Loi de programmation : « On nous raconte des mensonges, tout se fait sans nous ! » fustige le sénateur Saïd Omar Oili

C’est à l’occasion d’une conférence de presse organisée ce lundi par le sénateur de Mayotte, Saïd Omar Oili, que ce dernier a décidé de taper du poing sur la table pour dénoncer l’attitude du Gouvernement et de l’État concernant la future loi de programmation pour Mayotte. En effet, l’élu déplore l’absence de consultations des élus mahorais dans la prise des décisions qui vont engager notre territoire pour les prochaines années à venir.

C’est dans sa permanence à Mamoudzou que l’élu du palais du Luxembourg avait invité l’ensemble de médias de l’île afin de s’insurger contre le manque d’informations concernant le projet de loi pour la reconstruction de Mayotte. « Les discussions et concertations sur le projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte ont commencé depuis plusieurs semaines. Maintenant nous avons le projet définitif depuis mardi dernier. Toutefois, comme je l’ai indiqué par courrier au ministre des Outre-mer, Manuel Valls, le 24 avril dernier, il manque à mon sens pour bien apprécier ce projet de loi 3 documents. Tout d’abord le rapport des missions inter-inspections qui ont procédé à l’état des lieux des dommages liés à Chido et leurs propositions pour la refondation. Ensuite le bilan des reconduites à la frontière de 2024, alors que dans le texte on évoque qu’un bilan partiel de l’opération « Place nette ». Selon mes informations le bilan est très inférieur aux précédentes années. Enfin, le bilan complet du contrat de convergence », explique le sénateur.

Et de poursuivre sans une certaine amertume, « il faut arrêter de raconter des histoires aux Mahorais et leur dire la vérité sur les textes qui les concernent très directement et impacte l’avenir de cet archipel. On nous raconte des mensonges, tout se fait sans nous. Il faut un langage de responsabilité et de vérité et non un discours fait d’incohérences et de mensonges. La parole politique à un sens », insiste-t-il

Le projet de piste longue en Petite-Terre enterré et un ponton au lieu d’une base navale

La piste de longue de l’aéroport en Petite-Terre, un vieux serpent de mer…

Le sénateur se dit « heurté » par les chiffres qui ont été communiqués récemment. « J’ai entendu parler de 5,3 milliards pour la reconstruction de Mayotte… Mais d’où sort ce chiffre ? J’ai demandé à plusieurs reprises que l’on me transmette le rapport des experts mais je n’ai toujours rien reçu. Les choses qui sont dites sont différentes de la réalité. Avant de discuter et de voter cette loi j’ai besoin de documents pour travailler. On me demande de donner mon avis alors que je n’ai pas d’éléments probants sur une loi qui va engager Mayotte pour les prochaines année », déplore-t-il.

Le sénateur, que l’on connait pour être un ardent défenseur du projet de piste longue en Petite-Terre, n’en démord. Il regrette l’annonce faite par le président de la République lors de sa récente venue à Mayotte, et dénonce une manipulation. En effet, selon lui l’article 19 de la loi de programmation prévoit l’expropriation des gens à Bouyouni pour construire le futur aéroport, « or les Mahorais sont contre ! On veut faire porter le chapeau aux Mahorais de la non réalisation de la piste longue en Grande-Terre. L’ensemble des élus Mahorais s’étaient concertés et avait finalement opté pour le choix d’une piste convergente en Petite-Terre ». Force est de constater que l’avis des Mahorais n’a pas été pris en compte dans la prise de cette décision. Et le sénateur de poursuivre : « J’ai entendu le préfet parler d’un coût de 7 milliards d’euros pour le projet de piste longue en Petite-Terre et de 1 milliard pour le projet de Grande-Terre. Mais où a-t-il eu ces chiffres ? Je n’ai vu aucun rapport à ce sujet. Il y a beaucoup de mensonges… ».

Au sujet de la future base navale prévue sur notre territoire, le sénateur dénonce une fois de plus un rideau de fumée et non un rideau de fer comme l’avait évoqué Manuel Valls. « Il n’y a aucune mention, aucun crédit affecté à une base navale à Mayotte dans la loi de programmation militaire. J’ai interrogé le responsable de la FASOI (Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien) qui a confirmé qu’il n’y avait rien de prévu pour Mayotte. Il s’agira juste de construire un ponton pour des intercepteurs à Mtsamboro, rien de plus. Il n’y aura pas de base navale et donc pas de moyens pour lutter contre l’immigration clandestine ».

