Dans les allées du lycée agricole de Coconi, la satisfaction se lisait sur tous les visages lors de la coupure symbolique du ruban tricolore. Seul établissement public de ce type sur le territoire, le site accueille des élèves venus des quatre coins de l’île. Jusqu’à cette rentrée, la majorité d’entre eux devait composer avec des temps de trajet éprouvants, oscillant entre deux et trois heures de bus par jour dès l’aube. Cette fatigue pesait lourdement sur la vigilance en classe, entraînant retards et absentéisme.
La directrice de l’établissement a rappelé la longue genèse de ce projet indispensable. « Ce projet d’internat a été demandé par toute la communauté éducative.

Cet équipement possède le label internat d’excellence, dont nous avons évidemment respecté le cahier des charges, notamment sur les critères de sélection des élèves. Nous disposons de cent places. Pour l’instant, nous comptons vingt-six internes, car l’ouverture a été décalée au moins quatre ou cinq fois. »
Ces premiers pensionnaires, issus de classes allant de la quatrième de collège jusqu’au brevet de technicien supérieur par apprentissage, ont été sélectionnés selon des critères géographiques rigoureux, mais également sociaux et familiaux. La direction a insisté sur la notion de mérite : il ne s’agit pas uniquement de primer les meilleurs bulletins scolaires, mais de donner une chance à des jeunes volontaires, déterminés à réussir mais privés à domicile d’un environnement matériel favorable au travail personnel.
Un rythme rigoureux
Depuis l’installation des élèves au deuxième étage du bâtiment il y a trois semaines, le quotidien est minutieusement ordonnancé. Réveil programmé à 5 h 30, sortie des chambrées à 6 h 20 et petit-déjeuner partagé avec les demi-pensionnaires à l’arrivée des premiers cars. Après les cours qui s’achèvent à 16 heures, les internes retrouvent les assistants d’éducation et les professeurs pour le goûter, rituel cher à l’enseignement agricole, avant d’enchaîner jusqu’à 18 heures sur des ateliers diversifiés : couture, jeux de société, pratique sportive, danse, chant et création d’un club de musique.

Après le dîner, la soirée est dédiée à l’apprentissage des méthodes fondamentales : tenue méthodique d’un classeur, classement des cours, anticipation du travail du lendemain et prise de notes efficace. Des modules de soutien disciplinaire en français et en mathématiques viendront compléter cet encadrement méthodologique. Le vendredi après-midi, les jeunes regagnent leurs familles avant de réintégrer leur chambre le lundi matin.
Pour les élèves montés à la tribune, le changement de vie est radical. Amélie Bragma, scolarisée en première, témoigne de son soulagement. « J’ai choisi l’internat parce que je ne suis plus en retard. Avant, j’avais des absences. À l’internat, je me lève tôt, je suis à l’heure et j’ai des personnes pour m’aider. » Même son de cloche pour Ndéla El Faddaï, qui peinait à faire la navette : « J’ai choisi d’être ici car j’avais des problèmes de bus, j’habite loin. Je préfère rester à l’internat parce qu’on m’aide si j’ai des devoirs à faire. »
Fierté architecturale
Présent pour visiter les chambrées remarquablement entretenues par les élèves, le préfet Frédéric Poisot a souligné l’exemplarité de la construction, qui met notamment en valeur la brique de terre compressée issue de l’artisanat industriel mahorais : « On voit qu’il y a une qualité dans la construction qui est au rendez-vous, avec des espaces fonctionnels et beaux.

Les enfants sont bien installés et cela a un effet direct sur la discipline. L’internat d’excellence, c’est l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’organisation. » Évoquant son propre parcours d’ancien interne, le représentant de l’État a invité les élèves à faire leur la maxime du maréchal Lyautey. « L’essentiel est de savoir ce que l’on veut et où l’on va. Croyez en vous, prenez soin de ces lieux faits pour vous. »
Le maire de la commune a lui aussi salué l’avènement de cet outil moderne, rappelant l’époque où les lycéens devaient rallier Coconi dans les fameuses camionnettes de transport brousse. Soulignant que la circulation sur l’île oblige encore des adolescents à se lever dès 3 heures du matin, l’édile a appelé de ses vœux la création de futurs internats pour accompagner le développement du pôle universitaire de Dembéni.


