Les Forces Vives ont appelé la population à se réunir ce dimanche 4 février sur le terrain de football de Tsingoni pour manifester contre l’insécurité et l’immigration clandestine. Un congrès s’est tenu ensuite en présence des élus de Mayotte. Un nouvel intermédiaire entre le gouvernement et les Forces Vive est exigé pour les négociations.

1500 personnes réunies à Tsingoni pour la manifestation et le congrès des Forces Vives

Les Forces Vives ont appelé la population à se réunir ce dimanche 4 février sur le terrain de football de Tsingoni pour manifester contre l’insécurité et l’immigration clandestine. Un congrès s’est tenu ensuite en présence des élus de Mayotte. Un nouvel intermédiaire entre le gouvernement et les Forces Vive est exigé pour les négociations.

Les Forces Vives ne veulent plus « se laisser berner par le gouvernement » comme en 2018.

Ce dimanche matin, le terrain de football de Tsingoni était noir de monde. Le Maoulida shengué résonnait dans tout le village où environ 1500 personnes étaient venues manifester à l’appel des Forces Vives. Après de nombreux tours de terrains dans une ambiance festive, les choses sérieuses ont commencé avec les discours de nombreux manifestants : Safina Soula, la présidente du collectif des citoyens 2018, Fatihou Ibrahim, responsable de ce même collectif, mais aussi des leaders de tous les autres collectifs de l’île comme Saïd Kambi pour le centre. Tous les manifestants qui le souhaitaient ont pu s’exprimer. Côté élus, seul Ben Issa Ousseni, le président du conseil départemental, a fait un discours en arrivant au stade de football de Tsingoni.

Les élus étaient invités à ce congrès, mais seul Ben Issa Ousseni a fait un discours.

 Car, de leur côté, les élus s’étaient également réunis pour fignoler leurs propositions amorcées ce jeudi lors de la réunion au sujet de la « Task Force sécurité et immigration clandestine ». Finalement, élus et Forces Vives se sont rejoints. Ils se sont mis d’accord sur de nombreux points même si d’autres restent soumis à débat. « Ce rassemblement est avant tout un combat contre l’injustice, contre l’inégalité dont les Mahoraises et les Mahorais souffrent au sein de la République, au sein de la France », a déclaré Ben Issa Ousseni, tout en affirmant la nécessité de conserver le dialogue avec le gouvernement. « Mayotte la française est une terre d’accueil, une terre historique de rencontre des peuples et des civilisations. Cette tradition humaniste ne doit pas être dévoyée par des filières d’immigration clandestine massive qui déstructurent notre société », a-t-il également précisé, mettant ainsi « de l’eau dans le vin » des revendications souvent radicales des collectifs.

Elus et Forces Vives exigent la nomination d’un nouvel intermédiaire du gouvernement

Drapeaux français et européen flottaient au vent lors de cette manifestation pour bien rappeler l’attachement de Mayotte à la France.

Si les élus demandent la nomination d’un nouvel intermédiaire entre le gouvernement et la population mahoraise, les Forces Vives, eux, tapent très haut en demandant carrément la venue d’Emmanuel Macron « dans les prochains jours ». « Mayotte est à feu et à sang, la population est terriblement en colère ! Il faut qu’Emmanuel Macron vienne d’urgence à Mayotte ! Lors de sa dernière venue, il ne s’est entretenu qu’avec les politiques et non avec la société civile ! », a déclaré Safina Soula. Membre très actif des Forces Vives, son collectif est à l’origine du blocage de la préfecture de ces dernières semaines, bientôt rejoint par d’autres mouvements. Les Forces Vives doivent fignoler leurs revendications, mais grosso modo elles souhaitent un retour de la sécurité sur l’île et une meilleure gestion du flux migratoire. « On avait déjà la filière comorienne, ensuite ça a été la filière malgache et maintenant c’est la filière africaine ! Il faut que cela cesse ! », a déclaré Zaïdou Bamana, consultant pour le collectif 2018. La revendication phare des Forces Vives est toujours l’abrogation du titre de séjour territorialisé, le démantèlement complet du camp de demandeur d’asile du stade de Cavani dans un délais de 2 semaine maximum et la non-délivrance de titres de séjours aux personnes arrivées illégalement sur le territoire de Mayotte. De même, les Forces Vives demandent à ce qu’aucun statut de réfugié ne soit délivré sur le territoire. « Les demandeurs d’asile ont des droits ici que nous, Mahorais, n’avons pas, comme le droit au relogement par exemple », s’indigne Safina Soula. Par ailleurs, les Forces Vives exigent toujours la mise en place de l’état d’urgence sécuritaire sur l’île.

De leur côté, les élus ont repris la plupart des propositions des Forces Vives en en nuançant certains et en ajoutant quelques points. Ils ont ainsi annoncé être en train de créer « une commission de la sécurité et de la défense de Mayotte », chargée de « garder la boussole sécuritaire du territoire, de veiller au renforcement de l’expertise locale et au développement des actions de sensibilisation des élus et des corps constitués en matière de sécurité et de défense ». Les élus souhaitent également la création d’un poste de « conseiller défense » au sein du corps préfectoral, interlocuteur direct de la commission de la sécurité et de la défense de Mayotte.

Grande manifestation ce mardi 6 février à Mamoudzou

Si certaines rumeurs de « durcissement du mouvement » ont pu circuler sur les réseaux sociaux ce dimanche, ce n’est pas ce qu’ont finalement décidé les Force Vives. « Un durcissement a été proposé par certains, mais ce n’était pas l’opinion majoritaire », a déclaré Safina Soula. Ainsi, les barrages se poursuivent dès ce dimanche 4 février au soir dans les mêmes conditions que la semaine dernière avec, en plus, une permission de passage pour les éboueurs, les camions de gaz et les camions de billets pour ravitailler les banques. Tant que le gouvernement n’aura pas réagi, les barrages continueront. Par ailleurs, les Forces Vives appellent tous ceux qui les soutiennent à une grande manifestation ce mardi à Mamoudzou à l’occasion de laquelle les barrages seront suspendus pour que les gens puissent y participer.

Nora Godeau et Benoît Jaëglé

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