Une quarantaine de salariés de la structure Apprentis d'Auteuil se sont rassemblés ce matin au rond-point SFR pour dénoncer la fermeture de dispositifs d'insertion et un projet de licenciement pour des raisons économiques.

« On est en CDI, mais menacés de licenciement », la colère des salariés d’Apprentis d’Auteuil

Une quarantaine de salariés de la structure Apprentis d'Auteuil se sont rassemblés ce matin au rond-point SFR pour dénoncer la fermeture de dispositifs d'insertion et un projet de licenciement pour des raisons économiques.

La mobilisation a débuté tôt ce mardi matin, vêtus de t-shirt à l’effigie de la structure, les employés d’Apprentis d’Auteuil Mayotte se sont réunis à l’intersection Moinecha Halidi. Sur les pancartes qu’ils brandissaient, on pouvait lire : « manque de communication » ou encore « suicide collectif ». Ils sont 40 salariés, là où ils étaient encore 79 au départ, certains ayant quitté l’entreprise à cause de la pression ou tout simplement pour suivre un autre chemin professionnel.

À l’origine de la colère, une annonce datant de septembre 2024, lors de la venue du directeur régional d’Apprentis d’Auteuil, qui avait annoncé la fermeture des pôles insertion pour des raisons économiques. À ce moment-là, une dispense d’activité leur aurait été promise pour leur permettre de rebondir. Mais d’après eux, rien n’a été mis en place, à part un plan de départ volontaire proposé sans véritable accompagnement ni solution de reclassement.

Une mobilisation face aux licenciements

Karimdine Faradji, employé d’Apprentis d’Auteuil depuis cinq ans et membre du CSE.

Depuis quelques jours, la situation s’est tendue davantage, en effet des rumeurs de licenciement collectif ont commencé à circuler, d’abord à l’oral, puis par mail. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les salariés à se mobiliser ce mardi 5 mai. « On a appris ça de bouche-à-oreille, puis il y a eu un ordre du jour qui évoquait un licenciement collectif », explique Karimdine Faradji, salarié. « Ça a mis tout le monde en colère ! ».

Ces agents travaillaient dans plusieurs pôles d’insertion répartis sur le territoire, notamment à Dzoumogné, Ouangani ou encore Mamoudzou, dans le cadre des dispositifs Oumeya et OFII, aujourd’hui à l’arrêt. Depuis plusieurs mois, leur activité a progressivement été réduite avant de s’interrompre complètement. « Aujourd’hui, les salariés n’ont plus rien à faire, ils sont en attente », résume-t-il.  Autre inquiétude, celle de la rémunération, ils devaient en bénéficier jusqu’en avril. Une échéance qui alimente désormais leurs inquiétudes, avec la question de savoir si elle sera maintenue ce mois-ci.

« On est en CDI, on veut continuer à travailler »

Ce qui est difficile à accepter pour eux, c’est le manque de visibilité, beaucoup possèdent un contrat à duré indéterminé (CDI) et estiment qu’une solution doit être trouvée. « On a des droits et des avantages. Ils ne peuvent pas venir nous dire du jour au lendemain de partir », martèle Yasmina éducatrice au sein de l’entreprise.

Les salariés s’inquiètent pour les jeunes suivis par la structure.

Au-delà de leur situation personnelle, certains s’inquiètent également pour les jeunes qu’ils accompagnent, en effet, via ces dispositifs, plusieurs centaines de jeunes étaient suivis chaque année. « On a de la peine pour eux. Ils veulent s’en sortir, et nous c’était notre métier de les aider », raconte-t-elle. Depuis février, les agents ne peuvent plus s’occuper de nouveaux jeunes, mais restent néanmoins en contact avec les dossiers de ceux déjà inscrits. «  On reçoit encore des demandes, mais tout est bloqué. On est obligés de leur fermer la porte et maintenant toute cette jeunesse va se retrouver à traîner dans les rues ».

L’éducatrice évoque aussi la frustration ainsi que la colère qui domine chez les équipes. « On se retrouve sans plan B, alors que ça fait des années qu’on travaille là. Beaucoup ont des crédits, des charges. Avec le cyclone qu’on a vécu, ce n’est pas le moment de perdre son emploi », confie-t-elle. Comme d’autres, elle ne comprend pas pourquoi aucune solution de réaffectation n’a été proposée alors que d’autres pôles existent au sein de l’entreprise.

Des explications jugées insuffisantes

À la fin de la matinée, les agents ont rejoint leurs bureaux en attente de réponses.

Les agents estiment se retrouver à “payer les pots cassés”, alors qu’ils n’ont pas la main sur le budget et regrettent un manque d’anticipation. « S’il y avait vraiment un déficit, il fallait prévenir en amont. », insiste Karimdine Faradji.  D’autres éléments d’explication ont également été avancés par Apprentis d’Auteuil, selon les employés, notamment, une situation financière compliquée liée à la suppression de financements publics, tels que les Fonds social européen (FSE).

Néanmoins, d’après lui, la direction explique avoir répondu à des appels à projets, portés par le Département. Mais il précise que ces éléments n’ont jamais été évoqués en réunion contrairement au plan de départ volontaire qui a bien suivi une procédure, ces pistes de continuité n’ont pas été présentées de manière officielle.

Face à cette incertitude, les grévistes attendent désormais des réponses concrètes. Ils demandent soit leur maintien dans l’emploi, soit une réintégration dans d’autres projets. « Nous, on veut continuer à travailler, on aime ce qu’on fait ! », confie l’éducatrice.

Shanyce MATHIAS ALI.

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