L’offre de soins en pédopsychiatrie se renforce dans le Nord de l’île

Ce vendredi, un deuxième centre médico-psychologique pour enfants et adolescents a ouvert dans le nord de Mayotte, avec l’objectif de rapprocher les soins et de mieux répondre aux besoins du territoire.

Dans la commune de Bandraboua, la matinée n’avait rien d’une inauguration classique. Entre les prises de parole et les visites, les partenaires présents se sont prêtés au jeu d’une chasse au trésor organisée dans les locaux. Une manière simple de faire connaissance, de comprendre le rôle de chacun et de rendre plus concret le travail mené autour de la santé mentale des jeunes.

Une offre de soins élargie dans le nord

Car derrière cet événement, il y a un enjeu très concret, celui d’améliorer l’accès aux soins pour les habitants du territoire. Jusqu’à récemment, dans le nord de l’île, les consultations en pédopsychiatrie étaient limitées à une seule journée par semaine, puis deux jours à partir de 2023.

Le nouveau bâtiment de la CMPEA.

Avec l’ouverture de ce nouveau centre, l’accueil passe désormais à cinq jours sur sept pour les jeunes de 0 à 18 ans. « Ça permet une offre de soins bien plus conséquente », explique Virginie Briard, pédopsychiatre et cheffe du service au Centre Hospitalier de Mayotte. Une évolution importante, à la fois en termes de fréquence, mais aussi de proximité, puisque les familles du secteur de Koungou à Acoua, n’auront plus à se déplacer jusqu’à M’tsapéré.

De plus, l’établissement s’adresse désormais aux enfants comme aux adolescents, une évolution liée à l’adaptation des structures locales. « Avant, on s’arrêtait à 15 ans, aujourd’hui on est sur du 0-18 ans, avec une prise en charge plus adaptée », précise la pédopsychiatre.

Une prise en charge qui repose également sur une équipe pluridisciplinaire, avec des professionnels qu’on ne retrouve pas toujours en psychiatrie adulte, comme des psychomotriciens, des orthophonistes ou encore des éducateurs. À cela s’ajoute un travail étroit avec les familles, mais aussi avec les partenaires du territoire, notamment l’Éducation nationale.

Des besoins importants, surtout chez les adolescents

Sur le terrain, les besoins sont bien identifiés, en effet, chez les plus petits, les professionnels observent surtout des troubles du développement, des retards de langage ou encore des difficultés d’apprentissage. Pour les adolescents, les situations sont souvent différentes, avec davantage de souffrances liées à des traumatismes, du harcèlement ou des troubles anxio-dépressifs. « On peut être aussi face à des situations de scarification ou de tentatives de suicide », ajoute Virginie Briard, en soulignant que ces problématiques restent plus fréquentes à l’adolescence.

Virginie Briard, pédopsychiatre et cheffe du Centre Médico-Psychologique pour Enfants et Adolescents  (CMPEA)

En ce qui concerne l’accès à la structure, il se fera uniquement sur rendez-vous, soit à l’initiative des familles, soit sur orientation d’un partenaire. Enseignants, professionnels de santé, associations ou structures sociales peuvent ainsi signaler une situation préoccupante. « On n’a pas une réponse identique pour tout le monde, on s’adapte vraiment au contexte », insiste la cheffe de service. De plus, la prise en charge est gratuite et accessible à tous, sans condition administrative. « Dès qu’un enfant est en souffrance, il ne faut pas hésiter à consulter », rappelle la pédopsychiatre, en insistant sur l’importance d’une prise en charge précoce.

Un réseau en construction et des défis à relever

Au-delà de l’ouverture de ce nouveau site, c’est tout un réseau qui est en train de se former. Il s’agit du deuxième centre médico-psychologique pour enfants et adolescents sur l’île et un troisième doit ouvrir prochainement à Petite-Terre. À terme, le CHM, vise le sud de Mayotte, jugé avec un besoin urgent d’après la spécialiste, au vu des 130 enfants déjà suivis sur deux jours et d’environ 70 enfants actuellement sur liste d’attente.

Mais malgré ces avancées, certains défis persistent, mais le principal reste la visibilité. « Il y a encore des enfants qui ne nous sont pas adressés parce que certains partenaires ne nous connaissent pas », reconnaît Virginie Briard. À cela s’ajoutent des réticences, de la part de certaines familles en lien avec des préjugés ou à la peur de la stigmatisation autour de la psychiatrie.

Le CHM a aussi inauguré le cinquième centre médico-psychologique à Mtsamboro.

Au total, une trentaine de partenaires étaient présents pour cet événement, issus de structures très diverses, comme des associations locales ou encore des réseaux de santé. Tous ont participé à cette journée pensée comme un temps d’échange, mais aussi comme un moyen de mieux coordonner les actions. Pour les familles, l’inauguration est prévue au mois de juin, celle-ci permettra de présenter le centre ainsi que les activités qui y sont proposées.  En parallèle, le centre médico-psychologique pour adultes, ouvert en janvier dernier, a lui aussi été inauguré ce vendredi à Mtsamboro par le directeur du CHM, Jean-Michel Beaumarchais.

À Mayotte, la dynamique est lancée, avec l’ambition affichée de se rapprocher toujours un peu plus des besoins des familles.

Shanyce MATHIAS ALI.

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