La demi-finale de Coupe de France régionale entre l’AS Sada et le Bandrélé n’est pas allée à son terme, ce samedi 26 septembre, et sera rejouée à huis clos, dès samedi prochain. La faute à des heurts survenus dans les tribunes, un phénomène difficile à enrayer, concèdent les acteurs locaux.

“On ne va pas délocaliser tous les matchs de Mayotte. ! ”, comment endiguer la violence qui pollue le football mahorais ?

La demi-finale de Coupe de France régionale entre l’AS Sada et le Bandrélé n’est pas allée à son terme, ce samedi 26 septembre, et sera rejouée à huis clos, dès samedi prochain. La faute à des heurts survenus dans les tribunes, un phénomène difficile à enrayer, concèdent les acteurs locaux.

Serrée, la rencontre de Coupe de France régionale qui se disputait à Sada avait offert jusque-là du spectacle sur le terrain, samedi après-midi. Après avoir mené deux buts à zéro en deuxième mi-temps, le Bandrélé FC a vu les locaux de l’AS Sada revenir à 2-2. C’est à ce moment-là que deux groupes de supporters ont commencé à se jeter des pierres en haut des tribunes, entrainant un mouvement de foule et un envahissement du terrain. “Les violences et jets de projectiles ayant entraîné l’interruption définitive de la rencontre sont inacceptables et totalement contraires aux valeurs du football [N.D.L.R. le match sera rejoué à huis clos, ce samedi 3 octobre]. La FFF apporte son soutien à l’ensemble des joueurs, arbitres, dirigeants, bénévoles et spectateurs ayant pu être affectés par ces événements”, a réagi la Fédération française de football, ce dimanche.

Mais que peuvent faire justement les instances locales ? Car cet épisode de violences n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, le football mahorais est touché régulièrement par ce type de faits. En décembre 2023, par exemple, un adolescent de 17 ans surnommé “Jumeau” avait été mortellement touché à la tête par un morceau de parpaing, en marge d’un match de football à Tsingoni. Cette saison, plusieurs heurts entre supporters ont également eu lieu. Toujours en Coupe de France régionale, par exemple, le tour précédent avait été marqué par des caillassages à M’tsahara, à l’issue de la défaite du club local face aux Diables noirs de Combani, au mois d’août.

Les clubs comme premières victimes

Au sein des instances et des clubs, ce qui s’est passé à Sada a provoqué la sidération, mais constitue aussi une forme de fatalité. Car ce phénomène dépasse le simple cadre du sport. Pour beaucoup, les clubs sont avant tout les premières victimes de ces affrontements et d’une violence qui existe au-delà des tribunes. Pourtant, il y a bien un processus pour sécuriser les rencontres sportives. “La sécurité est de la responsabilité des clubs. Ils nous envoient un plan de sécurité qu’on étudie et qu’on fait remonter aux forces de l’ordre”, explique Aurélien Timba-Elombo, le directeur général de la ligue mahoraise de football.

En cas de conflit inter-villageois ou de heurts précédents, la préfecture de Mayotte peut être amenée à délocaliser une rencontre et procéder à huis clos. Une solution dont elle fait de plus en plus usage et qui a le mérite d’empêcher tout conflit sur le moment. Cependant, cela ne fait que “déplacer le problème”, constate le directeur de la ligue locale. “On ne va pas délocaliser tous les matchs de Mayotte !”, renchérit Ibrahim Hassani. Le dirigeant d’un club de Bandraboua et ancien président de la commission jeunesse de la ligue plaide pour que des référents sécurité interviennent dans chaque club et bénéficient de formations en la matière dispensée par la ligue. “Il faut un vrai travail partenarial entre les clubs, la ligue et les forces de l’ordre. Pour l’instant, ce n’est pas suffisant”, poursuit-il. 

