Une bande dessinée portée par le projet EDAME valorise les races locales de ruminants à Mayotte. Derrière ce support pédagogique, elle met en lumière les arbitrages entre productivité, croisements et conservation génétique.

À Mayotte, une bande dessinée éclaire les choix des éleveurs

Une bande dessinée portée par le projet EDAME valorise les races locales de ruminants à Mayotte. Derrière ce support pédagogique, elle met en lumière les arbitrages entre productivité, croisements et conservation génétique.

Dans le monde de l’élevage à Mayotte, les décisions ne se résument pas à des choix techniques simples. Elles se construisent au quotidien, entre contraintes économiques, conditions climatiques et objectifs de production.

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La couverture de la bande dessinée réalisée par le CIRAD et le réseau RITA Mayotte.

C’est ce terrain que la bande dessinée du projet EDAME, portée par le réseau RITA Mayotte, tente de raconter à travers deux hommes et des animaux devenus personnages : un zébu, une chèvre et un mouton.

Le projet prend la forme d’un récit illustré destiné aux éleveurs, aux étudiants en agriculture et plus largement au public intéressé par les questions agricoles. Derrière ce choix de format, il y a une volonté, celle de rendre lisibles des enjeux complexes liés à la génétique animale et à la gestion des troupeaux.

Un élevage façonné par le climat et les contraintes locales

À Mayotte, l’élevage des ruminants s’est historiquement construit autour de races locales adaptées au territoire. Le zébu mahorais, la chèvre Mbouzi ya Shimaoré et le mouton Barbari la Shimaoré font partie de ces animaux présents depuis longtemps dans les systèmes d’élevage.

Leur principal atout est leur capacité d’adaptation. Ils supportent les fortes chaleurs, les variations de ressources alimentaires et la pression des maladies tropicales. Dans des systèmes souvent familiaux ou extensifs, cette résistance a longtemps été un élément central. Ces animaux ont ainsi occupé une place stable dans les exploitations, où ils permettaient de produire viande et lait dans des conditions parfois difficiles, avec peu d’intrants.

Une évolution progressive des pratiques d’élevage

Depuis plusieurs années, les pratiques ont évolué. Une partie des éleveurs cherche à améliorer les performances des troupeaux, notamment en termes de croissance ou de production. Dans ce contexte, les croisements entre races locales et races dites « exotiques » se sont développés. Ces animaux « croisés » peuvent offrir des gains de productivité, mais ils introduisent aussi de nouvelles incertitudes, notamment sur leur adaptation aux conditions locales.

Les éleveurs doivent donc composer avec un équilibre délicat, celui de produire davantage, tout en maintenant des animaux capables de résister à l’environnement de l’île. D’autre part, cette évolution des pratiques ne repose pas uniquement sur des choix techniques. Elle est aussi liée à des contraintes économiques concrètes, comme le coût de l’alimentation, l’accès aux reproducteurs, la pression du marché ou encore aux conditions sanitaires évolutives d’une année à l’autre.

Des arbitrages quotidiens 

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Un jeune éleveur mahorais, Mohamadi, observe son troupeau de bovins croisés à Mayotte. Dans la bande dessinée du projet EDAME, ces animaux sont présentés comme plus sensibles à certaines maladies tropicales, notamment la dermatophilose.

Dans les exploitations, les décisions se prennent souvent au cas par cas. Les animaux croisés peuvent représenter une solution pour augmenter rapidement les rendements. Mais leur comportement en conditions tropicales n’est pas toujours stable.

La bande dessinée illustre ce point à travers des scènes de dialogue entre éleveurs et animaux. Elle met notamment en avant des situations où certains bovins croisés apparaissent plus sensibles à des maladies comme la dermatophilose lorsqu’ils sont exposés au pâturage ou aux systèmes d’attache.

À l’inverse, les races locales sont décrites comme plus résistantes, capables de mieux supporter les contraintes sanitaires et climatiques de l’île. En contrepartie, leur croissance est plus lente et leur productivité plus faible.

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Un vieil agriculteur mahorais montre son troupeau local et explique que ses animaux sont plus résistants aux conditions climatiques de l’île, même s’ils grandissent plus lentement et produisent moins.

Ces différences alimentent des choix contrastés dans les élevages, où cohabitent souvent animaux locaux et animaux croisés. Selon les acteurs du projet EDAME, le développement des croisements a un effet progressif sur la composition des troupeaux. Lorsque les animaux croisés sont eux-mêmes reproduits, sans stratégie de sélection stricte, la présence des races locales peut diminuer au fil du temps.

D’après les experts, cette dynamique en faveur d’une dilution progressive des caractéristiques propres aux races locales n’est pas spécifique à Mayotte, elle est notamment observée dans d’autres territoires agricoles où coexistent races locales et races importées.

Une bande dessinée pour rendre visibles ces enjeux

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L’agriculteur chevronné de la BD explique comment reconnaître un zébu mahorais : une bosse sur le dos, une robe souvent unie, des poils courts et des cornes relevées en forme de coupe.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la bande dessinée du projet EDAME, qui souhaite rendre visibles des mécanismes parfois peu lisibles au quotidien.

Le choix de la narration en format bande dessinée permet d’aborder des notions techniques sans passer par un langage purement scientifique. Les personnages animaliers servent de support pour illustrer des situations d’élevage concrètes et des choix auxquels les éleveurs sont confrontés. Le récit s’adresse ainsi à un public large, mêlant professionnels, apprenants et acteurs du monde agricole.

Par ailleurs, le projet EDAME s’inscrit dans un ensemble plus large de travaux de recherche et de développement agricole à Mayotte. Il vise à mieux comprendre les races locales, leur présence dans les élevages et leur rôle dans les systèmes de production. Dans cette logique, la préservation des races locales est présentée comme une option possible parmi d’autres, qui peut coexister avec des stratégies de croisement selon les objectifs des exploitations.

Des choix agricoles multiples et évolutifs

Dans les élevages, il n’existe pas de stratégie unique. Certains éleveurs privilégient les animaux croisés pour gagner en productivité, d’autres misent sur les races locales pour leur robustesse, et beaucoup combinent les deux au sein d’un même troupeau. Ces orientations dépendent avant tout des contraintes de chaque exploitation, à commencer par les moyens disponibles, les conditions d’élevage et les objectifs économiques.

Dans ce contexte, la bande dessinée du projet EDAME met en avant un système d’élevage en évolution, où les pratiques de reproduction influencent progressivement la structure des troupeaux. Et sur le terrain, cette évolution ne se lit pas dans des catégories figées, mais dans des animaux aux profils variés, issus de choix différents selon les exploitations.

Mathilde Hangard

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