Alors que Santé publique France identifie la température comme un facteur de risque pour la santé dans les départements d'Outre-mer, l'agence reconnaît qu'à Mayotte aucun système de surveillance spécifique ne permet aujourd'hui de mesurer les effets sanitaires de la chaleur sur la population.

La chaleur de Mayotte est reconnue comme un risque sanitaire… mais ses effets restent largement méconnus


Alors que Santé publique France identifie la température comme un facteur de risque pour la santé dans les départements d'Outre-mer, l'agence reconnaît qu'à Mayotte aucun système de surveillance spécifique ne permet aujourd'hui de mesurer les effets sanitaires de la chaleur sur la population.

Les températures augmentent, les nuits chaudes se multiplient et le changement climatique transforme progressivement le climat mahorais.

Mais alors même qu’une étude nationale publiée en avril 2026 montre que la température constitue un facteur de risque pour la santé dans les départements et régions d’Outre-mer, Santé publique France-Mayotte indique à notre rédaction qu’aucune surveillance spécifique des effets sanitaires de la chaleur n’est mise en œuvre à Mayotte.

Une absence de données qui empêche notamment de mesurer les conséquences du réchauffement ou d’événements récents comme le cyclone Chido.

Une chaleur de plus en plus présente à Mayotte

Mayotte, tortues, Oulanga Na Nyamba,
Depuis le passage du cyclone Chido, la disparition d’une partie du couvert végétal et les travaux de reconstruction ont modifié le paysage dans plusieurs secteurs de l’île. Mathilde Hangard / JDM.

À Mayotte, la chaleur fait partie du quotidien. Mais derrière cette apparente normalité, les scientifiques observent une évolution de fond. Les températures augmentent progressivement sous l’effet du changement climatique et les journées comme les nuits chaudes deviennent de plus en plus fréquentes.

Dans un précédent entretien accordé à notre rédaction, le responsable du centre météorologique de Météo-France Mayotte expliquait que cette tendance s’était nettement accélérée depuis les années 2010. L’établissement travaille d’ailleurs avec l’Agence régionale de santé (ARS) et d’autres partenaires à la mise en place d’un futur dispositif de vigilance chaleur adapté aux réalités tropicales, les seuils utilisés en France hexagonale n’étant pas transposables à Mayotte.

Quelques mois après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, de nombreux habitants évoquent également un ressenti de chaleur plus important dans certains quartiers, en raison de la disparition d’une partie du couvert végétal et des travaux de reconstruction. Un phénomène que Météo-France estimait plausible, tout en rappelant qu’il n’a pas encore été quantifié scientifiquement. Une autre question se pose alors : cette évolution du climat et du cadre de vie a-t-elle déjà des conséquences mesurables sur la santé des Mahorais ?

Une étude qui confirme un risque sanitaire

Mayotte, chaleur, enfants, risque sanitaire, ARS, SpF,
Les enfants sont les premières victimes de ces températures élevées. Mathilde Hangard / JDM.

En avril 2026, Santé publique France a publié une étude intitulée : Estimation de la mortalité attribuable à la température dans les départements et régions d’Outre-mer. Réalisée sur la période 2014-2022 dans les cinq départements et régions d’Outre-mer, elle avait pour objectif d’évaluer l’influence de la température sur la mortalité afin d’éclairer les politiques d’adaptation au changement climatique. 

Le rapport rappelle notamment qu’ « en moyenne, les températures sont plus élevées à Mayotte et en Guyane » et que « la mortalité toutes causes confondues est plus élevée dans les DROM, et en particulier à Mayotte, en Guyane et en Guadeloupe, que dans les départements de l’Hexagone ». 

Les chercheurs montrent que, dans chacun des DROM étudiés, la température influence le risque de décès. Leur analyse met en évidence une relation dite « en U » : la mortalité augmente lorsque les températures s’éloignent de la température habituelle, aussi bien lors des périodes les plus froides que lors des plus chaudes. Sur l’ensemble des cinq territoires et de la période étudiée, ils estiment que 1.805 décès sont attribuables aux températures chaudes, contre 2.299 aux températures froides.

Les auteurs concluent que « la température constitue un facteur de risque important pour la santé dans les DROM, avec un impact qui pourrait s’aggraver avec le changement climatique ». Ils estiment que l’adaptation devra notamment s’appuyer sur des systèmes d’alerte, des politiques de prévention ciblées lors des événements les plus extrêmes et des mesures structurelles visant à réduire les expositions et améliorer les conditions de logement. 

À Mayotte, aucun suivi spécifique des effets de la chaleur

Mayotte, chaleur, ouvriers, travaux, reconstruction,
Si Météo-France estime que ces changements ont probablement modifié le ressenti thermique dans certains secteurs, aucun indicateur sanitaire ne permet aujourd’hui d’en mesurer les effets sur la population. Mathilde Hangard / JDM.

