À la croisée des contes, des musiques et des traditions de l’océan Indien, quatre spectacles invitent à un voyage mêlant humour, poésie et mémoire, ce week-end des 28 et 29 mars à Bandrélé, à l’occasion du festival « Les merveilleux de l’océan Indien » de l’association Hippocampus. Trois compagnies réunionnaises seront présentes, ainsi que deux conteurs mahorais, pour partager leur univers et leurs histoires, alternant récits malicieux, musiques envoûtantes et légendes locales, pour petits et grands, dans une ambiance conviviale et participative.

Samedi le festival mettra à l’honneur les spectacles venus de La Réunion. Zinzin, aux récits malicieux et rythmés, sera porté par le conteur Fano de la Cie des contes Calumet, accompagné de ses percussions (balafon, djembé, senza). Dans Romance pour Crocodile, Vincent Fontano et Audrey Vilpont, sous la mise en scène d’Aurélie Lauret pour la Cie Kér Bèton, feront dialoguer blues et maloya à travers l’histoire de John John et des crocodiles du bayou.
Dimanche ce sont les légendes mahoraises qui prendront le devant de la scène. Dans Zaïnaba, le musicien Jean-Pierre Accapandié et le conteur Loran Trémoulu de l’association Soléy Réyoné inviteront le public à explorer les mystères des Wana Issa dans la mangrove. Le Coq du roi, quant à lui, sera interprété par Bacar Abdou N’tro, Papa Fardy, la Cie Herecumbe et Nimbé Animation, et proposera une fable allégorique sur le pouvoir, la responsabilité et la transmission des légendes.
Mystères, légendes et messages : des spectacles pour tous et à partager

Deux spectacles seront présentés chaque jour à partir de 16 h, avec un entracte, pour tous les publics — enfants, adolescents et adultes — au tarif de 10 euros par personne, et gratuits pour les moins de 18 ans.
« Le public pourra découvrir des contes traditionnels réactualisés », explique Bacar Abdou N’tro, conteur et musicien mahorais, qui avec Papa Fardy, la Compagnie Herecumbe et Nimbé animation, clotûreront le festival, dimanche soir avec le spectacle Coq du roi. « On parle, on joue, il y a de la magie, de la musique, et surtout beaucoup de symboles », ajoute-t-il amusé. Dans le conte, le coq, protégé du roi, devient un tyran sanguinaire et incontrolable jusqu’à devenir une menace pour l’existence même du royaume. Le conte allégorique, interroge la relation entre pouvoir, aveuglement et responsabilité collective. « Le spectacle sera présenté simultanément en shimaoré, shibushi et français. Le public découvrira l’histoire petit à petit et sera amené à échanger pour en saisir l’ensemble. L’objectif est de favoriser le dialogue, de faire interagir les spectateurs entre eux et avec les artistes », souligne Bacar Abdou N’tro.
Dans leur spectacle Zaïnaba, dimanche à 16 h, le musicien Jean-Pierre Accapandié, alias Tipiér et le conteur Loran Tremoulu de l’association Soléy Réyoné basée à La Réunion, ont décidé d’écrire leur propre conte et de composer leur musique à partir des archives locales sur les djinns des mangroves de Mayotte : les Wana Issa. « C’est l’histoire d’une petite fille qui n’écoute pas sa mère ni les interdits des fundis. Elle s’aventure dans la nature et la mangrove et y rencontre les Wana Issa », confie Loran Tremoulu. « Le spectacle mélange les légendes, les coutumes, les questionnements des jeunes générations mais aussi la préservation de l’environnement et notamment de la mangrove. On a tendance a oublier le rôle et l’intérêt des légendes dans la sanctuarisation et la protection de certains milieux naturels ».
Une association essentielle pour démocratiser l’accès à la culture

« Les contes ne sont pas que pour les enfants, bien au contraire, c’est pour tous les publics ! », rappelle Véronique Méloche, présidente d’Hippocampus. Créée il y a 10 ans, l’association propose chaque année un programme pluridisciplinaire mêlant chants, musique, conte, théâtre et danse, avec des artistes de Mayotte et de l’océan Indien, en veillant particulièrement à la qualité des propositions artistiques.
« L’association ne cesse de prendre de l’ampleur, nous sommes soutenus et financés par la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Mayotte, que je remercie, et qui malgré le passage du cyclone Chido n’a pas réduit son soutien », poursuit Véronique Méloche, qui se souvient avoir organisé le premier concert de jazz post-Chido le 14 février, un événement qui a fait le plus grand bien au public. L’année dernière, l’association a néanmoins dû suspendre sa programmation le temps de sécuriser de nouveaux financements. « Nous avons obtenu un accompagnement de la Fondation de France suite au cyclone, on s’est battu pour montrer que la culture faisait partie de la reconstruction : la reconstruction intérieure, de l’âme ».

Malgré son ancienneté et son rôle central dans la vie culturelle de Mayotte, l’association ne dispose pas de lieu fixe. « L’idéal serait de pouvoir bénéficier d’un accès aux salles de spectacles existantes », reconnaît la présidente.
En attendant, artistes et bénévoles sont toujours aussi heureux de se produire hors les murs, au plus près du public. « Après le cyclone, j’ai arpenté les villages pour raconter nos contes et histoires, faire mes spectacles, et le public répondait présent. On a participé à redonner de la vie, à changer les idées avec l’art et la culture. La vie ne s’arrête pas, elle continue », observe Bacar Abdou N’tro, pour qui la page Chido est désormais tournée, même si le cyclone nourrira peut-être son écriture, son inspiration et ses contes pour les prochains spectacles et les années à venir.
Victor Diwisch


