Six ans après les premières Assises de la sécurité et de la citoyenneté, les acteurs du territoire ont dressé le bilan. En 2020, près de 2.000 personnes avaient participé aux travaux pour réfléchir aux réponses à apporter à l’insécurité, avec l’idée que la sécurité ne pouvait pas reposer uniquement sur les forces de l’ordre. Éducation, parentalité, insertion, médiation, pauvreté, jeunesse, aménagement des quartiers : plusieurs dossiers ont été mis sur la table.
Quelques années plus tard, les deuxièmes Assises, organisées du 21 au 24 septembre, repartent de ce premier plan. Et celui-ci est assez simple à lire : sept actions sont considérées comme réalisées, six sont engagées, six sont encore en cours et 16 doivent encore être documentées.
Des idées qui sont devenues des actions
Sur certains sujets, le changement est visible, il y a six ans, les habitants demandaient notamment plus de présence dans les quartiers, davantage de médiation et une plus grande implication des parents.
Dans le chef-lieu, la police municipale est passée de 36 à 69 agents. Une brigade de nuit et une brigade canine ont été mises en place, des médiateurs interviennent dans les écoles et la nuit, et les comités de sages existent désormais dans plusieurs communes. La vidéo-protection a aussi progressé, avec 85 caméras aujourd’hui contre 66 en 2020, même si une partie du matériel a été dégradée ou endommagée après Chido.

Du côté du Département, les actions ont surtout porté sur les jeunes, l’insertion et les familles. 2,32 millions d’euros ont ainsi été mobilisés pour accompagner 5.106 jeunes de 16 à 26 ans. Des actions sont aussi menées auprès des parents et des familles en difficulté.
Pour Ambdilwahedou Soumaïla, maire de Mamoudzou, ces évolutions montrent que le travail engagé en 2020 a produit des résultats. « Nous avons passé six ans où nous avons tiré le diagnostic, nous avons mis en place des actions, partenariats… et un plan d’action sur 35 actions », rappelle-t-il.
Les mêmes problèmes reviennent
C’est là que le bilan devient plus mitigé : plusieurs difficultés déjà identifiées en 2020 sont toujours au cœur des discussions en 2026. Le décrochage scolaire, l’insertion des jeunes, la parentalité ou encore les ruptures de parcours font toujours partie des actions qui restent à suivre ou encore à documenter. Et certains chiffres montrent que les difficultés ont même augmenté.
Le nombre d’enfants de 3 à 15 ans hors de l’école est donc passé de 4.446 en 2016 à 15.192 en 2025. En même temps, la population de Mayotte a elle aussi augmenté passant de 256.500 habitants en 2017 à 323.153 au 1er janvier 2026. Sur la délinquance, le constat est lui aussi partagé : en 2025, la délinquance générale a baissé de 10 %, les atteintes à l’intégrité physique de 9 % et les violences crapuleuses de 31 %. Mais les cambriolages de logements ont augmenté de 75 %.
Ces chiffres ne permettent donc pas de dire que les actions des premières Assises ont fait baisser la délinquance, mais plutôt que la situation reste compliquée et que les réponses doivent continuer à évoluer. Le suivi et les indicateurs restent donc un point à améliorer.
Il faut savoir ce qui fonctionne
Avec cette deuxième édition, la mairie de Mamoudzou ne veut donc pas seulement refaire le même exercice. Les quatre ateliers prévus cette année vont reprendre les 35 actions du premier plan pour faire le point avec leurs porteurs et surtout, avec les habitants qui sont appelés à venir y participer en masse. « Il faut être proactif et ne pas rester là à subir, chaque questionnement peut-être une idée ».

L’objectif pour la municipalité est de mieux suivre les décisions, avec des indicateurs, une structure de suivi dans la durée et une grille de priorités en commun avec les communes. L’idée est aussi de faire davantage entrer les familles, les associations et les acteurs économiques dans les discussions.
Pour le maire, il faut maintenant passer un cap. « Le constat est simple, il faut qu’on aille encore plus loin », dit-il. Son mot d’ordre pour cette deuxième édition tient en trois mots : « mobilisation, mobilisation, mobilisation ». Il veut aussi remettre sur la table des situations qui restent sans réponse, comme celles de jeunes ayant été scolarisés sur l’île mais qui se retrouvent bloqués lorsqu’ils veulent poursuivre leurs études à l’extérieur du territoire.
« Quand vous avez été à l’école et qu’il n’y a pas de porte à la sortie, ils se retrouvent à aller jeter des cailloux et cambrioler. Donc il va falloir trouver des solutions avec le Parlement, on ne peut plus continuer à mettre la poussière sous le tapis », conclut-t-il.
Shanyce MATHIAS ALI.


