Du jasmin, des rires, la famille et quelques larmes. Ils étaient 16 au début du cursus, 13 ont obtenu leur diplôme, parmi eux le seul jeune homme de la promotion, absent lors de la cérémonie. Trois autres doivent être diplômées en décembre, indique Samianti Kalame Soilihe, directrice de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI). Pour ces professionnels, il aura fallu trois ans pour devenir infirmier, puis une année supplémentaire pour la spécialisation en puériculture.
« Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir laisser ses enfants, ses parents, ses conjoints et partir cinq, dix semaines dans l’Hexagone », souligne la directrice de l’IFSI, fière de ses nouveaux professionnels.
Des stages à Paris et La Réunion
Pour les préparer à leur métier, la formation s’appuie sur les compétences disponibles à Mayotte, mais aussi sur des expériences réalisées ailleurs. En effet, les stages ont été effectués dans des établissements parisiens, notamment à Robert-Debré ou Marie-Lannelongue, avec l’intervention de pédiatres du CHU Nord de La Réunion et de l’Hexagone.

Pour Pascale Bourhane, puéricultrice cadre de santé et formatrice, ces expériences permettent aux futures professionnelles de confronter leurs pratiques à d’autres organisations et de revenir sur l’île avec de nouvelles expériences. Cette cérémonie l’a particulièrement touchée. « Pour la première fois effectivement j’étais émue et j’ai pleuré », reconnaît celle qui vient d’accompagner sa quatrième classe.
Au-delà de cette célébration, la formatrice pointe un autre enjeu : Former des puéricultrices à Mayotte est devenu nécessaire face aux besoins importants de prise en charge des enfants dans les établissements de santé.
Au CHM comme dans d’autres structures, la patientèle pédiatrique représente une part importante de l’activité. Selon Pascale Bourhane, elle atteint environ 65 % et peut monter jusqu’à 70 % aux urgences à certaines périodes, notamment pendant la saison des pluies et les épisodes de bronchiolite.
Un besoin de puéricultrices dans plusieurs secteurs

Les nouvelles diplômées arrivent donc dans un secteur qui cherche à renforcer ses équipes. Le CHM réalise pratiquement 9.000 accouchements par an et les infirmières puéricultrices peuvent intervenir dans plusieurs secteurs : maternité, néonatologie, pédiatrie ou urgences. « Il y aura toujours de toute façon pas suffisamment » de puéricultrices, estime Jean-Michel Beaumarchais, directeur du CHM.
Elles ne sont toutefois pas toutes destinées à travailler au Centre hospitalier, l’Institut forme pour l’ensemble du territoire. Cette année, l’une d’elles doit notamment rejoindre les services de PMI du Département. Pour Jean-Michel Beaumarchais, cette nouvelle promotion représente donc un renfort attendu, mais aussi une étape dans le développement des compétences locales.
« Le centre hospitalier de Mayotte aura besoin de vous, de vos compétences bien sûr, mais aussi de votre énergie, de vos idées, de vos regards nouveaux et de votre capacité à faire évoluer nos pratiques », a-t-il déclaré lors de la cérémonie.
Un diplôme qui pourrait bientôt évoluer

Pascale Bourhane, exerce le métier depuis 20 ans, elle a donc profité de cette cérémonie pour rappeler un autre objectif : celui de l’évolution de la formation elle-même. Elle estime que le référentiel du diplôme d’État de puéricultrice est aujourd’hui dépassé. « Notre référentiel date de 1983. Il est très ancien », affirme la formatrice.
La professionnelle de santé milite pour une réingénierie du diplôme, comme cela a été fait pour les infirmières de bloc opératoire et les infirmières anesthésistes. Selon elle, les puéricultrices sont aujourd’hui les seules à ne pas avoir de niveau master parmi ces spécialisations.
Une évolution qui permettrait, selon elle, de passer à deux années de formation, avec davantage de temps pour préparer les futurs professionnels. Le CHM dit en avoir pris conscience, et prévoit une réingénierie du diplôme d’État vers un niveau master 2 à l’horizon 2027.
En parallèle, l’Institut doit augmenter ses capacités d’accueil. À la rentrée, 35 infirmiers supplémentaires pourront être formés à Mayotte. L’année suivante, ce nombre doit passer à 120, selon les chiffres annoncés par Jean-Michel Beaumarchais. Cette augmentation doit notamment permettre de préparer les besoins liés au futur site de Combani.
« N’ayez pas peur de poursuivre vos projets »
Pour la diplômée Fatima Selemani-Hamissi, cette journée représente l’aboutissement d’un projet. Elle savait depuis longtemps qu’elle voulait travailler auprès des enfants, et son stage en néonatologie a confirmé ce choix, elle envisage désormais d’y poursuivre son parcours.
La jeune femme n’aura d’ailleurs pas beaucoup de temps pour souffler après la fête puisqu’elle doit commencer dès lundi. « Parfois c’était difficile, mais je me disais que c’était pour la bonne cause ».
Après avoir reçu son diplôme, elle pense déjà à la suite, mais aussi à celles qui pourraient hésiter à se lancer dans un projet professionnel. « N’ayez pas peur de poursuivre vos projets, à Mayotte, les femmes sont des battantes ».
Shanyce MATHIAS ALI.



