Dans plusieurs communes de l’île, et notamment Mamoudzou, les constructions en béton poussent les unes sur les autres. Étages supplémentaires, fers qui dépassent, murs bruts, peintures jamais terminées, bâtiments parfois inachevés. Sur les hauteurs de la ville, ces maisons gagnent du terrain et bouchent peu à peu les vues. Certaines donnent surtout à voir les fragilités d’un bâti construit par étapes, parfois sans contrôle. Mais avant de contrôler, encore faut-il savoir précisément quoi contrôler.
Recenser avant de contrôler

Trois mois après l’annonce d’un renforcement des contrôles, la mairie de Mamoudzou en est encore à la première étape, celle du recensement des constructions et de leur localisation. Interrogé par notre rédaction sur l’avancement du dispositif, le maire répond que « le travail de recensement est en cours ». Un travail préparatoire, moins visible que les contrôles annoncés, mais indispensable pour la suite. La mairie cherche ainsi à établir un état des lieux du bâti et à déterminer la situation des constructions au regard des règles d’urbanisme.
En juillet dernier, la municipalité avait annoncé la création d’une police intercommunale portée par la Communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (CADEMA). Parmi ses missions figuraient notamment les contrôles liés à l’urbanisme, mais aussi la propreté et la salubrité publique.
Depuis, la priorité est donc de mieux connaître le terrain. Car dans les quartiers de Mamoudzou, les bâtiments ne se ressemblent pas seulement par leur matériau. Certains sont achevés, d’autres non. Certains ont été construits d’un seul bloc, d’autres ont gagné un étage, puis un autre. Cette croissance par étapes complique le travail des collectivités. Pour savoir ce qui est régulier ou non, encore faut-il disposer d’une photographie suffisamment précise de l’existant. Le recensement doit justement permettre de poser cette première base.
Un bâti déjà fragilisé

Cette opération intervient alors que Mayotte continue de se reconstruire après le cyclone Chido, qui a frappé l’île le 14 décembre 2024. Depuis, le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) accompagne notamment des habitants dans leurs travaux de réparation et de reconstruction.
Lors de leurs diagnostics, ses architectes ont constaté d’importantes fragilités sur le bâti, comme des fissures, des infiltrations dans les bétons, ou encore des problèmes de ventilation… Mais leurs visites ont aussi fait apparaître une autre difficulté, celle d’habitations reconstruites ou agrandies sans permis de construire, et qui n’étaient donc pas passées par les services d’urbanisme des communes. Le problème n’est pas seulement administratif. Lorsqu’un bâtiment est construit ou agrandi sans instruction préalable, les collectivités disposent de moins d’éléments pour vérifier sa conformité et les conditions dans lesquelles les travaux ont été réalisés.
Dans les reconstructions qui ont suivi le cyclone, le béton s’est par ailleurs imposé dans de nombreux projets de rénovation sous forme de dalles, d’extensions, ou pour la construction de nouveaux niveaux… Ces choix, peuvent répondre à l’urgence de reconstruire, mais ils doivent aussi être adaptés au bâtiment existant, au climat et aux contraintes du terrain.
Le contexte mahorais rend cette question d’autant plus sensible que l’île doit composer avec les cyclones, mais aussi avec l’activité sismo-volcanique du Fani Maoré, découverte par les scientifiques en 2018. Dans ce contexte, le recensement doit d’abord permettre aux collectivités de mieux connaître le bâti existant, sa localisation et son état, avant d’envisager, le cas échéant, une mise en conformité ou une sanction.
Après le recensement, les contrôles

Pour la mairie, l’enjeu suivant est de transformer cet état des lieux en outil de contrôle. En juillet, le maire expliquait que la collectivité était « en train de monter en compétences » et que « les contrôles vont s’enchaîner en conséquence ».
Reste à savoir jusqu’où il ira, combien de constructions seront identifiées et surtout comment les informations recueillies seront exploitées. Car sur le terrain, les situations sont diverses. Une construction peut être autorisée, puis modifiée au fil des années. D’autres ont pu être réalisées sans permis. Certaines peuvent aussi présenter des fragilités qui nécessitent une intervention urgente. Cette connaissance du bâti doit permettre à la mairie de mieux cibler ses contrôles, plutôt que de dépendre uniquement des signalements ou de découvrir les situations au gré des chantiers.
Pour l’heure, aucune donnée ne permet encore de mesurer l’ampleur des constructions concernées par d’éventuelles irrégularités. Le recensement doit d’abord établir cette photographie du bâti à Mamoudzou. Il faudra donc encore attendre la fin de ce travail pour connaître les premiers résultats et voir comment la mairie entend donner suite à ces informations. Ensuite, viendra le temps des contrôles.
Mathilde Hangard


