Un homme de 36 ans sauvagement agressé en rentrant chez lui

L’homme, qui a failli mourir, a été agressé vendredi 2 août au soir, devant son domicile, rue Kakal, à Kawéni. Traumatisé, il a accepté de se confier au JdM.

Ce soir-là, il aurait pu mourir. « Je ne souhaite cela à personne. » L’homme* de 36 ans est un miraculé. À 22h, lorsqu’il rentre chez lui après une soirée entre amis, il est surpris par des bruits d’animaux agonisants. Des jeunes massacrent des chiens pendant que d’autres renversent des poubelles. Parmi eux, le père de famille, reconnaît un des jeunes et lui ordonne de partir. 

« Si je m’endors, ce sera fini » 

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Arme extrêmement dangereuse, le « fléau d’arme », aussi appelé « goupillon » était utilisé jusqu’au XVIème siècle, sa recrudescence, à travers ces nouvelles fabrications artisanales, inquiète d’autant plus (illustration/DR)

« J’aurais dû me taire, j’ai failli mourir ». L’individu range son scooter et reçoit un coup de machette. Il s’effondre au sol. Ensanglanté, il supplie son agresseur de le laisser. « Tu vois ce que tu fais, arrête, ça ne va pas s’arrêter-là ». Mais l’agression ne fait que commencer. Alors qu’il saigne abondamment, un autre jeune lui porte plusieurs coups de goupillon, notamment au visage. L’homme peine à rester éveillé. Il se souvient de son visage fendu, des tâches de sang assombrissant ses vêtements, de son corps gisant dans une marre de sang dont il ignore s’il se relèvera. « Dès que j’ai reçu le premier coup sur la tête, j’ai énormément saigné, j’ai vu le sang couler, j’ai essayé de rester conscient (…) j’ai pensé à mon fils (…) je me suis dit, si je tombe, si je m’endors, ce sera fini. » 

« Tu l’as cherché » 

Ses plaies sont telles que l’homme perd la sensation de la douleur. « J’avais envie de dormir ». Dans un ultime cri de détresse, il tente d’interpeller un des jeunes hommes qu’il connaît et qui travaille au sein d’un garage automobile de Kawéni, auprès duquel il a l’habitude de faire réviser ses véhicules. « Arrête s’il te plaît », lui implore-t-il, en vain. « C’est mon garagiste, je pensais qu’il allait dire aux autres jeunes : arrêtez je le connais ! Mais à aucun moment il n’a dit cela. » Durant cette scène macabre, il se souvient de mots qui lui font encore mal « tu l’as cherché ». 

Malgré la peur des représailles, les habitants du quartier lui portent secours 

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Les photos prises le soir de l’agression de la victime font état d’un véritable bain de sang

Ce soir-là, plusieurs habitants se cachent derrière les grilles de leur maison avant d’intervenir. « Les gens sont arrivés et ont appuyé sur mes plaies pour retenir l’hémorragie. » Rapidement, le quartier s’embrase. Les services de secours tentent tant bien que mal d’extraire la victime pour la conduire au Centre hospitalier de Mayotte, au milieu des tirs de lacrymogènes et des grenades de désencerclement : « Les policiers étaient là mais les jeunes attaquaient les flics, l’ambulance ne pouvait pas partir tout de suite, ça tirait partout. » Les jours qui suivent, les habitants prennent contact avec l’homme, qui a échappé in extremis à la mort, et organisent des temps de dialogue et de prière dans le quartier. « Les mamans ont vraiment été présentes, elles ont organisé des prières et des moments pour parler de ce qu’il se passe car dans le quartier on me connaît un peu. » Les voisins arpentent le quartier et transmettent à la victime des photos de personnes correspondant aux surnoms qu’il a entendus le soir de son agression. « Heureusement que les voisins ont coopéré (…) fait des efforts, car ils ont tellement peur des représailles », explique la victime, incapable de dormir à nouveau chez elle.

« Je n’arrive pas à le croire, à comprendre » 

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Si une partie de son visage a été recousue, la victime devra se soumettre à d’autres examens médicaux en métropole

Cet incident cogne les convictions d’un homme, qui accompagne chaque jour des jeunes, du même profil que ses agresseurs, dans leurs démarches d’insertion, en qualité de contrôleur judiciaire au sein du tribunal de Mamoudzou. « Le jeune que je connais traîne avec des jeunes sous contrôle judiciaire (…) J’arrive pas à le croire, à comprendre. Je me demande quand on est victime des personnes qu’on accompagne (…) Est-ce qu’on sera toujours neutre, ferme, transparent et humain surtout, quand ça nous arrive, on s’interroge beaucoup (…) », confie-t-il d’une voix enrouée. Malgré la violence de l’agression dont il a été victime, cet habitant de Kawéni n’a pas perdu son courage. « J’essaie de rester positif. » S’il hésitait à témoigner pour préserver sa famille, il fait le choix de s’exprimer pour protéger d’autres potentielles victimes : « Il faut que les gens sachent », conclue-t-il. Gageons que certains de ses agresseurs puissent prochainement comparaître devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou. 

*Par respect pour la victime, son nom n’a pas été mentionné. 

Mathilde Hangard 

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