Des stades ouverts

Une quinzaine de personnes ont été blessées lors des heurts de ce samedi 26 septembre, à Sada. Huit mois de prison pour un premier interpellé
(Fb Gendarmerie de Mayotte)

C’est une autre partie du problème. La configuration des terrains à Mayotte rend difficile la lutte contre ces épisodes de violence. “On ne peut pas contrôler tout ce qui se passe au bord du terrain”, admet Mikidachi Abdallah Omar, secrétaire général du Bandrélé FC. Son club mobilise pourtant une dizaine de bénévoles à chaque rencontre pour s’occuper de la sécurité. “Il faut qu’on réfléchisse davantage à l’architecture des stades et à leur insertion dans un périmètre urbain”, estime Ibrahim Hassani. Il cite l’exemple de Sada où les jets de projectiles ont eu lieu autant en tribunes que depuis l’extérieur. Pour faire face à ce problème, il existe bien une règle obligeant les clubs de Régional 1 et 2 à disposer de clôtures. Néanmoins, une dérogation est toujours en cours depuis le passage du cyclone Chido, car les travaux de sécurisation des enceintes sportives ne sont souvent pas jugés prioritaires.

La sanction, “l’arme la plus dissuasive”

Pour la ligue mahoraise, si la communication est privilégiée pour que les clubs “s’opposent à toute forme de violence”, “l’arme la plus dissuasive” pour Aurélien Timba-Embolo reste les sanctions qui planent au-dessus des clubs. Un procédé qui reste dans les mains de la commission de discipline. “Dans le cas de Sada, il pourrait y avoir du sursis ou des suspensions des terrains”, rappelle-t-il.

Côté justice, les mairies de Bandrélé et Sada ont porté plainte contre les auteurs de violence, tandis que la gendarmerie a annoncé la condamnation d’un participant aux heurts à huit mois d’emprisonnement dont la moitié avec sursis. “D’autres personnes identifiées comme impliquées dans ces événements seront interpellées dans les prochains jours”, promet-elle.

Cette première réponse des autorités tend à rassurer des acteurs locaux, conscients que les images de samedi ternissent l’image de leur sport. “On doit éradiquer ce fléau. Il faut que les familles aillent au stade sans avoir peur de recevoir des bouteilles ou des pierres”, martèle le directeur de la ligue. Un vœu devenu impératif au risque que l’enjeu sécuritaire dépasse toujours celui du sportif.

Alexis Duclos

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Tribunal administratif : la SMTPC réclame 1,7 million d’euros aux Eaux de Mayotte

Ce mercredi matin, le tribunal administratif de Mayotte examinait le litige opposant la Société Mahoraise de Travaux Publics et de Construction (SMTPC) au Syndicat Mixte Les Eaux de Mayotte. En jeu : le règlement du solde d’un marché public attribué en 2017 pour des travaux d’urgence sur le réseau d’eau potable.

Choose Outre-mer : quelles retombées pour Mayotte ?

La première édition de "Choose Outre-mer" se tient jeudi 1er octobre 2026, à la Banque de France, à Paris. Au programme figurent la question des investissements, du lancement d'un fonds à impact de plusieurs millions d'euros, de l'emploi, mais aussi du financement des entreprises et la problématique de l'export. Mayotte figure parmi les cinq territoires concernés par le job dating organisé à cette occasion.

À Tsingoni, le lac Karihani révèle les fragilités des zones humides de Mayotte

Le lac Karihani a accueilli, mercredi 30 septembre 2026, les participants aux Assises Outre-mer de la biodiversité. Entre la présence d'oiseaux, l'évolution du milieu naturel et les activités humaines voisines, la visite a permis d'observer concrètement les défis auxquels le site est confronté.

Les habitants de Petite-Terre au rendez-vous pour mieux connaître leurs droits

Organisée ce mercredi 30 septembre sur le parking de l’A.C.L., la matinée « accès aux droits » a réuni plusieurs structures pour informer les habitants sur les aides auxquelles ils peuvent prétendre et les accompagner directement dans leurs démarches.