Le tonnerre gronde entre la commune de Koungou et le rectorat. La première se plaint de ne pas avoir assez de subsides pour scolariser tous les enfants, quand le second l’invite à une action concertée, tout en lui demandant d’assurer une continuité de scolarité en équipant ses écoles dépourvues de cuves de stockage d’eau de pluie.

Scolarité : Koungou assise entre deux cuves

Le tonnerre gronde entre la commune de Koungou et le rectorat. La première se plaint de ne pas avoir assez de subsides pour scolariser tous les enfants, quand le second l’invite à une action concertée, tout en lui demandant d’assurer une continuité de scolarité en équipant ses écoles dépourvues de cuves de stockage d’eau de pluie.

La commune de Koungou est-elle en passe de rejoindre le diagnostic livré par le syndicat du 1er degré FSU-SNUipp : vu l’état du scolaire dans le 1er degré, l’Etat doit reprendre la main ? Dit autrement, la délibération du conseil municipal du 10 septembre 2023 s’adresse à la préfecture en l’enjoignant en substance, « si vous ne nous donnez pas les moyens pour habiller le bébé, on vous le refile ».

Dans cette délibération envoyée à la préfecture de Mayotte, révélée par nos confrères de France Mayotte Matin, le maire de Koungou semble à deux doigts de jeter l’éponge.

Souvenons-nous que la Chambre régionale des comptes avait pointé dans son rapport sur la compétence exercée par la commune en matière scolaire, un différentiel de comptage entre la commune de Koungou qui enregistrait 9.219 élèves, et le rectorat 8.739, en 2021. Une difficulté que connaissent quasiment toutes les communes de l’île, tant les demandes d’inscription sont nombreuses, y compris en cours d’année.

Mais cela n’explique pas le coup de sang du maire. Des subventions sont allouées aux communes chaque année pour assumer leurs compétences : constructions et entretiens scolaires, entretien du mobilier scolaire, financement du temps périscolaire (cantine, activités, etc.), mise en place de Projets éducatifs territoriaux, gestion des personnels non enseignants (entretien, etc.), sécurité des abords des écoles, etc.

De nombreuses cuves de stockage ont pourtant été déployées depuis un mois (Archive)

Commencer par accueillir ceux qui sont inscrits

Un financement qui ne serait plus assuré à la hauteur des enjeux selon l’édile qui évoque des « dotations restreintes » qui « ne permettent pas un fonctionnement digne de l’école de la République ».

Sont notamment visées « les orientations politiques et pédagogiques (qui) peuvent influencer la répartition des ressources ». Est cité en exemple la réforme du dédoublement des CP-CE1, qui réduit le nombre d’élèves par classe, « cela nécessitera des moyens supplémentaires pour recruter des enseignants. » Théoriquement, et comme le rappelait la CRC, des compensations sont allouées aux communes lorsque de telles mesures impactant les finances, sont prises.

Pourtant le maire avertit : sans dotations complémentaires, l’Etat est invité à « prendre ses responsabilités quant à l’organisation de la compétence scolaire du 1er degré. »

Nous avons donc contacté le recteur à ce sujet. Pour Jacques Mikulovic, le problème de la scolarisation des élèves doit relever d’une concertation : « Nous devons trouver des solutions ensemble pour l’accueil des élèves. Ceux qui ne peuvent être scolarisés doivent être inscrits en liste d’attente, et nous devons chercher ensemble les moyens de les accueillir. »

La délibération de la mairie intervient dans un contexte de difficulté à maintenir les écoles ouvertes en raison de la pénurie d’eau, comme nous l’avions relaté. Koungou reste la seule commune où un nombre conséquent d’écoles ne sont pas équipées d’une cuve, nous signale encore Jacques Mikulovic : « A Koungou, 12 écoles ne sont pas raccordées aux cuves de stockage d’eau et ne peuvent donc accueillir les élèves les jours de coupure. C’est la seule commune de l’académie dans une telle situation. L’urgence c’est que les élèves scolarisés puissent bénéficier de l’école car ils prennent du retard qui aurait pu être évité », conclut le représentant de l’Éducation nationale.

Pour rappel, il s’agit de la 2ème commune la plus densément peuplée après Mamoudzou, mais cette dernière semble rentrer peu à peu dans le clous au niveau des raccordements aux cuves de stockage.

Anne Perzo-Lafond

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