Dans une étude publiée ce mois-ci, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer dresse un état des lieux de la situation des entreprises mahoraises avant et après le cyclone Chido. L’institut souligne que, malgré une reprise rapide grâce à la reconstruction et aux aides d’urgence, des fragilités structurelles persistent.

Après le cyclone Chido, l’économie mahoraise encore exsangue

Dans une étude publiée ce mois-ci, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer dresse un état des lieux de la situation des entreprises mahoraises avant et après le cyclone Chido. L’institut souligne que, malgré une reprise rapide grâce à la reconstruction et aux aides d’urgence, des fragilités structurelles persistent.

Plus d’un an après le passage du cyclone Chido, l’économie mahoraise donne l’image d’un territoire en mouvement. Les chantiers de reconstruction se multiplient, certaines entreprises ont repris leur activité et les principaux indicateurs économiques affichent des niveaux élevés. Les aides d’urgence et les dispositifs de soutien ont permis de soutenir cette reprise, mais derrière cette dynamique apparente, la situation reste fragile. Selon l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM), elle repose davantage sur la gestion de l’urgence que sur une relance économique solide et durable.

Une reprise portée par la reconstruction

L’économie mahoraise montre des signes de redémarrage, dans son analyse, l’IEDOM observe un net rebond de l’activité, soutenu principalement par les travaux de reconstruction. Le BTP, les services liés aux réparations et l’ensemble des activités connexes ont constitué le moteur de cette reprise.

Ecoquartier, Tsararano, Démbeni, logement, Mayotte
De nombreux chantiers sont en cours à Mayotte, pour reconstruire les infrastructures endommagées ou en créer de nouvelles.

L’indicateur du climat des affaires (ICA) s’établit à un niveau bien haut. Derrière ce chiffre, un constat, les chefs d’entreprise interrogés anticipent une amélioration de leur activité. Mais l’Institut nuance immédiatement cette lecture. Cette dynamique repose avant tout sur la remise en état des infrastructures et le remplacement d’équipements détruits. Autrement dit, l’investissement constaté relève davantage de la réparation que d’un véritable développement économique.

Le redémarrage s’est également appuyé sur un soutien public massif, en effet, selon l’IEDOM, 22,2 millions d’euros ont été versés à 4.476 entreprises au titre des aides d’urgence. Plus de 1.500 demandes d’activité partielle ont été validées, représentant 7,2 millions d’heures chômées. Ces mesures ont donc contribué à limiter l’impact immédiat du cyclone et à maintenir l’activité économique.

Mais l’Institut invite à ne pas crier victoire trop vite. La dynamique actuelle reste largement liée aux aides exceptionnelles et aux chantiers de reconstruction, qui ne dureront pas indéfiniment. Cela ne signifie pas encore que l’économie mahoraise est repartie sur des bases solides.

Des fragilités toujours présentes 

Derrière les indicateurs de reprise, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer dresse un tableau plus contrasté. En effet, l’économie de l’île présentait déjà des tensions avant la catastrophe. Les entreprises avaient davantage recours aux crédits d’exploitation et de trésorerie, tandis que de nombreuses factures clients restaient impayées. Dans le même temps, le nombre de sociétés en difficulté pour régler leurs propres dettes avait aussi augmenté.

CSSM; indépendants, retraites, Mayotte, urssaf
Les petites entreprises restent les plus vulnérables, tandis que, selon l’IEDOM, la majorité du tissu entrepreneurial présente encore une solidité financière globale.

Après Chido, ces fragilités ne se sont pas envolées, selon l’IEDOM, 25 % des entreprises affichent encore une trésorerie négative, tandis que plus de 70 % des dirigeants redoutent un recul de leur santé financière dans les prochains mois et près d’un tiers s’inquiète d’un éventuel défaut de paiement si les mesures exceptionnelles venaient à s’arrêter. L’Institut attire également l’attention sur la forte dépendance à la commande publique. En effet, près de 7 entreprises sur 10 tirent leur activité de marchés publics, ce qui rend leur trésorerie particulièrement vulnérable.

Entre reconstruction et relance durable

Face à ces constats, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer distingue deux temporalités. Premièrement, la loi d’urgence, adoptée juste après la catastrophe, qui a permis de limiter l’impact immédiat et d’éviter une vague massive de cessations d’activité, elle joue un rôle de bouclier pour l’économie locale. Puis la loi de refondation, quant à elle, ambitionne de transformer en profondeur le cadre économique du territoire : modernisation des infrastructures, renforcement de la résilience face aux risques climatiques, amélioration des capacités structurelles… constituent des objectifs de long terme.

Le port de Longoni, axe central pour la reconstruction et l’approvisionnement des entreprises après le cyclone Chido.

L’Institut rappelle toutefois que certaines évolutions, comme la progression des charges sociales, pourraient peser sur des entreprises dont la situation financière reste fragile. À court terme, les dispositifs assurent surtout un apport de liquidités, mais la solidité financière des entreprises à moyen terme reste incertaine.

L’économie mahoraise affiche quelques signes de reprise, mais pour l’IEDOM, cette dynamique reste portée par la reconstruction et des mesures exceptionnelles. Le vrai défi pour le territoire reste désormais de transformer cette reprise portée par la reconstruction et les mesures exceptionnelles en un modèle économique durable.

Shanyce MATHIAS ALI.

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