La campagne Octobre Rose 2026 est lancée depuis ce 1er octobre, avec un message central : pour améliorer le dépistage du cancer du sein, les acteurs du territoire veulent aller davantage à la rencontre des femmes.

Octobre Rose veut aller directement à la rencontre des femmes à Mayotte

La campagne Octobre Rose 2026 est lancée depuis ce 1er octobre, avec un message central : pour améliorer le dépistage du cancer du sein, les acteurs du territoire veulent aller davantage à la rencontre des femmes.

Qui dit 1er octobre dit lancement d’Octobre Rose, la campagne 2026 démarre avec une priorité claire : faire sortir le dépistage du cancer du sein des cabinets et aller au plus près des femmes.

Environ 15.000 femmes de 50 à 74 ans sont concernées à Mayotte par le dépistage organisé, soit près de 7.500 femmes. Pourtant, sur la période 2024-2025, moins d’une femme sur deux a participé.

Celui-ci est pourtant gratuit pour les femmes concernées. « Le frein financier ne doit stopper aucune femme », rappelle Cécile Chevalier, de la CSSM. Et lorsqu’elles ne reçoivent pas leur invitation par courrier ou via leur compte Ameli, les femmes peuvent la retirer directement auprès de la CSSM, car la distribution constitue également un frein.

Et les obstacles sont nombreux, déplacements compliqués, difficultés pour identifier ou contacter certaines femmes, problèmes d’affiliation aux droits sociaux, mais aussi manque d’équipements.

Aller vers celles qui ne viennent pas

« Attendre que les femmes viennent spontanément vers le dépistage ne suffit pas », résume Kassandra Chanfi, vice-présidente du CRCDC (Centres régional de coordination des dépistages des cancers). Alors les équipes se déplacent dans les villages, les administrations, les entreprises, au plus près des lieux de vie et de travail. L’objectif est d’expliquer, rassurer et surtout, aider à franchir le pas.

Cette stratégie commence déjà à porter ses fruits. L’année dernière, le centre a réalisé 1.307 palpations auprès de femmes âgées de 25 à 74 ans, et remis 278 invitations à la mammographie à des femmes de 50 à 74 ans. Dont plus de la moitié directement lors d’actions d’aller-vers.  Parmi elles, 42,8 % ont réalisé leur mammographie, au total, c’est 1.611 femmes  qui ont effectué le dépistage en 2025.

Kassandra Chanfi, vice-présidente du CRCDC

Ces chiffres montrent surtout qu’à Mayotte, le dépistage doit être effectué auprès des populations. L’aller-vers ne consiste donc pas seulement à installer un stand et distribuer des documents. Le travail passe aussi par les associations, les professionnels de santé, les communes et les établissements scolaires.

Manarsana Boina, qui intervient au nom de la Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité, insiste notamment sur l’importance de parler du cancer dans des espaces où les femmes se sentent à l’aise. Comme les Manzarakas, les maoulida shengué ou les Debaa. Un mode opératoire, qui aurait permis de dépister près de 80 femmes en quatre matinées.

Un dépistage aussi pour les plus jeunes

Le programme organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans sans symptômes ni facteur de risque particulier, avec une mammographie tous les deux ans associée à un examen clinique des seins.

Mais les professionnels présents ont rappelé que sur l’île, des cancers du sein sont observés chez des jeunes, parfois avant l’âge d’entrée dans le programme organisé. « Il est essentiel de rappeler l’importance de connaître son corps et ses seins », explique Dr Hai Rou Mboreha, et trésorière de l’ASCA.

L’auto-palaption reste un geste quotidien nécessaire.

L’auto-palpation peut permettre de repérer un changement inhabituel, sans remplacer un examen médical ni une mammographie. Une boule au niveau du sein ou sous le bras, une modification de la forme du sein, du mamelon ou encore un écoulement inhabituel sont les signes.

Les sages-femmes ont également un rôle à jouer dans cette prévention. Depuis 2009, elles peuvent réaliser des consultations gynécologiques de prévention et de dépistage auprès des femmes en bonne santé.  Sur un territoire où l’accès aux médecins généralistes et aux gynécologues reste limité, ces 56 sages-femmes libérales représentent donc un relais important pour la prévention.

Un seul mammographe sur l’île 

Reste une difficulté très concrète : le manque de moyens techniques. « Il n’y a qu’un seul mammographe disponible sur l’île », rappelle le docteur Abdou Goudjo, de la PMI. À cela s’ajoute l’absence de radiologue habilité localement pour la deuxième lecture réglementaire.

DR Abdou Madi, président du CRCDC.

Le docteur Abdou Madi, président du CRCDC, précise toutefois qu’un deuxième mammographe est normalement prévu et pourrait être opérationnel prochainement. En attendant, il appelle les femmes à ne pas renoncer au dépistage malgré les délais. « Les gens, ils y vont, même s’il y a la queue, on attend son tour. Il ne faut pas attendre que la maladie soit là pour aller la dépister », insiste-t-il.

Les acteurs veulent donc développer des solutions à distance. La dématérialisation de cette deuxième lecture fait partie des pistes de travail, tandis que le CRCDC réfléchit également à une offre de technologie mobile qui permettrait de rapprocher les équipements des femmes.

Sans oublier l’unité de gynécologie au CHM qui peut accueillir les patientes présentant une suspicion de pathologie mammaire et les accompagner dans leur diagnostic et les soins.

Une campagne qui doit continuer après octobre

L’autre enjeu de cette édition 2026 est justement de ne pas tout miser sur un seul mois. Le CRCDC a ainsi préparé un kit de communication commun pour les partenaires, avec des messages de prévention et de dépistage et des ressources utilisables lors des différentes actions. Une dizaine de sessions de formation sont également prévues pour les mobilisateurs communautaires.

Le calendrier d’Octobre Rose doit démarrer dès le 3 octobre au marché paysan de Coconi, avec des actions de prévention et des consultations gratuites. D’autres rendez-vous sont prévus tout au long du mois dans les communes, les entreprises et les établissements scolaires. La campagne doit se terminer le 30 octobre, place de la République à Mamoudzou, aux côtés  d’ASCA et AMALCA.

Shanyce MATHIAS ALI

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