“On est paniqué !” : les commerçants de Majicavo-Dubaï dans l’incertitude face à la guerre au Moyen-Orient

Alors que l’économie mahoraise est principalement basée sur les importations, le conflit au Moyen-Orient a des conséquences directes pour les entreprises. Dans le quartier de Majicavo-Dubaï, les commerces sont dans le flou, ils ne savent pas comment ils vont continuer à s’approvisionner aux Émirats arabes unis.

A Majicavo-Dubaï, quelques vêtements sont exposés dans la boutique de Mariama Athoumani. Mais la boutique semble un peu vide ce mardi 31 mars. Depuis le début du Ramadan, la gérante attend un conteneur de marchandises mais depuis le début de la guerre au Moyen-Orient débutée le 28 février, le fret maritime est perturbé lié à la fermeture du détroit d’Ormuz. “Normalement, il faut compter 15 jours avant de recevoir un conteneur, maintenant ça prend un ou deux mois”, explique la commerçante qui “ne sait pas où se trouvent ses marchandises”. Parce qu’elle n’a pas pu remplir son stock, elle observe une baisse de son chiffre d’affaires. Pour compenser, elle achète des vêtements à ses confrères commerçants mais le prix est plus élevé.

“Nous sommes totalement bloqués ”

Dans le quartier, l’ambiance est morose. Parmi les multiples boutiques de vêtements et d’accessoires, les vendeurs vont en premier lieu se fournir à Dubaï aux Émirats arabes unis

Dans le quartier, l’ambiance est morose. Parmi les multiples boutiques de vêtements et d’accessoires, les vendeurs vont en premier lieu se fournir à Dubaï aux Émirats arabes unis. En 2025, les Émirats sont par ailleurs le premier pays d’importation des marchandises à Mayotte après la France avec une part de 12 % selon la Direction régionale des douanes. Dans ce contexte, Mohamed Madi, le patron d’un magasin, est inquiet. Si les étagères de son magasin sont remplies de salouvas et de tissus multicolores, en revanche il ne “sait pas comment [il] va faire pour se réapprovisionner, là on est paniqué !”, confie-t-il. Il observe une hausse des prix du fret maritime. “Nous on est là, on suit ce qu’il se passe. Si la guerre continue, aucun bateau ne va ramener nos marchandises et nous aussi on ne pourra pas aller là-bas pour acheter donc nous sommes totalement bloqués”, raconte-t-il. Pour certains, les conteneurs sont arrivés à Mayotte mais ils sont coincés au port de Longoni. Pour les sortir, ils attendent des documents des services administratifs émiratis mais ces derniers sont à l’arrêt en raison des frappes iraniennes.

Se fournir davantage en Chine ou en Thaïlande ?

Plus bas dans la rue du commerce, celle qui est surnommée « Madame Fifa », également à la tête d’une échoppe, fait part de son incertitude. “Moi je vais deux fois par an à Dubaï pour acheter des bijoux, mais là avec tout ce qui se passe, je n’ai pas de programme pour l’instant. Ça fait peur”. Pour faire ses stocks, elle se rend majoritairement en Hexagone, mais aussi en Chine et en Thaïlande. Si le conflit perdure, elle envisage donc de faire davantage de commerce avec ces deux pays.

Un impact direct sur la tarification et la durée de livraison

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Le conflit au Moyen-Orient engendre un contexte international particulièrement tendu sur le marché des carburants (illustration)

Hormis les commerçants de Majicavo-Dubaï, de nombreuses entreprises mahoraises subissent les conséquences de la guerre. “Environ 20 % de nos adhérents ont commencé à ressentir un impact direct, notamment sur la tarification des conteneurs et la durée de livraison qui s’allonge”, rapporte Mohamed Fahardine, le président du groupement patronal de Mayotte (GPM). Les conséquences des bouleversements géopolitiques sont exacerbées sur le territoire. “Mayotte dépend de l’extérieur, on importe énormément, donc forcément on dépend de la géopolitique. Et quand il y a un impact mondial comme maintenant, Mayotte fait partie des premières victimes de cette insularité économique”, analyse-t-il.

Illustration de cette instabilité, le coût du carburant fixé mensuellement par le préfet de Mayotte a augmenté depuis ce 1er avril en lien avec “les tensions géopolitiques actuelles et les perturbations sur certaines routes d’approvisionnement”indique la préfecture. Le prix du gazole est passé à 1,90 euros par litre  (46 centimes en plus) et le super sans plomb à 1,97 euros (29 centimes de plus).

Lisa Morisseau

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