Le navire Marion Dufresne II est devenu leur lieu de vie, mais aussi leur salle de cours. Venus de La Réunion, Mayotte, Madagascar, des Comores, des Seychelles et de Maurice, dix-huit jeunes suivent la campagne MAYOBS 36 aux côtés des scientifiques et de l’équipage depuis le 18 septembre 2026.
Après une première étape consacrée au mont sous-marin La Pérouse, ils sont désormais plongés dans la surveillance de l’activité sismo-volcanique au large de Mayotte, du volcan Fani Maoré.
Au plus près des instruments et des chercheurs

Les participants prennent part aux différentes opérations de la mission. Cartographie des fonds marins, observation des émissions de fluides et de particules, analyse de la colonne d’eau, prélèvements de roches volcaniques ou encore suivi des instruments sous-marins rythment la mission. Parmi ces instruments, les sismomètres installés sur le fond marin permettent notamment de suivre l’activité sismique.
Pour ces jeunes, la science se dévoile donc directement sur le terrain. Ils observent les équipes à l’oeuvre, participent aux opérations et découvrent comment les observations réalisées en mer deviennent ensuite des données scientifiques. Le programme alterne aussi conférences, présentations, échanges entre les participants et découverte des différents métiers présents à bord.
L’objectif de l’École Bleu Outremer est justement de faire du navire un lieu d’apprentissage. Imaginé par l’Ifremer et la direction générale des Outre-mer, le dispositif reprend le principe des « universités flottantes », où la science se partage autant qu’elle se pratique sur la mer.
« Nous avons besoin d’une nouvelle génération de scientifiques qui connaissent leur océan, qui aient envie de l’étudier et qui soient capables de travailler ensemble », explique François Houllier, président-directeur général de l’Ifremer. Selon lui, cette expérience permet avant tout « d’apprendre en faisant ». Il poursuit. « On observe, on échange et, surtout, on comprend que la connaissance de l’océan est une aventure collective ».
Une expérience partagée entre les territoires de l’océan Indien

La particularité de cette deuxième édition tient aussi à la diversité des jeunes embarqués. Ils viennent de plusieurs territoires de l’océan Indien et suivent des formations très différentes, scientifiques, maritimes ou artistiques. Dix encadrants les accompagnent, parmi lesquels des enseignants-chercheurs, des ingénieurs, des professionnels du maritime, des médiateurs, des artistes et des communicants.
Pour Pascale Chabanet, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement, et marraine de cette édition, cette transmission est au coeur de l’expérience. « Quand on a la chance de consacrer sa vie à l’océan, on a aussi une responsabilité, celle de transmettre cette passion et donner envie aux jeunes générations de prendre le relais ».
La mission permet aussi aux participants de confronter leurs expériences. Helga Ravelohasina, étudiante de l’Institut Halieutique et des Sciences Marines de l’université de Toliara, à Madagascar, parle d’une occasion de « vivre pleinement la recherche en mer » et de partager son expérience avec d’autres jeunes scientifiques de l’océan Indien.
Sur le navire, les parcours se croisent ainsi autour d’un même territoire maritime. L’expérience scientifique devient aussi une expérience collective, avec l’idée de faire émerger des liens entre des jeunes qui ne se seraient pas nécessairement rencontrés autrement.
Faire de la science une histoire à raconter

De plus, la mission ne s’arrête pas à ces simples interactions académiques, ni à des prélèvements et des relevés, les étudiants issus des filières artistiques doivent eux aussi contribuer à raconter à leur manière ce qu’ils vivent à bord.
Ce travail a vocation à prendre plusieurs formes, du livret d’embarquement, à des interviews dessinées ou enregistrées, en passant par un carnet de bord collectif, ou encore des posters de vulgarisation, tout cela, à l’aide d’un vocabulaire marin, en shimaoré, en kibushi et en créole est également prévu.
Raihane Ahmed, participante d’un cursus artistique à l’Université de Mayotte, entend apporter à cette expérience son propre regard. « Ma motivation est avant tout d’apprendre, de découvrir de nouvelles choses, de rencontrer de nouvelles personnes et de pouvoir apporter ma sensibilité et mon regard à cette belle aventure »

Sur le trajet retour vers La Réunion, les participants commenceront à trier et analyser les données recueillies pendant la campagne. Puis, après leur retour, certaines de leurs productions seront réunies dans un carnet et présentées au public à Mayotte et à La Réunion.
Surtout, le 9 octobre prochain, une rencontre organisée par l’Ifremer au Port, à La Réunion, réunira les jeunes embarqués, les scientifiques et les encadrants pour revenir sur cette expérience.
Cette journée sera l’occasion de prolonger les échanges et de partager avec un public plus large ce qui aura été observé, appris et découvert au cours de ces trois semaines.
D’ici là, les 18 jeunes restent au cœur de la mission MAYOBS 36, au-dessus de Fani Maoré, où ils découvrent une science en mouvement, au milieu des instruments, des chercheurs et de l’océan, pour comprendre, observer et, peut-être, faire naître des vocations pour eux ou pour les autres.
Mathilde Hangard


