Menacé de disparition, le kiboŝy cherche aujourd’hui à se doter d’un alphabet. À travers un programme inédit, l’association Marovoanio mobilise chercheurs et habitants pour sauver cette langue, transmettre son héritage et lui donner un avenir.

Le kiboŝy en quête d’alphabet : une renaissance par l’écriture

Menacé de disparition, le kiboŝy cherche aujourd’hui à se doter d’un alphabet. À travers un programme inédit, l’association Marovoanio mobilise chercheurs et habitants pour sauver cette langue, transmettre son héritage et lui donner un avenir.

Une langue menacée de disparition

Langue discrète, parlée dans certains villages du nord et du sud de Mayotte, le kiboŝy n’a jamais bénéficié de politique linguistique forte. Sa vitalité repose encore aujourd’hui sur deux piliers fragiles : sa proximité avec Madagascar et sa territorialité unique à Mayotte. Mais pour ses défenseurs, cette situation ne peut durer. « Il est primordial de passer par les fondamentaux, à savoir l’écriture. Et pour cela, il nous faut un alphabet », insiste Boinali Toibib Toumbou le président de l’association Marovoanio, initiatrice du Programme de Validation Alphabétique Participative (PVAP).

Une démarche participative inédite

En juillet dernier l’association Marovoanio avait organisé une journée intitulée « Mayotte parle en kibosy »

Plutôt qu’imposer une norme savante, le projet associe linguistes et locuteurs pour bâtir un alphabet réaliste et accepté par tous. « La science du terrain est essentielle, car c’est leur langue. La confrontation entre avis des experts et contributions de la population permet de rester au plus près de la pratique réelle du kiboŝy », explique le président.

Un enjeu générationnel et culturel

Au-delà de la question technique, l’enjeu est culturel et générationnel. Les locuteurs actuels du kiboŝy sont majoritairement âgés de plus de 40 ans. Pour l’association, il est urgent que la jeunesse se réapproprie cette langue, qu’elle considère comme un marqueur identitaire fort, un outil d’intégration régionale et même un levier de rayonnement culturel et économique pour Mayotte.

La menace du déclin

La menace est tangible : de Mamoudzou à Tsararano, là où le kiboŝy était largement parlé au XIXᵉ siècle, il est aujourd’hui presque inexistant. Plusieurs villages — de Mbouini à Hamjago, en passant par Ouangani, Bambo ou Chirongui — connaissent le même déclin. « Notre idée est de vitaliser et valoriser la langue, de sensibiliser, de protéger et, à terme, d’obtenir une reconnaissance politique. Nous espérons qu’un jour la population de Mayotte pourra s’exprimer avec dextérité à la fois en shimaoré et en kiboŝy », plaide l’association.

Un premier atelier à Acoua

C’est dans cette perspective qu’est lancé le Programme de Validation Alphabétique Participative. Le premier atelier se tiendra le dimanche 14 septembre à partir de 8h30 à la mairie d’Acoua. D’autres ateliers sont prévus à Mtsapéré, Poroani et Hamjago dans les mois à venir.

Nayar Said Omar

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