C’est dans une lettre adressée aux élus de Mayotte, deux jours avant son déplacement dans l’île, que Sébastien Lecornu, la main sur le cœur, leur annonçait qu’ils allaient voir ce qu’ils allaient voir. Et que « ce déplacement ne serait pas un rendez-vous sans lendemain », assurait-il. Déclarant ouvertement que la reconstruction était trop lente, plaidant le mea culpa de l’État et qu’il venait pour faire sauter les blocages tout en souhaitant travailler main dans la mains avec toutes les communes et collectivités de l’île pour résoudre les sempiternels problèmes que connait Mayotte : lutte contre l’immigration clandestine (Lic), accès à l’eau, justice, insécurité, santé, éducation avec la reconstruction des écoles, mais aussi le logement et les infrastructures, ou encore soutenir les entreprises mahoraises toujours éprouvées plus d’un et demi après le passage de Chido.

Le chef du Gouvernement entendait venir à Mayotte pour garantir de façon « définitive et irréversible » les grands projets structurants de notre territoire comme le second hôpital, l’extension du CHM, la construction d’un nouvel aéroport, la mise en place d’un deuxième établissement pénitentiaire, l’usine de dessalement, ou encore la 3ème retenue collinaire.
Or quand on regarde le déroulé de sa visite, le Premier ministre est resté pendant près de deux jours à… Mamoudzou et son agglomération ! De quoi a-t-il parlé ? Lutte contre l’immigration clandestine dès son arrivée. Puis il a déambulé ici et là à Mamoudzou et à Kawéni, il a rencontré les élus du territoire ainsi qu’une ribambelle d’organisations syndicales, associatives, et le patronat, le tout en un temps record. Que leur a-t-il dit en substance ? « Je vous ai compris ! », à l’instar du général de Gaulle lors de son discours à Alger en juin 1958. On connait la suite…
Aucun échange n’a eu lieu avec les agriculteurs alors que beaucoup vont être expropriés pour la construction du futur aéroport. Aucune visite à l’usine de dessalement d’Ironi bé, ni à la retenue collinaire de Combani alors que la crise hydrique fait rage sur notre territoire. Il a effectué une brève visite de quelques minutes dans une école primaire de Kawéni après avoir été tout aussi brièvement au gymnase Jack Passe. Il ne s’est même pas rendu au CHM, préférant déléguer cette tâche à sa ministre de la Santé, Stéphanie Rist, ni même ne s’est déplacé au sein des services de la Justice.
Le chef de Gouvernement s’est contenté d’échanger et de discuter de la reconstruction, des infrastructures, de la sécurité et de l’eau avec les élus et de leur promettre que mordicus maintenant les choses allaient avancer.

Bref, qu’est venu faire à Mayotte Sébastien Lecornu durant près de 35 heures accompagné de pas moins de 6 ministres (Outre-mer, Intérieur, Santé, Éducation nationale, Armées, Écologie) aux frais de la République, si ce n’est faire des images pour les médias nationaux et « marquer à la ceinture » Édouard Philippe, candidat à l’élection présidentielle, venu quelques jours plus tôt ?
On peut être frappé par le manque de préparation de ce déplacement, sans doute décidé au dernier moment et effectué précipitamment, tant les séquences et la méconnaissance de certains dossiers cruciaux pour notre territoire étaient en décalage et inadaptées par rapport à la situation à Mayotte et la vie qu’endurent les Mahorais. Ils sont venus, ils ont vu et découvert un territoire de la France, oublié et délaissé depuis de trop nombreuses années, a fortiori encore fragilisé par le passage du cyclone Chido.
Sébastien Lecornu qui a écrit dans sa lettre aux élus avant de venir : « Mayotte n’a plus besoin d’une accumulation de promesses. Elle a besoin de preuves ». Près d’un an après sa nomination à Matignon, il est temps que le Premier ministre et son gouvernement agissent (enfin) concrètement pour passer de la parole et des effets d’annonces aux actes concernant la reconstruction et le développement du 101e département français.
B.J.



