Entre décembre 2024 et décembre 2025, l’indice des prix à la consommation des ménages progresse de 1,4 % à Mayotte, contre 0,8 % sur l’ensemble de la France. Selon l’Insee, la décélération amorcée après le pic historique de 2022 au déclenchement de la guerre en Ukraine se poursuit.
En raison du passage dévastateur du cyclone Chido à la mi-décembre 2024, la collecte des relevés en magasin avait dû être suspendue au premier trimestre 2025 avant de reprendre progressivement. C’est pourquoi l’institut mesure cette évolution en glissement annuel, comparant les étiquettes de fin d’année à celles qui prévalaient juste avant la catastrophe. Le constat chiffré met en lumière le coût de la vie, spécifique à l’archipel, où le panier des ménages subit de plein fouet les chocs climatiques et logistiques.
Le gouffre de l’alimentation

L’alimentation constitue sans conteste le premier moteur de l’inflation mahoraise, contribuant à elle seule pour 1,2 point à la hausse globale de l’indice sur l’année. Les prix des denrées alimentaires bondissent de 5,1 % sur un an à Mayotte, alors que la progression reste contenue à 1,7 % dans l’Hexagone.
Cette disparité frappe d’autant plus durement la population locale que l’alimentation pèse pour 24 % des dépenses d’un foyer mahorais, contre 15 % au niveau national, en raison d’un niveau de vie structurellement plus modeste.
Au sein du panier nourricier, ce sont les produits frais qui enregistrent l’envolée la plus spectaculaire, avec une hausse de 7,1 % à Mayotte tandis qu’ils reculent de 0,4 % en moyenne nationale. « Suite au passage du cyclone Chido en décembre 2024, les cultures et la pêche locales sont durement impactées et les produits qui en sont issus sont absents des étals durant plusieurs mois », détaille l’étude rédigée par Claire Grangé.
Les autres produits alimentaires ne sont pas épargnés et grimpent de 4,7 %, pénalisés par les pénuries du début d’année 2025, notamment sur les packs d’eau minérale, malgré les arrêtés préfectoraux d’encadrement des prix et l’élargissement des horaires au port de Longoni.
Des services en hausse

Deuxième contributeur à l’inflation avec un apport de 1,0 point, le secteur des services enregistre une augmentation de ses tarifs de 2,7 % sur l’île, dépassant là encore la trajectoire nationale de 2,1 %. Si les loyers suivent une courbe modérée similaire au reste du pays (+2,4 %), les services de santé (+4,6 %), les transports aériens (+1,5 %) ainsi que les prestations de restauration et d’entretien automobile tirent la facture vers le haut, en dépit d’un recul notable de 3,5 % sur les télécommunications.
À l’inverse, deux postes majeurs ont permis d’éviter une surchauffe encore plus prononcée. Les produits manufacturés, qui représentent plus d’un quart des dépenses locales, affichent une parfaite stabilité sur un an, retrouvant à l’automne leurs tarifs d’avant-crise grâce à la baisse de l’habillement (-1,8 %).
Surtout, la facture énergétique chute de 9,4 % à Mayotte, allégeant l’indice d’ensemble de 0,9 point. Cette bouffée d’oxygène financière provient directement de la baisse de 18,4 % des prix de l’électricité sous l’effet du tarif réglementé, couplée à un léger reflux de 1,9 % sur les carburants à la pompe. Un répit énergétique précieux, mais qui ne suffit pas à masquer la précarité alimentaire persistante subie par les familles de l’île.



