Fortes pluies et inondations : la population subit toujours sans réelle politique publique

Ce mercredi 11 mars, de fortes pluies ont transformé rues et quartiers de Mayotte en torrents d’eau, paralysant routes, habitations et écoles. Si les habitants ont été pris de court, l’événement révèle surtout l'absence de prévention et l’insuffisance des infrastructures, déjà fragilisées face aux risques climatiques et à l’urbanisation croissante.

À Mamoudzou, Koungou, en Petite-Terre, mais aussi à Combani et dans plusieurs autres communes du territoire, les habitants ont dû faire face, mercredi 11 mars au matin, à de véritables torrents d’eau dévalant les pentes des villages et des quartiers, inondant rues et habitations et rendant plusieurs axes routiers impraticables.

Des inondations qui ont pris la population de court

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Des habitants de Kawéni, quartier Bandrajou, face à la crue soudaine.

En l’espace de quelques heures, ces pluies intenses ont complètement paralysé cette partie du territoire. Les intempéries ont provoqué d’importants dégâts matériels sur les voiries, ouvrant la chaussée notamment à Passamaïnty, et emportant des véhicules à Bandrajou, à Kawéni.

La soudaineté de l’événement a pris de court la population, d’autant que le territoire était seulement placé en vigilance jaune pour fortes pluies et orages par Météo-France, un niveau d’alerte qui ne laissait pas présager une situation d’une telle intensité.

Le village de Kawéni a été l’un des plus touchés par l’épisode. Les élèves du collège K2 ont été évacués après la suspension des cours en raison d’infiltrations d’eau et de boue ayant touché une partie des installations et rendu plusieurs salles temporairement inutilisables, a fait savoir le Rectorat. Ce jeudi, l’accueil des élèves se fera en demi-jauge dans l’établissement, seuls les élèves de 6ème et de 3ème seront accueillis. Les équipes du rectorat et de l’établissement, renforcées pour l’occasion, « sont pleinement mobilisées afin de remettre les salles en état dans les meilleurs délais », précise le Rectorat.

Le maintien des rencontres sportives scolaires (UNSS) est apprécié établissement par établissement sur le reste du territoire touché. Le Rectorat tient également à rassurer les familles et l’ensemble de ses personnels : « la situation est suivie avec la plus grande vigilance et toutes les mesures nécessaires sont prises, en lien avec les autorités compétentes, pour garantir la sécurité des élèves et des personnels ».

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Le dépôt du Sodifram de Kawéni complétement inondé, le 11 mars 2026.

Toujours à Kawéni, de l’autre côté de la route nationale, dans la zone industrielle du poumon économique de Mayotte, l’eau a inondé le site de la SMAE, ou encore le dépôt du magasin Sodifram.

Engagé dès les premières heures du déluge, le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) a réalisé, entre 7h et 14h, huit interventions, dont sept liées à des inondations dans des habitations à Bandrélé, Majicavo, Kawéni et Trévani, ainsi que dans des locaux professionnels également à Kawéni. Les secours sont aussi intervenus pour une opération de dégagement de la voie publique à M’liha.

« Aucun sauvetage ni mise en sécurité n’ont été réalisés par les secours et aucune victime n’a été évacuée », précise le Sdis, qui a mobilisé 40 sapeurs-pompiers, dont 4 officiers et une équipe spécialisée en sauvetage aquatique, avec 11 véhicules et une embarcation.

Impréparation, infrastructures vieillissantes et urbanisation croissante : des facteurs aggravants bien connus

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La rivière de M’tsapéré en crue après les fortes pluies.

Après le choc des premières heures, c’est la colère, parfois même la désolation qui s’est emparée des automobilistes et des habitants de Mayotte.

« On n’est pas préparés à ces phénomènes, les élus ils ne pensent pas à ce genre de choses. Ils se concentrent sur les immigrés ou je ne sais quoi au lieu de penser aux dangers naturels, les risques ou les inondations à Mayotte », lance un lycéen, habitant de M’tsapéré, marqué par la crue impressionnante de la rivière qui traverse le village. « On n’apprend pas du passé c’est dommage vraiment », se désole-t-il.

