Un livre donne la parole aux jeunes de Mayotte et interroge les fractures de l’école républicaine dans l’océan Indien.

Un ouvrage pour comprendre Mayotte à travers sa jeunesse et son école

Un livre donne la parole aux jeunes de Mayotte et interroge les fractures de l’école républicaine dans l’océan Indien.

Publié en juillet 2025 aux Éditions BoD, Mayotte : Histoire, défis éducatifs et perspectives d’avenir propose une plongée dans les fractures éducatives et sociales de l’île. Son auteur, Abdou Abdallah, enseignant en biotechnologie santé environnement y livre un regard engagé mais rigoureux, nourri par des années de pratique de terrain. À travers une approche mêlant analyse historique, observation sociologique et récits vécus, il entend s’adresser à « un large public : enseignants, formateurs, éducateurs, chercheurs, mais aussi à toute personne curieuse de mieux comprendre cette île singulière ».

Un territoire sous tension : entre histoire, migration et malentendus culturels

PAF, Mayotte, kwassa, LIC, Shikandra, Wuambushu
Chaque jour, des agents de la police aux frontières scrutent les côtes mahoraises, de l’arrivée de migrants en provenance des Comores ou d’autres régions africaines.

L’ouvrage met d’abord en lumière les divisions sociales, souvent mal perçues par les professionnels de l’éducation. Abdou Abdallah constate que « beaucoup d’enseignants, fraîchement arrivés, ignorent les spécificités culturelles et historiques qui façonnent la jeunesse mahoraise ». Cette méconnaissance alimente parfois des préjugés dans les établissements. « Ils ne font pas la distinction entre un élève dont les ancêtres sont implantés à Mayotte depuis plusieurs générations et celui dont les parents ou lui-même sont arrivés plus récemment des Comores. Pourtant, cette distinction est bien réelle », estime-il.

D’après lui, ces clivages ne restent pas symboliques : ils se manifestent jusque « dans les cours de récréation, où des insultes à caractère ethnique peuvent dégénérer en violences graves ». L’auteur insiste sur la nécessité de « comprendre Mayotte pour mieux accompagner sa jeunesse », dans un contexte où l’histoire coloniale, les flux migratoires et les inégalités exacerbent les tensions entre les habitants de l’île.

 Une jeunesse en perte de repères, confrontée à une éducation fragilisée

À Mayotte, les enseignants doivent composer avec des classes surchargées et une diversité culturelle importante parmi leurs élèves.

Selon l’auteur, dans une île marquée par une modernisation rapide, la jeunesse mahoraise vit une double tension : aspiration à l’intégration dans la société française et attachement ou rejet des traditions locales. « Nombreux sont ceux qui, influencés par la culture occidentale, rejettent leur langue maternelle, le shimaoré, ou cherchent à s’éloigner des coutumes locales », observe-t-il. D’autres, après une année d’études en métropole, « reviennent francisés, peinant à réintégrer leur communauté ».

Sur le plan scolaire, le tableau est rude : classes surchargées, manque de moyens, précarité endémique. Dans l’enseignement professionnel, le constat est alarmant : « Près de 90 % des élèves sont en situation administrative irrégulière », estime l’auteur, s’appuyant sur ses propres observations et échanges avec des collègues. Une réalité que les données officielles ne permettent pas de documenter précisément.

Des voix pour dire le réel : témoignages d’élèves et d’éducateurs

Au cœur de l’ouvrage, Abdou Abdallah place les récits de celles et ceux qui vivent ces réalités. « Ce livre donne la parole à ceux qui vivent ces réalités au quotidien », écrit-il. On y rencontre Farida, jeune apprentie « tiraillée entre son apprentissage et des responsabilités familiales écrasantes », ou encore Abdel, « ingénieur en agriculture, contraint de rester dans l’Éducation nationale faute de reconnaissance de ses compétences ».

Les témoignages recueillis – Nassie, Yasmine, Omar – montrent une jeunesse « prise entre espoir et résignation », confrontée à la violence, à l’errance, à des modèles contradictoires. « Ces témoignages ne sont pas des cas isolés, ils sont représentatifs des défis structurels auxquels est confronté Mayotte », insiste l’auteur.

Mathilde Hangard

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