Depuis lundi, la campagne officielle pour les élections municipales a commencé. La fédération Les Républicains de Mayotte a ouvert le bal des meetings dès le matin, par une conférence destinée à présenter les candidats investis ou soutenus par le parti pour les prochaines élections, ainsi que les grandes lignes d’un programme commun. La majorité des têtes de liste étaient présentes, les autres étant représentées par des colistiers.
La rencontre était menée par Abdoul Kamardine, président des LR de Mayotte, qui a rappelé l’objectif de la réunion, permettre à la presse et au public de mieux identifier les candidats, tout en posant un cadre collectif. « Chaque territoire a ses spécificités, mais il y a aussi des points communs sur lesquels les communes peuvent se retrouver. Nous avons voulu cultiver un esprit d’équipe, travailler ensemble et se soutenir jusqu’au bout », a-t-il insisté, en évoquant un contexte encore marqué par le cyclone Chido et la tempête Dikeledi.
Des constats chiffrés pour poser les enjeux
Pour justifier la nécessité d’un programme « solide et robuste », plusieurs chiffres ont été avancés. À Mayotte, six habitants sur dix déclarent se sentir en insécurité dans leur domicile et dans leur quartier. Le territoire compte une population très jeune, avec un âge moyen de 23 ans et fait face à un déficit estimé à 1.200 salles de classe.

Autres données énoncées par le président du LR : seuls 8 % des enfants scolarisés bénéficient d’un repas chaud le midi, posant la question du développement de la restauration scolaire. En matière de logement, les données rappellent qu’en 2017, quatre logements sur dix étaient en tôle et que trois sur dix ne disposaient pas d’eau courante.
En ce qui concerne la jeunesse, en 2023, 29.000 Mahorais de 15 ans et plus étaient au chômage, soit 37 % de la population active. À ces difficultés structurelles s’ajoutent les conséquences du cyclone Chido, qui ont engendré environ 484 millions d’euros de pertes pour l’activité économique et 3,4 milliards d’euros de dégâts causés aux infrastructures et aux biens. « Ce sont des sujets qui sont là depuis des années, qui sont évoqués, mais qui ne voient jamais le jour. C’est l’occasion de les mettre au goût du jour », a-t-il ajouté.
Neuf thématiques communes
Face à ces constats, la fédération des Républicains affirme être pleinement mobilisée et présente sur la quasi-totalité du territoire. En effet, le parti a investi une femme et dix hommes et soutient cinq têtes de liste. « L’objectif est de dégager sur l’ensemble du territoire des axes d’actions sur lesquels ceux qui seront élus prochainement pourront travailler côte à côte », explique Abdoul Kamardine.

Le programme repose sur neuf thématiques communes, élaborées lors d’un séminaire tenu le 6 décembre dernier à Nyambadao. Parmi elles figurent : la sécurité et la tranquillité publique, la protection face aux risques naturels, l’éducation et l’excellence éducative, l’action sociale, le développement du sport et de la culture, l’accès au logement, l’environnement notamment l’eau et les déchets, le développement économique, ainsi que l’optimisation des recettes et la bonne gouvernance des collectivités.
Des priorités déclinées localement par les candidats
Par la suite, plusieurs candidats ont pris la parole pour illustrer ces axes. À Bandraboua, le candidat Abdou-Lihariti Antoissi a résumé ses priorités autour de trois mots : protéger, éduquer et construire, avec un accent particulier mis sur la sécurité, le fonctionnement de la police municipale, le travail avec les associations de quartier ainsi que la mise en place de conseils de quartier pour mieux prendre en compte les réalités locales. « Bandraboua fait partie des territoires où la violence revient régulièrement. En ce moment, on est dans une période d’accalmie, mais en général, ça ne dure pas. Il y a un vrai travail de fond à mener pour arriver à une tranquillité et une paix durable », a déclaré la candidat.

De son côté, Hadidja Said Madi Hassani, tête de liste à Chiconi et seule femme du groupe, a souligné que les priorités sont largement partagées sur le territoire, la différence se jouant selon elle sur la capacité des équipes et de la fédération à porter concrètement les projets. « On ne construit pas un territoire seul, il faut une fédération, un appui, un collectif », a-t-elle insisté.
La question des finances communales et de la gouvernance a également été abordée par le maire sortant de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila, qui a défendu des choix visant à préserver le pouvoir d’achat des habitants, tout en travaillant sur l’élargissement des bases fiscales et la régularisation foncière. Il a aussi rappelé le rôle attendu de l’État, notamment pour lutter contre l’habitat informel et accompagner les communes dans des opérations d’aménagement de grande ampleur.
Shanyce MATHIAS ALI.


