C’est une venue qui a des allures de grand événement sportif et politique local. Médaillée olympique, figure du handball français, Allison Pineau posera ses valises à Mayotte, et plus précisément à Mtsangamouji, du 18 au 20 juin 2026. Accueil officiel, tournoi intergénérationnel, interventions scolaires : la commune entend faire de cette visite une vitrine du sport féminin, mais aussi un levier de transformation durable des pratiques sportives sur le département.
Un gymnase, une championne, et des couleurs d’or olympique

Jeudi 18 juin, le gymnase Alakarabu de Chembényoumba prendra des airs de grande cérémonie locale. Entre 13h et 15h, élus, agents municipaux et acteurs du sport, mais également les habitants, pourront se retrouver pour accueillir Allison Pineau, visage familier des podiums internationaux et symbole du handball français féminin, médaillée olympique. Dans les tribunes et sur le terrain, la venue de la championne s’annonce comme un moment rare pour la commune. L’athlète au palmarès mondial vient au contact direct d’un territoire où le sport est à la fois une « pratique de masse » et un enjeu social, explique Matthieu Lhoste, directeur Jeunesse, Sports et Culture de la Ville de Mtsangamouji.
Mais l’événement ne s’arrête pas à l’accueil officiel. En fin de journée, à partir de 18h, le gymnase changera de rythme pour accueillir un tournoi intergénérationnel de handball, réunissant les sections féminines des clubs locaux. Un format pensé pour mélanger les âges, les niveaux, et surtout mettre en avant la pratique féminine dans un territoire où elle reste encore fragile.
Deux jours pour transmettre, apprendre, jouer et susciter des vocations

Le lendemain, vendredi 19 juin, la championne olympique quittera le terrain pour l’odeur des feutres et des craies. Au collège de Mtsangamouji, de 9h à 11h30, elle interviendra auprès des élèves pour partager son parcours, son expérience du haut niveau et les exigences du sport de compétition. L’après-midi, la championne olympique sera de retour au gymnase Alakarabu pour une leçon de handball programmée de 16h30 à 17h30. Une séquence plus directe, sur le terrain, où la transmission passe par le geste, la stratégie de jeu et la proximité.
Dans les établissements scolaires, la venue d’Allison Pineau a été préparée en amont grâce à des fiches pédagogiques transmises par la commune et le rectorat, dans l’objectif de permettre aux élèves d’identifier la championne, de comprendre son parcours et de situer les enjeux du sport féminin à Mayotte avant sa venue.
Une visite pensée comme un accélérateur pour le sport féminin

Derrière l’événement, la municipalité de Mtsangamouji revendique une stratégie structurée autour du sport comme outil d’égalité. « La faire venir c’est une façon d’initier quelque chose dans les mentalités », confie encore le directeur Jeunesse, Sports et Culture de la Ville. La venue d’Allison Pineau s’inscrit dans un programme plus large engagé depuis 2024, marqué notamment par un déplacement Erasmus+ sport au Danemark. Une immersion qui a permis à la collectivité d’observer des modèles plus avancés en matière de structuration du sport féminin, en particulier dans le handball et le football.
À Mayotte, les constats sont sans détour. D’abord, au sein des clubs, la priorité reste largement donnée aux équipes seniors, tandis que la place des féminines demeure limitée. Surtout, un décrochage marqué s’observe à l’adolescence, y compris chez des jeunes filles pourtant engagées dans une pratique sportive dès l’enfance. « Même les jeunes filles qui sont captées dans le sport vers 8/9 ans, on en perd une grande partie à l’adolescence, et on les capte quasiment plus après, et au Danemark, ils ont le même soucis », explique le responsable municipal.
Pour tenter d’y répondre, la commune insiste sur l’importance de revoir les conditions mêmes d’accueil et de pratique : « Donc comment on fait pour garder ces féminines ? Eh bien, cela passe par la construction des infrastructures qui soient adaptées aux féminines, avec des vestiaires, et des éducatrices sportives », poursuit-il. Il souligne par ailleurs que « la grande majorité des éducateurs sont des hommes » et évoque une problématique majeure de défiance, non suffisamment abordée : « à Mayotte il y a beaucoup de scandales dans le sport avec des jeunes filles qui sont victimes de violences, donc il n’y a pas de relation de confiance entre les parents et éducateurs ».
Subventions, infrastructures et éducation
Pour tenter d’inverser la tendance, la commune a notamment revu ses critères de financement. Désormais, les clubs sont évalués aussi sur la proportion de jeunes et de féminines. « L’objectif est d’avoir 50% de personnes de moins de 18 ans et 50% de féminines », explique encore l’agent communal, qui voit dans ce système un levier de transformation des pratiques.
Au-delà des chiffres, la question de l’encadrement est centrale. La municipalité met en avant la nécessité de développer davantage de structures adaptées et de renforcer la présence féminine dans l’encadrement sportif, notamment à travers la formation et le recrutement d’éducatrices.
La stratégie s’appuie également sur les infrastructures sportives, avec le gymnase de Chembenyoumba et deux nouveaux équipements en construction, pensés comme des points d’appui pour relancer la dynamique locale. Dans ce contexte, la venue d’une championne olympique n’est pas seulement symbolique. Elle s’inscrit également dans une logique d’entraînement collectif, pour inspirer, structurer, et peut-être redonner au sport féminin une place centrale dans les clubs de la commune.
Mathilde Hangard


