À Bandrélé, une génération de champions émerge malgré des moyens limités

Dans le gymnase de la cité scolaire de Bandrélé, une génération de jeunes boxeurs s’entraîne avec détermination. Plusieurs d’entre eux ont récemment décroché des titres de champions de France de kickboxing, révélant le talent de la jeunesse mahoraise en la matière. Mais derrière ces médailles, les clubs du territoire doivent composer avec des moyens limités pour accompagner le développement de la discipline.

Dans le gymnase de la cité scolaire de Bandrélé, les consignes de David Chorel résonnent, mêlées aux bruits des impacts entre boxeurs et boxeuses. Garde levée, chacun reste concentré pour éviter la moindre erreur qui pourrait le mettre en difficulté, avant de tenter un coup de poing ou de pied destiné à déstabiliser l’adversaire. Tous vêtus de noir et de jaune, ils représentent le « Bandrélé Boxing Club », créé en 2017 à l’initiative des sections sportives de la cité scolaire.

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Depuis sa création en 2017, le club n’a cessé de voir son nombre de licenciés augmenter./Victor Diwisch/JDM

Encore quelques minutes d’entraînement, et la quinzaine d’élèves — collégiens et lycéens — pourra enfin retirer gants et protections, reprendre son souffle, puis rejoindre les bus scolaires ou rentrer chez soi à pied.

Demain, mardi 31 mars, les élèves de la section sportive, également membres du club, retrouveront le ring pour une nouvelle session intense. Pour ces passionnés, la boxe, et plus particulièrement le kickboxing, fait partie intégrante de leur quotidien. Un rythme quasi-professionnel qui leur permet de progresser rapidement et de se hisser au plus haut niveau.

Des médailles à foison pour un talent incontestable

Nourizki Omar, 15 ans, est la première mahoraise à remporter le titre de championne de France de Kick Boxing Combat. /VD/JDM.

Lors des championnats de France de Kick Boxing Combat, les 24 et 25 janvier derniers, puis des championnats de France de Kick Light début mars à Paris, le club s’est illustré avec succès, remportant respectivement 3 et 2 médailles, dont 3 en or. La distinction entre ces deux catégories est nette : le Combat correspond à un kickboxing à plein contact, où l’objectif est de marquer des points par la puissance des frappes et éventuellement de mettre l’adversaire hors de combat, tandis que le Kick Light est une discipline axée sur le contrôle et la technique, où les coups doivent être maîtrisés et la mise hors combat interdite.

Parmi les lauréats, Charifoudine Vita Madi, 16 ans, déjà double champion de France en Light et intégré au Pôle France en août 2025, est devenu champion de France 2026 en Combat. Nourizki Omar, 15 ans, a marqué l’histoire en devenant la première Mahoraise à décrocher un titre national, tout en étant sélectionnée pour le stage de détection du Pôle France. En Light, c’est Miriati Djambae, 13 ans, qui s’est hissée au rang de championne de France, tandis qu’Archak Irfad, 15 ans, a terminé vice-champion, des résultats exceptionnels pour leur première participation à des championnats de France. Enfin, Yasser Boina, 15 ans, a décroché la troisième place en Combat.

Derrière ces médailles, de nombreux autres jeunes ont également fièrement représenté le club et Mayotte. Même si le podium n’était pas au rendez-vous pour chacun, ils repartent tous enrichis d’expérience, de souvenirs et de fierté, prêts à revenir sur le ring plus motivés que jamais.

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Charifoudine Vita Madi, 16 ans et l’un des espoirs du kickboxing français, a intégré le Pôle France en août dernier. /David Chorel.

« J’ai commencé la boxe à 11 ans, c’est une vraie passion. Pour moi, ce n’est pas juste un sport, c’est dans ma nature », confie Nourizki, médaille d’or autour du cou ce lundi. « Je suis la première femme de Mayotte à remporter le championnat de France en Combat. C’était un rêve pour beaucoup de boxeuses, et c’est moi qui ai réussi. Ma famille était très fière de ma victoire, ils ne s’y attendaient pas. Tout cela me donne encore plus envie de continuer la boxe ».

« Cette médaille représente énormément pour moi, car elle récompense tout le travail accompli », explique Yasser. « J’ai déjà participé trois fois au championnat de France, mais c’est la première fois que je gagne une médaille, en plus en combat. Je suis fier. J’ai beaucoup travaillé avec mon coach David, pendant les vacances et après les cours le soir », poursuit le jeune homme. « Ma famille est derrière moi et tout le monde est content. Je suis déjà prêt pour l’année prochaine ».

