Poursuivi pour des propos à caractère sexuel qu’il aurait tenus envers une élève de 14 ans au collège de Kwalé, à Mamoudzou, Saidi I., 36 ans, a contesté les faits devant le tribunal, qui a finalement prononcé sa relaxe en raison des incohérences et des incertitudes relevées dans le dossier.

Harcèlement sexuel : le doute profite à un professeur poursuivi en justice

Poursuivi pour des propos à caractère sexuel qu’il aurait tenus envers une élève de 14 ans au collège de Kwalé, à Mamoudzou, Saidi I., 36 ans, a contesté les faits devant le tribunal, qui a finalement prononcé sa relaxe en raison des incohérences et des incertitudes relevées dans le dossier.

Les faits remontraient à la période du 26 août au 11 octobre 2024. Saidi I., originaire de Sada et ancien professeur d’histoire au collège de Kwalé, était poursuivi pour harcèlement sexuel. Il lui était reproché d’avoir tenu à plusieurs reprises des propos à caractère sexuel ou sexiste à l’égard d’une élève âgée de 14 ans à l’époque. La jeune fille, absente à l’audience, avait signalé les faits auprès de l’établissement.

Selon les déclarations recueillies dans le dossier, l’enseignant aurait comparé la poitrine de l’adolescente à des oranges, avant d’ajouter en shimaoré que  » les garçons d’Ongoujou viennent se laver les mains dans un « sisima » « , qui signifie « puits » en français, utilisé dans ce contexte pour désigner les parties intimes de la fille.

Face au tribunal, visiblement attristé, l’ancien professeur, a nié avoir tenu ces propos, expliquant que les paroles avaient été sorties de leur contexte.

Des élèves choqués, selon les témoignages

Le 30 septembre 2024, la jeune fille s’est présentée auprès du Conseiller principal d’éducation (CPE), accompagnée de camarades. Selon le rapport lu à l’audience, les élèves semblaient gênés et avaient du mal à s’exprimer. La victime présumée aurait alors rapporté les propos tenus par son professeur.

L’affaire a ensuite été signalée au rectorat par la proviseure du collège. Celle-ci a expliqué avoir réagi à la fois aux signalements des élèves et à ce qu’elle estimait être des difficultés dans la manière d’enseigner du professeur. « Je lui ai demandé des explications. Il a nié les faits, disant que c’était des propos mensongers », paroles rapportées à l’audience.

La chef de l’établissement a toutefois affirmé accorder du crédit aux déclarations des élèves, qui seraient venus spontanément signaler les faits. D’après elle, certains semblaient choqués par les propos. La mère de la jeune fille avait, de son côté, indiqué avoir remarqué que sa fille était triste et que les faits rapportés l’avaient découragée.

À la barre, le prévenu semblait attristé par la situation.

À la barre, Saidi I. a livré une autre version de la scène. Il a expliqué que l’élève était venue lui parler de son choix de garder son sac devant elle pendant le cours, car son vêtement était trop décolleté et qu’elle souhaitait éviter les remarques de ses camarades. « J’ai dit OK, pas de souci, mais je n’ai pas fait de commentaire », a-t-il soutenu calmement.

L’enseignant a également évoqué des tensions avec certains élèves, qui l’auraient surnommée « M. Rohombi » en référence à sa corpulence. Il a décrit une classe bruyante, marquée par des altercations et des insultes, dans laquelle le prévenu avait du mal à imposer son autorité. Aujourd’hui sans affectation, le professeur, père de famille survit grace à sa conjointe, il a indiqué essayer de se lancer dans l’entrepreneuriat pour subvenir à ses besoins.

Le parquet demande six mois de prison avec sursis

Pour le procureur, les difficultés rencontrées par l’enseignant dans sa classe ne justifient pas les propos dénoncés. Il a rappelé que la jeune fille avait 14 ans au moment des faits et estimé que les déclarations étaient suffisamment précises pour être prises au sérieux.

«  Au début elle rigolait mais au bout d’un moment elle s’en est rendue compte, ça se peut. Cette jeune fille tout le monde au collège lui répète qu’elle a des seins en forme d’oranges ».

Tout en prenant en compte l’absence d’antécédents judiciaires du prévenu et les conséquences que la procédure a déjà pu avoir sur sa situation, le parquet a demandé une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis simple.

 Un dossier insuffisamment étayé

L’avocat de Saidi I. a, lui, demandé la relaxe, contestant la solidité des témoignages et regrettant que l’ensemble des élèves de la classe, qui comptait 26 élèves selon ses déclarations, n’ait pas été entendu. « On est dans le cadre d’un dossier pénale donc le jugement aura un impact sur sa vie pour toujours », a rappelé l’avocat.

Aides Covid, Mayotte
L’avocat a obtenu la relaxe pour son client.

Pour la défense, les récits des quatre jeunes ayant accompagné l’adolescente ne sont pas fiables, notamment au vu des incertitudes entourant la date exacte des faits et les variations dans les déclarations de l’adolescente, interrogée en décembre 2024.

« C’est des témoignages guidés et fragmentés. Ce que je déplore c’est que dans ce dossier y’a aucun élément, y’a pas d’adulte. Le proviseur qui dit que ce sont des élèves sérieux je pense qu’il ne les connaît même pas. Y’a genre 1.600 élèves dans l’établissement  », a plaidé l’avocat.

Il a estimé que les accusations ne reposaient pas sur des éléments suffisamment probants et a souligné l’absence de suivi psychologique versé au dossier. « On se base juste sur le fait que la maman a dit qu’elle était triste et vous essayez de lui faire dire des choses. C’est pas loyal. Vous faites ça parce qu’il n’y a pas d’éléments ».

Le tribunal retient le doute et prononce la relaxe

Après s’être retiré quelques minutes, le tribunal a finalement prononcé la relaxe de l’accusé. En cause, les incohérences, les imprécisions sur la période des faits et les divergences entre les témoignages. Ces éléments ne lui ont pas permis d’acquérir une certitude suffisante pour condamner le prévenu. «  Il y’a un doute, on ne dit pas que ça ne s’est pas passé mais le tribunal doit être sûr », a conclu le président.

Shanyce MATHIAS ALI.

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