Mais lorsqu’il s’agit de savoir comment ces effets se traduisent concrètement à Mayotte, la réponse de Santé publique France-Mayotte est sans équivoque. Interrogée par notre rédaction, l’antenne mahoraise de l’agence indique ne pas disposer d’un dispositif permettant de suivre l’impact sanitaire des fortes chaleurs. « Nous ne surveillons pas, en routine, les effets de la chaleur sur la santé de la population. Nous ne disposons donc pas d’un système de surveillance dédié ni d’indicateurs permettant de suivre cet impact au fil du temps », répond l’agence épidémiologique. 

L’organisme précise que les seuls indicateurs actuellement disponibles sont ceux présentés dans le rapport publié en avril 2026. « Il s’agit d’un travail ponctuel réalisé par nos collègues du siège, en collaboration avec notre équipe. En dehors des éléments figurant dans ce rapport, nous ne disposons pas d’autres données sur cette thématique », poursuit l’agence.

Autrement dit, si le rapport démontre que la température constitue bien un facteur de risque sanitaire dans les territoires ultramarins, il n’existe aujourd’hui à Mayotte aucun système de surveillance permettant de suivre, au fil des années, les déshydratations, les coups de chaleur ou d’autres conséquences sanitaires directement liées aux fortes températures.

Chido : une question qui reste sans réponse

Cette absence de surveillance a une conséquence directe. Depuis le passage du cyclone Chido, de nombreux habitants décrivent une chaleur plus difficile à supporter dans certains secteurs de l’île. La disparition d’une partie de la végétation, les surfaces mises à nu et les travaux de reconstruction ont profondément modifié certains paysages. Mais ces évolutions ont-elles eu un impact sur la santé de la population ?

Sur ce point, Santé publique France-Mayotte indique ne pas être en mesure de répondre. « Nous ne sommes pas en mesure d’analyser si les effets de la chaleur sur la santé de la population ont évolué depuis le passage du cyclone Chido », confie l’agence.  Impossible de dire, à ce stade, si les recours aux soins dans le secteur libéral ou au CHM, pour déshydratation, coups de chaleur ou d’autres pathologies liées aux fortes températures ont augmenté depuis le passage du cyclone. 

Un angle mort face au changement climatique

Le rapport publié par Santé publique France souligne que la température constitue déjà un facteur de risque sanitaire dans les départements et régions d’Outre-mer, et que cette menace pourrait s’intensifier avec le changement climatique.(Illustration)

Le constat met surtout un paradoxe préoccupant. Comme l’ensemble des territoires français et de la planète, Mayotte se réchauffe. Les données climatiques montrent une hausse progressive des températures, avec davantage de journées et de nuits chaudes. Mais dans cet archipel déjà marqué par un climat chaud toute l’année, cette évolution s’installe presque silencieusement, sans forcément être immédiatement perceptible au quotidien.

C’est précisément ce qui inquiète les spécialistes. Alors que la hausse des températures est désormais documentée, ses conséquences sur la santé des habitants restent largement inconnues. Les épidémiologistes ne disposent toujours pas d’indicateurs suffisamment précis pour mesurer l’évolution des effets des fortes chaleurs sur la population mahoraise.

Le rapport publié par Santé publique France souligne pourtant que la température constitue déjà un facteur de risque sanitaire dans les départements et régions d’Outre-mer, et que cette menace pourrait s’intensifier avec le changement climatique. À mesure que les épisodes de chaleur deviendront plus fréquents ou plus intenses, l’absence de données locales pourrait compliquer l’anticipation et la prévention des impacts sanitaires. Un angle mort qui pourrait devenir un enjeu majeur de santé publique dans les années à venir, sur une île déjà confrontée à des fortes chaleurs et aux pénuries d’eau.

Mathilde Hangard

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Justice : Au mauvais endroit au mauvais moment

Quatre jeunes d’une vingtaine d’années comparaissaient la semaine dernière devant le tribunal pour violence aggravée, évitant de peu la cour d’assises. La victime ? Un homme qui rentrait tranquillement chez lui et qui n’avait rien demandé.

Haki za wanatsa, mise sur l’art pour agir sur la santé mentale des jeunes

Retenu par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, le projet « Arts & Compétences Psychosociales » sera mené pendant trois ans auprès de 2.000 jeunes, avec l’objectif de mesurer l’effet du théâtre, du chant ou encore de l’improvisation sur leurs compétences psychosociales.

Les représentants des parents d’élèves de M’zouasia menacent de faire grève le jour de la rentrée scolaire

Face aux difficultés persistantes rencontrées dans les établissements scolaires et ce malgré les différentes alertes et démarches engagées auprès des autorités compétentes, les parents d’élèves de M’zouasia ont décidé de se mobiliser.

À Mayotte, les vacances vivent au rythme des grands mariages

Pendant les vacances, les manzaraka se multiplient sur l’île et mobilisent pendant plusieurs semaines familles, traiteurs, couturières, danseurs et autres prestataires autour d’une tradition qui reste très présente malgré l’évolution des pratiques et des dépenses.