Inauguration de la Cité de la langue française : les kibushiphones se font entendre

Parce qu’il juge important de « dire ce que la langue française a d'essentiel pour nous tous et toutes aujourd'hui », Emmanuel Macron a initié et inauguré la Cité internationale de la langue française fin octobre. Les langues régionales ne sont pas oubliées. Toutes ? Non, craint un auteur mahorais.

Constatant l’abandon du château de Villers-Cotterêts, où le roi François Ier publia son ordonnance imposant le français dans les actes officiels en 1539, le président Emmanuel Macron lança en 2017 l’idée d’y donner naissance à une Cité internationale de la langue française. Une langue à travers laquelle il voit « le premier de nos biens communs, facteur de cohésion sociale, d’unité nationale et de rayonnement au-delà de nos frontières. »

Lors de son inauguration le 30 octobre dernier le président de la République prononçait un long discours d’éloge sur le français, « la langue de l’universalité, de la liberté ».

Pour autant, les langues régionales ne sont pas les oubliées de la Cité, « je veux que nos langues régionales soient encore mieux enseignées et préservées, qu’elles trouvent leur place dans l’espace public, en un juste équilibre entre leur rôle d’ancrage de langue régionale et le rôle essentiel de cohésion de la langue nationale », indiquait-il.

Quelles sont-elles ? Il y en aurait environ 72 en France, précisait le président, une donnée issue de la 2ème édition des États généraux du multilinguisme dans les Outre-mer organisés en 2021 à La Réunion. Certaines sont plus parlées que d’autres. Pour Mayotte, sont mentionnées le shimaore et le kibushi. Le shimaore, affiliée aux langues bantoues, est la plus utilisée, et le kibushi, est une langue austronésienne, proche du malagasy, parlée à Madagascar.

Mayotte, campée sur ses deux langues

Les langues régionales sur les territoires français essaimées dans le monde entier

Dans les discours officiels, ces deux langues sont employées à Mayotte selon l’origine familiale du locuteur. Il en est un qui milite contre l’oubli du kibushi, l’écrivain Djabiri Madi Leroi, auteur notamment de « La Valse des djinns ».

Dans un courrier adressé au préfet, aux parlementaires, et au président du CD, il invite à vérifier que le ‘Kibošy’ (Kibushi) soit bien représenté au titre des langues régionales au sein de la Cité internationale de la langue française, sans quoi « il conviendrait de rectifier cette erreur manifeste ».

Il se fait le porte drapeau de sa langue d’origine, dans un rappel d’une sorte de guerre des langues qui rejoint l’ancrage de la religion musulmane : « A l’arrivée des Arabes à Mayotte entre le IXème et le XIIIème siècle, la langue kibošy a été diabolisée du fait de la résistance de ceux qui emploient cette langue à se plier à l’islamisation de l’île étant majoritairement animistes. Cela n’est pas sans conséquence sur la vie en société de ces habitants », et alors même que cette langue kibushi était celle que parlait le sultan Andriantsoly par lequel Mayotte devint française.

Il appelle donc en substance à n’oublier aucune des langues régionales pour le rôle qu’elles ont pu jouer dans la construction d’un territoire.

A.P-L.

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