Des réussites individuelles qui, à travers le club, deviennent collectives. C’est en tout cas la volonté de David Chorel, très investi dans la boxe mahoraise. Professeur d’EPS au collège de Bandrélé, fondateur du club et vice-président en charge du développement des jeunes au sein de la Ligue Mahoraise de Kick Boxing, Muay Thai et Disciplines Associées (LMKMDA), il a vite compris, parfois avant tout le monde, à quel point la jeunesse du territoire était talentueuse dans la discipline.

« Ce qu’ils réussissent lors des tournois, c’est très fort. Certains n’ont jamais fait de combats en dehors de Mayotte, ils arrivent à Paris et deviennent champions de France. On ne se rend pas compte de ce que cela demande », insiste-t-il.

Des moyens trop limités pour ces champions en devenir

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Archak à l’entraînement avec Yasser. VD/JDM

Avec les premiers résultats et les premières médailles, « le nombre d’élèves inscrits dans le club explose », souligne David Chorel, ravi. Aujourd’hui, le club compte 82 licenciés, tous âges confondus, puisqu’il est également ouvert au grand public. L’un des plus importants de Mayotte — aux côtés de Chirongui, Majicavo ou Mamoudzou — qui totalise environ 500 licenciés.

Malgré cet engouement et les nombreuses médailles, la discipline et le club font toujours face à un manque de moyens chronique. La refonte de la ligue mahoraise entre 2018 et 2019 a permis d’améliorer l’organisation des compétitions locales, de structurer les clubs et d’obtenir des subventions. Mais le soutien des institutions pour accompagner le développement de la discipline au niveau supérieur reste encore limité.

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David Chorel dans le gymnase de la cité scolaire de Bandrélé. Le coach déplore l’arrivée tardive des subventions. VD/JDM

« Cette année, c’est encore plus compliqué au niveau des subventions », glisse David Chorel. « Pour les championnats de France, nous avons demandé de l’aide, mais nous ne savons pas encore si nous allons la recevoir. Si oui, elle sera versée très tard, et en attendant nous avons tout avancé à nos frais ». Le club reçoit habituellement près de 15.000 euros de la part de la DRAJES, de quoi couvrir uniquement les billets d’avion pour quelques jeunes. « Au-delà de l’aspect financier, on est obligé de sélectionner certains combattants et pas d’autres. On leur explique la situation sans cesse », ajoute-t-il.

« Sur le ring je me sens chez moi »

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Pour les boxeuses et les boxeurs, le ring est à la fois un échappatoire et un espace pour canaliser leur énergie, apprendre à s’exprimer et à respecter les autres. VD/JDM

Cette contrainte limite les confrontations avec la concurrence régionale, et donc le développement de la compétition en plein contact. « Dans les cordes, il faut gérer son opposition, le combat est plus compliqué. On met sa santé en jeu, on peut se blesser, et il faut savoir passer un cap. À Mayotte, nous n’avons pas assez de boxeurs dans cette discipline, et en plus, nous ne pouvons pas facilement sortir à La Réunion, Madagascar ou Maurice pour progresser », poursuit David Chorel.

Le Bandrélé Boxing Club, comme les autres clubs de Mayotte, rassemble jeunes débutants ou boxeurs plus expérimentés, ainsi que des hommes et des femmes passionnés comme David Chorel. Tous, chacun à leur échelle, contribuent au rayonnement de Mayotte à travers la boxe, malgré les contraintes financières et logistiques. Et au-delà des médailles, le cadre proposé, la rigueur et le travail quotidien apportent énormément aux jeunes, tant sur le plan sportif que sur le plan personnel.

« C’est la sixième année de la section sportive que j’accompagne, et en quatre ans, certains ont complètement changé mentalement », note David Chorel. « Ils prennent confiance en eux, deviennent sérieux et obtiennent tous de très bons résultats à l’école ».

« Quand je fais de la boxe, je me sens libéré, vidé, j’oublie tout, je me sens bien », raconte Yasser. « Sur le ring, je me sens chez moi, c’est le seul sport dans lequel je me sens vraiment bien. Je pourrai faire de la boxe le restant de ma vie », ajoute Nourizki, avant de quitter le gymnase le sourire aux lèvres.

Victor Diwisch

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