Serrée, la rencontre de Coupe de France régionale qui se disputait à Sada avait offert jusque-là du spectacle sur le terrain, samedi après-midi. Après avoir mené deux buts à zéro en deuxième mi-temps, le Bandrélé FC a vu les locaux de l’AS Sada revenir à 2-2. C’est à ce moment-là que deux groupes de supporters ont commencé à se jeter des pierres en haut des tribunes, entrainant un mouvement de foule et un envahissement du terrain. “Les violences et jets de projectiles ayant entraîné l’interruption définitive de la rencontre sont inacceptables et totalement contraires aux valeurs du football [N.D.L.R. le match sera rejoué à huis clos, ce samedi 3 octobre]. La FFF apporte son soutien à l’ensemble des joueurs, arbitres, dirigeants, bénévoles et spectateurs ayant pu être affectés par ces événements”, a réagi la Fédération française de football, ce dimanche.
Mais que peuvent faire justement les instances locales ? Car cet épisode de violences n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, le football mahorais est touché régulièrement par ce type de faits. En décembre 2023, par exemple, un adolescent de 17 ans surnommé “Jumeau” avait été mortellement touché à la tête par un morceau de parpaing, en marge d’un match de football à Tsingoni. Cette saison, plusieurs heurts entre supporters ont également eu lieu. Toujours en Coupe de France régionale, par exemple, le tour précédent avait été marqué par des caillassages à M’tsahara, à l’issue de la défaite du club local face aux Diables noirs de Combani, au mois d’août.
Les clubs comme premières victimes
Au sein des instances et des clubs, ce qui s’est passé à Sada a provoqué la sidération, mais constitue aussi une forme de fatalité. Car ce phénomène dépasse le simple cadre du sport. Pour beaucoup, les clubs sont avant tout les premières victimes de ces affrontements et d’une violence qui existe au-delà des tribunes. Pourtant, il y a bien un processus pour sécuriser les rencontres sportives. “La sécurité est de la responsabilité des clubs. Ils nous envoient un plan de sécurité qu’on étudie et qu’on fait remonter aux forces de l’ordre”, explique Aurélien Timba-Elombo, le directeur général de la ligue mahoraise de football.
En cas de conflit inter-villageois ou de heurts précédents, la préfecture de Mayotte peut être amenée à délocaliser une rencontre et procéder à huis clos. Une solution dont elle fait de plus en plus usage et qui a le mérite d’empêcher tout conflit sur le moment. Cependant, cela ne fait que “déplacer le problème”, constate le directeur de la ligue locale. “On ne va pas délocaliser tous les matchs de Mayotte !”, renchérit Ibrahim Hassani. Le dirigeant d’un club de Bandraboua et ancien président de la commission jeunesse de la ligue plaide pour que des référents sécurité interviennent dans chaque club et bénéficient de formations en la matière dispensée par la ligue. “Il faut un vrai travail partenarial entre les clubs, la ligue et les forces de l’ordre. Pour l’instant, ce n’est pas suffisant”, poursuit-il.
Des stades ouverts

(Fb Gendarmerie de Mayotte)
C’est une autre partie du problème. La configuration des terrains à Mayotte rend difficile la lutte contre ces épisodes de violence. “On ne peut pas contrôler tout ce qui se passe au bord du terrain”, admet Mikidachi Abdallah Omar, secrétaire général du Bandrélé FC. Son club mobilise pourtant une dizaine de bénévoles à chaque rencontre pour s’occuper de la sécurité. “Il faut qu’on réfléchisse davantage à l’architecture des stades et à leur insertion dans un périmètre urbain”, estime Ibrahim Hassani. Il cite l’exemple de Sada où les jets de projectiles ont eu lieu autant en tribunes que depuis l’extérieur. Pour faire face à ce problème, il existe bien une règle obligeant les clubs de Régional 1 et 2 à disposer de clôtures. Néanmoins, une dérogation est toujours en cours depuis le passage du cyclone Chido, car les travaux de sécurisation des enceintes sportives ne sont souvent pas jugés prioritaires.
La sanction, “l’arme la plus dissuasive”
Pour la ligue mahoraise, si la communication est privilégiée pour que les clubs “s’opposent à toute forme de violence”, “l’arme la plus dissuasive” pour Aurélien Timba-Embolo reste les sanctions qui planent au-dessus des clubs. Un procédé qui reste dans les mains de la commission de discipline. “Dans le cas de Sada, il pourrait y avoir du sursis ou des suspensions des terrains”, rappelle-t-il.
Côté justice, les mairies de Bandrélé et Sada ont porté plainte contre les auteurs de violence, tandis que la gendarmerie a annoncé la condamnation d’un participant aux heurts à huit mois d’emprisonnement dont la moitié avec sursis. “D’autres personnes identifiées comme impliquées dans ces événements seront interpellées dans les prochains jours”, promet-elle.
Cette première réponse des autorités tend à rassurer des acteurs locaux, conscients que les images de samedi ternissent l’image de leur sport. “On doit éradiquer ce fléau. Il faut que les familles aillent au stade sans avoir peur de recevoir des bouteilles ou des pierres”, martèle le directeur de la ligue. Un vœu devenu impératif au risque que l’enjeu sécuritaire dépasse toujours celui du sportif.
Alexis Duclos


