril, les enfants jouent, les poules caquettent, des femmes préparent des brèdes et d’autres se tressent. Des scènes de vie quotidienne dans le bidonville de l’ancien stade de Chirongui. Pourtant, bientôt elles ne pourront plus avoir lieu. Le quartier est concerné par une opération de démolition des « constructions bâties illicitement » selon les termes de la préfecture.
Dans un arrêté préfectoral publié le 26 mars, il a été notifié aux habitants d’évacuer les lieux dans un délai maximum de 23 jours. D’ici quelques jours donc les bulldozers et tractopelles vont entrer en action pour détruire ces cases en tôle construites au fond d’un terrain vague à la lisière de la forêt. Les services de l’État justifient ces démolitions par « les risques graves pour la salubrité et la sécurité et la tranquillité publique en l’absence d’alimentation en eau potable, de collecte des eaux usées et des eaux pluviales ».
« Comment je vais faire seule avec mes cinq enfants? »

Sur place, les habitants dont de nombreux enfants en bas âge se retrouvent pris au dépourvu. Vêtue d’un boubou rouge, Amilati Hamidou ignore où elle va vivre. « Je ne sais pas comment je vais faire seule avec mes cinq enfants », exprime-t-elle pendant qu’elle se fait coiffer par une de ses proches. Depuis 2012, cette trentenaire comorienne régularisée est installée ici. Dans le quartier, seul un ménage a reçu une proposition d’hébergement dans un logement situé à Labattoir. Depuis l’annonce de la démolition, « dans le quartier, on est tous en panique », confie un jeune de 16 ans.
Un autre quartier de Chirongui, le lieu-dit Mangrove-La Poste est aussi ciblé par une opération similaire. Un arrêté de démolition a été publié le même jour, ce qui laisse penser que le décasage pourrait intervenir au même moment. Selon la police municipale, des individus vivant dans le secteur c’est-à-dire derrière le centre de tri de la Poste sont à l’origine de caillassages, c’est l’une des raisons qui a amené la municipalité à demander la mise en oeuvre d’une telle opération.
L’Etat n’a plus l’obligation de proposer une solution de relogement

de l’opération.
Asmahani, originaire de Grande Comore, habite dans l’une de ces parcelles avec son mari
mahorais et leurs trois enfants. Il y a quelques semaines, sa maison en tôle a été numérotée à la bombe orange, il est prévu qu’elle soit détruite. La mère de famille est angoissée. « Pour l’instant, on a pas de nouvelles, on a peur, on ne sait pas où on va aller, on a des enfants c’est ça le souci. On nous a dit qu’on va nous proposer des maisons, jusqu’à maintenant on en sait rien », redoute-t-elle. Selon l’arrêté préfectoral, là aussi dans cette zone un seul ménage s’est vu proposé un hébergement, il se trouve également dans la commune de Labattoir.
La loi pour la refondation de Mayotte adoptée en août 2025 a fait évoluer la législation sur la question du relogement lors d’action de destruction de l’habitat illicite. Désormais, à Mayotte l’État peut « déroger à l’obligation d’annexer une proposition de relogement ou d’hébergement d’urgence » lors des décasages. Selon la préfecture, 161 personnes vivent sur ces deux zones Mangrove-La Poste et quartier de l’ancien stade, ce qui représente 31 ménages. Selon la préfecture, 161 personnes vivent sur ces deux zones Mangrove-La Poste et quartier de l’ancien stade, ce qui représente 31 ménages.
Les décasages s’accélèrent
La commune de Chirongui n’est pas la seule à connaître un décasage imminent. La trêve du
Ramadan étant passé, plusieurs arrêtés ont été publiés en ce sens. C’est le cas à Combani, Mangajou et Sada. A Sada, il a déjà eu lieu ce mardi 7 avril, 18 logements ont été mis à terre. Dans le même temps, l’État lance « Kingia », un dispositif d’ampleur dans la lignée de « Wambushu » et « Place nette Mayotte » pour “intensifier la lutte contre la délinquance, l’économie informelle et l’habitat insalubre", annoncent les services de l’État. Nul doute donc que d’autres bidonvilles seront détruits au cours des prochaines semaines.
Lisa Morisseau


