Une seconde vie qui s’assemble pièce par pièce, pour les contes traditionnels

Imaginé par Naidia Boinadi, responsable patrimoine à Chirongui, ce projet mêle jeu et transmission pour faire redécouvrir aux jeunes générations des récits longtemps transmis à l’oral, mais aujourd’hui de moins en moins connus.

Quand elle revient à Mayotte en 2018, après des études dans le tourisme et la valorisation du patrimoine, Nadia Boinaidi retrouve une île qu’elle connaît bien, mais avec un certain décalage. En effet, dans son travail, comme dans son quotidien, elle constate une chose : les contes et légendes disparaissent peu à peu. Ils sont moins racontés, moins connus, parfois même oubliés.

« Quand je posais des questions à ma nièce, elle ne connaissait pas les contes mahorais », raconte la mahoraise. Originaire de Chirongui, aujourd’hui responsable patrimoine de la ville, Nadia Boinaidi a pourtant grandi avec ces récits, racontés le soir par ses parents ou encore ses grands-parents, dans un moment où il suffisait simplement de s’asseoir et d’écouter.

Des contes qui se perdent

Les puzzles sont réalisés à la main par Nadia Boinaidi

C’est dans ce contexte que la jeune femme va commencer à réfléchir à une autre manière de transmettre cette pratique culturelle, d’abord à travers l’écriture de livres, ensuite avec un podcast « Maoré Halé« , avant qu’une idée plus concrète ne s’impose lorsqu’elle cherche des supports pour sa nièce, sans succès : les puzzles. « Elle m’avait demandé des puzzles sur Mayotte et il n’y en avait pas », explique-t-elle.

Peu à peu, le projet prend forme, avec Maoré Puzzle, la Mahoraise  décide donc de réunir ses trois centres d’intérêt : le dessin, le jeu et les contes. L’idée est simple, transmettre la culture autrement. « Le puzzle, c’est la partie ludique », dit-elle, une façon d’accrocher l’attention dans un contexte où les enfants apprennent autrement, entre écrans, jeux vidéo et contenus rapides.

Redonner vie aux contes mahorais

Pour démarrer, elle choisit trois histoires déjà connues : l’îlot sable blanc, la légende du serpent géant de Chirongui et celle des quatre frères, liée aux îlots de Mamoudzou. Des récits ancrés dans le territoire, avec lesquels les enfants peuvent faire un premier lien.

Le choix du puzzle n’est pas anodin, en effet, sur l’île, la tradition est d’abord orale. Mais aujourd’hui, ce mode de transmission ne suffit plus à capter l’attention de la nouvelle génération. « Les enfants ont besoin d’images, de repères », confie la créatrice. Le puzzle permet de voir, de manipuler, mais également de se projeter dans une scène. Une manière de moderniser les contes sans les transformer en profondeur.

Pour les premiers lots, elle s’est basée sur des récits populaires.

L’expérience se prolonge même au-delà du jeu, notamment grâce au podcast qui permet d’accompagner le puzzle et de créer une immersion dans le récit. Pour autant, Nadia Boinadi ne voit pas ce dispositif comme un remplacement des veillées d’autrefois. « Ça ne remplace pas les moments de partage qu’il y avait ! Les histoires étaient racontées avec une ambiance particulière, parfois accompagnée de tambours, et une mise en scène  », reconnaît-elle.

Plus largement, une inquiétude revient autour de la disparition de ces contes, qu’elle observe notamment lors d’ateliers dans des écoles. « Ils ne savent pas qu’avant de commencer le conte il faut dire « Halé Halélé, Gombé » ». Contrairement à une idée répandue, Nadia Boinaidi ne pense pas que les jeunes se désintéressent de leur culture, elle observe plutôt un manque d’outils. Dans les ateliers qu’elle anime, elle voit des enfants parfois hésitants au début, puis curieux, impliqués et finalement fiers de ce qu’ils découvrent. Une dynamique qui confirme, selon elle, que l’intérêt est présent, à condition de proposer des supports adaptés.

Une suite pensée pour faire vivre la culture

Dans cette démarche, la jeune femme veut aussi montrer que la culture mahoraise existe et qu’elle est riche. À ses yeux, ces récits font partie d’un patrimoine encore trop peu valorisé, alors qu’ils peuvent aussi être un levier pour faire rayonner l’île. « Valoriser notre culture permet de faire connaître notre île comme elle est, ça peut être aussi un levier économique », souligne la créatrice de Maoré Puzzle.

La suite du projet s’inscrit dans cette logique, avec des idées déjà précises, comme la création de nouveaux puzzles, le développement d’autres supports tels que des albums illustrés et des malles pédagogiques, notamment autour de la broderie traditionnelle. « C’est un savoir-faire mahorais et il doit être sauvegardé, raison pour laquelle il faut l’enseigner aux plus jeunes ».

Elle envisage aussi un lieu dédié où les jeunes pourraient venir découvrir la culture du territoire, pratiquer de l’art, se divertir et s’améliorer aux côtés d’artistes. Mais également des excursions sur des sites comme l’îlot de sable blanc, afin d’y intégrer davantage l’aspect culturel et de raconter les histoires liées à ces lieux.

Shanyce MATHIAS ALI.

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