Pour son dernier jour de déplacement à Mayotte, la ministre des Outre-mer s’est rendue dans le bidonville de La Vigie, à Petite-Terre. Une visite de terrain marquée par des conditions d’accès difficiles et des chantiers de rénovation toujours en cours.

Naïma Moutchou face à la réalité des bidonvilles

Pour son dernier jour de déplacement à Mayotte, la ministre des Outre-mer s’est rendue dans le bidonville de La Vigie, à Petite-Terre. Une visite de terrain marquée par des conditions d’accès difficiles et des chantiers de rénovation toujours en cours.

Pour son dernier jour de terrain sur le territoire de Mayotte, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a débuté son programme par une visite du bidonville de La Vigie. Elle est arrivée aux alentours de 9 heures, accompagnée du préfet de Mayotte, sur le site des cratères de Petite-Terre, côté La Vigie.

Un quartier enclavé et des conditions de vie difficiles

Sur place, plusieurs élus et représentants institutionnels l’attendaient dont le sénateur Saïd Omar Oili, la conseillère départementale Maymounati Moussa Ahamadi, ou encore Archadi Abassi, président de la communauté de communes de Petite-Terre.

Les participants descendent un chemin raide, s’appuyant les uns sur les autres ou sur les maisons en tôle, sur des marches improvisées en pneus.

La visite a permis à la ministre de constater directement les conditions de vie de la population du quartier. Les gendarmes ont profité de l’occasion pour partager leur expérience de terrain. Intervenir à La Vigie reste compliqué : l’accès en voiture pour certains endroits est impossible. Il n’y a pas vraiment de route, mais des passages très raides, aménagés de manière informelle par les habitants eux-mêmes. Avec des marches qui ont été fabriquées à l’aide de pneus, de sacs de riz remplis de terre ou de sable, de branches de bois ou de matériaux de récupération. L’espace est étroit, rendant l’accès difficile pour les secours, qu’il s’agisse des pompiers ou des forces de l’ordre.

Echange entre la ministre et un habitant de La Vigie.

Au cours de la visite, Naïma Moutchou a marqué une halte dans une case en tôle, où elle a été accueillie par une famille vivant sur place depuis 1998. Le père de famille, présenté comme un résident engagé dans la sécurité du quartier et la sensibilisation des jeunes, a reçu les félicitations de la ministre. À l’intérieur, les occupants ont raconté leur vécu lors du passage du cyclone Chido. Les arbres tombés rendaient l’accès encore plus compliqué dans un quartier déjà difficilement praticable, compliquant à la fois leur quotidien et l’intervention des autorités venues leur porter assistance.

Des chantiers qui reprennent après Chido

L’inspection s’est poursuivie avec une présentation du chantier de la ravine et du projet de désenclavement du quartier prioritaire de La Vigie. Une opération mise à l’arrêt après le passage du cyclone Chido, il y a un an, et qui a repris début mai 2025. Trois mois ont été nécessaires pour remettre le site en état avant de pouvoir reprendre les travaux. Le projet s’inscrit dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) et concerne un quartier de près de 160 hectares, où une grande partie des résidents vivent dans des bangas en tôle. Un chantier décrit par Frédérick Beaumont, directeur de la Stratégie des Politiques Publiques et de la Rénovation Urbaine, comme « un travail de longue haleine ».

Explication du chantier de désenclavement à la ministre par le président de la CCPT.

Du côté des élus locaux, le message adressé à la ministre était clair. Mohamed Elamine Abdourahamane reconnaît que les travaux ont pris du retard, mais assure que le chantier est bien lancé et budgétisé. « Malgré Chido, l’activité a repris », a-t-il insisté, soulignant l’importance de maintenir la pression pour que les travaux ne s’arrêtent pas. Même son de cloche pour Archadi Abassi, « le passage du cyclone renforce la nécessité d’un accompagnement accru de l’État », a expliqué le président. Le projet global, estimé à environ 60 millions d’euros, s’étale sur une durée de dix à quinze ans. Après le premier faisceau, déjà bien avancé, les phases suivantes doivent permettre la poursuite des aménagements, incluant voirie, logements et équipements scolaires. « La CCPT attend 13 millions d’euros de l’État, dont 9 millions destinés à rembourser les dépenses déjà engagées pour le ramassage des déchets. Sans ces fonds, notre trésorerie sera mise à mal », a partagé Archadi Abassi.

Des difficultés structurelles persistantes

Au-delà des chantiers, la visite a aussi permis d’aborder les difficultés structurelles du territoire. Manque de promoteurs, pénurie de logements sociaux et non sociaux, constructions de fortune dans des zones à risque, pauvreté importante… Autant de problématiques mises en avant lors des échanges. « Les gens ne vivent pas dans des bangas par plaisir, mais parce qu’ils n’ont pas le choix », a rappelé Frédérick Beaumont, évoquant également les risques d’éboulement et de glissement de terrain.

L’autre point soulevé a été la question des déchets. Un problème de compétence partagée entre les collectivités et le SIDEVAM, qui complique leur ramassage, notamment lorsque les déchets sont au sol.

Shanyce MATHIAS ALI.

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