Et pourtant les inondations sont anciennes et récurrentes, notamment en saison des pluies, depuis de nombreuses années. Les risques sont connus par la population et les pouvoirs publics, mais la situation ne s’améliore pas, au contraire. A commencer par les voiries et les ruelles, constamment inondées qui symbolisent le manque d’anticipation et de prise en compte des risques.

« C’est quand même assez extraordinaire que dans les débats politiques actuels en période électorale, la question du déplacement et de l’aménagement des voiries soit aussi peu débattue », déplore Mohamed Hamissi, spécialiste transport et mobilités. « Si des inondations existent, c’est surtout à cause d’infrastructures vieillissantes, construites sans prendre en compte les contraintes et risques climatiques. Nos infrastructures sont vulnérables : il suffit d’une pluie pour que tout soit inondé ».

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Mohamed Hamissi déplore le désintérêt pour le sujet de la part des élus, notamment en cette période éléctorale.

Selon lui, ce désintérêt pour le sujet et cette absence de politique publique se traduisent par des projets qui restent au stade des études, mais aussi par un budget annuel d’entretien des voiries limité à 4 millions d’euros, alors qu’il devrait être d’environ 20 millions — soit cinq fois plus — pour pouvoir aménager, moderniser et mettre en place des solutions efficaces.

Un désengagement en contradiction avec les attentes de la population qui porte le sujet quasi-quotidiennement, après des inondations mais aussi des accidents de la route.

Mettre aux normes l’existant et « tout repenser » pour l’avenir

« Sur certaines routes, les caniveaux n’existent pas ou datent des années 90, et quand ils existent, ils sont sous-dimensionnés, bouchés et mal entretenus. C’est la même chose pour les canalisations d’évacuation des eaux pluviales. Les secteurs inondés, comme à Kawéni, n’ont pas ce genre d’installations », explique-t-il. « Il faut d’abord entretenir et mettre aux normes les voiries existantes sur l’ensemble du territoire avant de penser à de nouvelles infrastructures, comme les autoroutes. Et cela doit se faire avec une approche globale des risques, en allant bien au-delà de la simple construction d’une route ou de la pose d’enrobé : il faut aménager les bas-côtés, limiter l’artificialisation des sols, installer des pavés, par exemple. Il faut arrêter de soutenir le ‘tout enrobé’ ou le béton à outrance. »

Pour illustrer ses propos, Mohamed Hamissi cite le Caribus. Malgré sa construction récente, plusieurs zones subissent déjà des inondations, laissant planer le risque que « ces infrastructures ne tiennent pas dans le temps ». « On entend souvent dire que c’est la faute des ingénieurs ou des entreprises, mais si les études ne prennent pas en compte toutes les problématiques, ils ne peuvent pas faire de miracles. »

Avant la tempête tropicale Dikélédi en janvier 2025.

« Cette situation n’est pas normale, même pendant la période de kashkazi. Si on accepte cela, on accepte les glissements de terrain, les crues, voire les morts », alerte-t-il. « Il faut tout repenser et mettre en place une véritable politique publique dès maintenant, car ces risques sont des dangers quotidiens pour les automobilistes et les riverains. Je le répète depuis des années sans observer d’améliorations. Je ne sais plus quoi dire ».

La situation risque de se dégrader davantage, principalement en raison du dérèglement climatique : le réchauffement des océans augmente l’énergie disponible pour les cyclones, entraînant des tempêtes plus intenses et des épisodes pluvieux plus violents. L’urbanisation croissante, qui multiplie les surfaces imperméables, et l’agriculture sur brûlis, qui dégrade la végétation et réduit la capacité du sol à absorber l’eau, constituent également deux facteurs susceptibles d’accentuer le ruissellement et les risques d’inondation dans les années à venir.

Victor Diwisch

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