Deux ans après l’annonce de Gérald Darmanin, qui promettait en février 2024 un « rideau de fer » pour lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte, un appel d’offres du ministère de l’Intérieur montre que le projet pourrait finalement ne pas être achevé avant la fin de 2034.

Le document publié récemment par le ministère de l’Intérieur doit permettre de revoir les moyens d’interception en mer sur le territoire. Il met également en évidence les difficultés rencontrées sur le terrain, avec parfois une heure et demie entre la détection d’un kwassa et son interception. Si ces embarcations sont aussi difficiles à repérer, c’est parce qu’elles sont considérées comme de « très petites cibles, souvent occultées par la houle fréquente dans cette zone » par les radars.
La situation est devenue encore plus compliquée après le passage du cyclone Chido, qui a détruit « l’essentiel des équipements en mer (sites radars, senseurs…) ». Le sénateur Saïd Omar Oili, dit avoir déjà alerté sur la « baisse très importante des interceptions en mer depuis Chido » dans les bilans de la préfecture, alors que les moyens d’intervention en mer sont aujourd’hui encore plus réduits.
Un calendrier qui repousse le projet à 2034
Les candidatures pour cet appel d’offres, doivent être déposées avant le 10 octobre 2026. Une première phase doit ensuite s’achever en septembre 2027, une deuxième en septembre 2029, avant une dernière étape de 51 mois qui doit conduire à la fin du projet en 2034.
Ce calendrier fait réagir le sénateur de Mayotte, qui avait qualifié le projet de « rideau de fumée » lors de son annonce en 2024. Pour lui, le document publié par le ministère de l’Intérieur vient confirmer les critiques qu’il avait formulées, il y’a quelques années. En quelques mots : ce « rideau de fer » reste, à ses yeux, un « leurre ».

Cette prise de position intervient alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, étaient en visite officielle sur le département ces deux derniers jours.
Mercredi, la première séquence de leur déplacement était consacrée à la sécurité et à la lutte contre l’immigration clandestine, avec des annonces de nouveaux moyens et de renforts sur les volets maritime, terrestre et aérien.
Reste désormais à voir qui, du Gouvernement ou de Saïd Omar Oili, aura raison. Annoncé en 2024, le « rideau de fer » pourrait ne pas être achevé avant 10 ans, alors qu’une élection présidentielle est prévue en 2027 et pourrait ouvrir une nouvelle séquence politique.
Shanyce MATHIAS ALI.



