Le Grand maître du Grand Orient de France en visite à Mayotte pour rencontrer les acteurs locaux

En déplacement pour la première fois sur le territoire, Pierre Bertinotti, Grand maître franc-maçon du Grand Orient de France, a rencontré plusieurs responsables institutionnels afin d’échanger sur les enjeux locaux, notamment autour de l’éducation, de la langue et de la cohésion sociale.

C’est une visite présentée comme symbolique, Pierre Bertinotti, président du Conseil de l’Ordre et Grand maître du Grand Orient de France, s’est rendu à Mayotte pour la première fois, dans un territoire où l’organisation ne compte qu’une seule loge, après être passé notamment par Madagascar où elle est également implantée.

Le Grand Orient de France, qui revendique 55.000 membres répartis dans le monde entier, dont une partie en outre-mer, cherche à maintenir un lien avec l’ensemble de ses structures, y compris les plus éloignées. « Ce n’est pas parce qu’on est à 10.000 kilomètres de Paris que l’on est oublié », explique Pierre Bertinotti, qui évoque une volonté de resserrer les liens.

Des échanges avec les acteurs locaux

Au-delà de cette dimension interne, le déplacement a surtout été marqué par plusieurs rencontres avec des responsables institutionnels de l’île, dont le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, ainsi que la rectrice Valérie Debuchy. Des échanges au cours desquels la question de l’éducation a largement occupé le devant de la scène.

Durant sa visite, il a rencontré plusieurs représentants de l’Etat, notamment la rectrice Valérie Debuchy.

Pour Pierre Bertinotti, il s’agit d’un enjeu central pour le territoire. « C’est la base », insiste-t-il, en évoquant à la fois la formation, la qualification et plus largement la capacité à accompagner le développement de Mayotte. Dans ce cadre, la question de la langue est également revenue dans les discussions, notamment autour de l’apprentissage du français. « L’apprentissage du français passe par l’éducation, la formation, la qualification pour demain pouvoir répondre aux besoins d’un jeune territoire », explique le président du Conseil de l’Ordre.

Un sujet sensible, dans un territoire où de nombreux élèves ne pratiquent le français qu’à l’école, et où certaines familles craignent que son usage ne se fasse au détriment des langues locales. « Cette question s’est déjà posée ailleurs », rappelle le Grand maître, en faisant référence à l’histoire de régions comme la Bretagne ou l’Alsace.

Selon lui, il ne s’agit pas d’opposer les langues, mais de les faire coexister. « Il faut marier les deux », assure-t-il, en insistant sur l’importance de conserver les cultures locales tout en développant une base commune.

Le développement au cœur des échanges

Cette articulation entre langue, culture et développement est au cœur de sa réflexion, en ce qui concerne l’île. Pour lui, l’apprentissage du français s’inscrit aussi dans une logique plus large d’accès à l’éducation et à l’emploi, dans un territoire en pleine construction. « Il faut emmener tout le monde ! », soulignant que le développement économique passe aussi par la formation.

Pierre Bertinotti insiste également sur le fait que, d’après les échanges menés avec la rectrice, le principe du droit commun s’applique à Mayotte en matière d’éducation, même si son application doit tenir compte des réalités locales. Une approche qui suppose notamment la mobilisation de l’ensemble des acteurs du territoire. « C’est pas que les enseignants, mais aussi intégrer les maires, les accompagner car ils ont un rôle essentiel dans le développement de l’école primaire et maternelle ».

Une méthode fondée sur le dialogue

Au-delà des constats, Pierre Bertinotti insiste sur la méthode, en s’appuyant sur une approche fondée sur l’écoute, le dialogue et le respect des différences. Il estime celle-ci comme étant particulièrement adaptée à un territoire comme Mayotte, marqué par la diversité des cultures et des parcours. « On ne cherche pas à convaincre, mais à enrichir la réflexion », explique-t-il.

Pour Pierre Bertinotti, cette visite est historique. (Léo Vignal / JDM)

La question de la laïcité a également été évoquée lors des échanges avec les institutions. Le Grand maître rappelle qu’elle repose d’abord sur la liberté de conscience et sur la séparation entre les religions et la décision publique. « La loi est faite par les représentants élus, elle ne doit pas être influencée par des considérations religieuses », indique-t-il, tout en précisant que la liberté de pratiquer une religion doit être garantie.

Interrogé sur les relations avec le monde économique, il explique que le Grand Orient de France ne dispose pas de liens directs avec les entreprises, mais peut échanger avec certains acteurs sur des sujets comme l’égalité ou les enjeux environnementaux.

Cette visite intervient dans un contexte où la franc-maçonnerie reste encore mal connue, et parfois sujette à des représentations négatives. « C’est un lieu où l’on apprend à écouter, à se remettre en question et à s’engager pour les autres », confie-t-il.

Shanyce MATHIAS ALI. et Léo Vignal

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