Le dépôt d’amendements au projet de loi de programmation pour Mayotte

Mayotte, Valls, convention, CD, signature,
« C’est une loi-programme avec des financements qui portera sur le renforcement en matière de sécurité, la lutte déterminée contre l’immigration illégale, beaucoup d’aspects en matière de développement économique, d’urbanisme, de foncier et de cadastre », déclarait Manuel Valls, à propos de la loi de programmation pour Mayotte, le 31 janvier 2025

Ce que nous a expliqué le sénateur c’est que le projet de loi est composé de deux parties : une partie normative de 34 articles qui s’impose comme texte législatif et un rapport annexé qui n’est pas normatif, mais est un texte d’intentions programmatiques.
 « Il n’a pas de portée juridique contraignante », selon lui. « 
Il n’aura une véritable portée que si les lois de finances suivent. C’est pourquoi, je me servirai de ce rapport annexé comme une feuille de route pour un suivi des réalisations. Je vais reprendre ma proposition de loi sur le droit du sol sous la forme d’un amendement pour mettre fin à la carte de séjour territorialisée qui est la revendication principale portée par les Mahorais et l’ensemble des élus de Mayotte ».

En outre, le sénateur condamne une nouvelle fois l’absence de vision claire sur les projets d’infrastructures et sur la budgétisation de la reconstruction. Pour cela il met en avant la déclaration du Haut Conseil des Finances Publiques que nous avions rapportée. « Dans cette programmation, les critiques du Haut Conseil des Finances Publiques présidé par le Premier Président de la Cour des Comptes, Pierre Moscovici, sont inquiétantes. Dans leur avis ils constatent une absence de programmation pluriannuelle et d’identification des fonds publics. Leurs remarques rejoignent mes craintes, notamment sur la non transmission des rapports des inspections sur le coût de CHIDO. Pourquoi, une telle opacité sur les moyens de la construction de Mayotte de la part du Gouvernement ? Je ferai une série d’amendements dont notamment le dossier de la piste longue et un autre sur la politique de lutte contre l’immigration clandestine ».

Le futur établissement public pour la reconstruction

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Le 30 janvier 2025, le général Facon, en charge de la reconstruction de l’île, entamait sa visite officielle à Mayotte, accompagné de Manuel Valls (photographie/DR)

Sur ce sujet, le sénateur fait également part de ses doutes et de son désarroi en dénonçant une fois encore l’absence de prise en compte de l’avis des Mahorais. « Il y aura un trio à la tête de l’établissement public… le général Facon, Ben Issa Ousséni et une équipe de la préfecture. Mais c’est le général Facon qui aura le dernier mot. Les élus mahorais sont où dans la prise de décision ? On ne le les voit pas. Nous n’avons pas eu connaissance d’une quelconque feuille de route. J’ai essayé de rencontrer le général Facon à plusieurs reprises mais quand je suis à Paris on me dit qu’il est à Mayotte et quand je suis à Mayotte on me dit qu’il est à Paris… ». Saïd Omar Oili est également inquiet concernant l’attribution des marchés qui, selon lui, se fera à Paris. « On me dit que tout ce qui est ingénierie se fera depuis Paris car personne ne veut venir à Mayotte. Une fois de plus tout va se décider à Paris sans les élus ».

Enfin, en ce qui concerne les relations diplomatiques avec nos voisins Comoriens, le sénateur n’y va pas de main morte. « Azali et Macron sont de grands amis, ils ont d’excellentes relations ! La France ne veut pas perdre son influence dans la région au profit de la Russie ou de la Chine… ». Puis il ajoute que ce qui bloque la coopération au sein de la COI ce n’est pas la diplomatie mais les normes législatives françaises et européennes. « Ce sont les normes qui empêchent les échanges avec les autres pays de la région, ils sont un frein. Songez que l’on ne peut pas importer du bois de Madagascar car il ne répond pas aux normes européennes… Et pour ça la COI ne peut pas faire grand-chose ! ».

B.J.

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