Dès le début de séance, l’ordre du jour laissait apparaître une série de dossiers techniques. Avec en toile de fond des discussions régulières avec l’État et plusieurs décisions encore en attente de validation. Les discussions se sont concentrées sur trois sujets : le camp de Tsoundzou, le numérique ainsi que le port de Longoni.
Le sujet du camp de Tsoundzou a été l’un des premiers à revenir avec insistance dans les prises de parole. Une motion demandant son démantèlement a été adoptée à l’unanimité par les élus départementaux. Le texte demande également la reconduite à la frontière des personnes déboutées de l’asile.
Une motion adoptée et une pression sur l’Etat

Pour le conseiller départemental de Sada, Soula Saïd Souffou, cette décision répond à une attente forte sur le territoire. Il a défendu une position ferme en séance, expliquant que les élus ont voulu « prendre leurs responsabilités » face à une situation jugée de plus en plus préoccupante par une partie de la population, notamment sur le plan migratoire et sanitaire.
Sur le même sujet, le président de l’Assemblée, Ben Issa Ousseni, est revenu sur ses échanges avec l’État. « Les discussions avec le ministre de l’Intérieur ont tourné sur le camp en majorité, je lui ai exposé la demande du territoire donc le démantèlement du camp et le rapatriement de tous ces gens chez eux ». Avant d’ajouter : « On a été entendu mais je n’ai pas encore eu de retour ».
Par ailleurs d’après ses dires, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, devrait venir prochainement à Mayotte dans le cadre de ce dossier, mais la date, n’a pas encore été communiquée.
Sur le terrain administratif, il évoque également la présence de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et le renforcement des dispositifs autour de Tsoundzou. « J’ai compris qu’ils sont à Mayotte pour accélérer le travail et ils vont s’installer de manière continu. En attendant l’Etat compte renforcer la sécurité à Tsoundzou ».
Tensions autour du déploiement de la fibre
Autre sujet central de la séance : la fibre optique et l’avenir de la délégation de service public (DSP) numérique. « On nous demande de ne pas déployer la fibre dans les mêmes zones et si nous le faisons, on va perdre 60 millions d’euros : 50 de l’État et 10 millions de fonds européens », explique le Président Ben Issa Ousseni.
Au-delà des chiffres, le président défend surtout une vision globale du projet. « Je demande la fibre pour tous les Mahorais. Je ne défends pas une entreprise. Il faut que chaque Mahorais puisse avoir la fibre chez lui ».
En conclusion de ces échanges, une médiation entre Orange et Mayotte THD a été actée, avec pour objectif de ralentir, voire réorganiser, les déploiements parallèles. Selon les chiffres évoqués en séance, plus de 3.000 prises ont déjà été installées par Mayotte THD, tandis qu’un doublon d’environ 700 prises est constaté.
« Orange a choisi les zones denses, les plus rentables, par exemple à Mamoudzou ce sont les zones de forte activité mais pas les endroits comme Vahibé ou Tsingoni, ça risque de créer une fracture ».
Un rapport retiré de l’ordre du jour

Un dossier très attendu, celui du port, qui a connu un rebondissement en séance en étant retiré de l’ordre du jour. Ce retrait intervient dans l’attente d’un avis du Conseil portuaire, qui n’a pas encore été rendu. Il reste donc suspendu dans un contexte déjà marqué par des incertitudes sur l’avenir du mode de gestion du seul port de l’île.
Le président explique qu’aucune décision de l’État n’a encore été communiquée concernant la transformation du port en grand port maritime, ce qui bloque la définition d’un calendrier. « Il y a une exécution provisoire qui a été prononcée qui m’oblige, moi en tant que président de l’Assemblée de Mayotte, de mettre en place dès le 1er septembre une autre gestion du port », poursuit-il, en raison de l’annulation de la DSP et d’une exécution provisoire.
Compte financier unique 2025
Sur le plan financier, les élus ont aussi examiné le compte financier unique 2025. Il s’agit d’un document qui remplace désormais deux anciens outils budgétaires, le compte administratif et le compte de gestion. Il permet de faire le bilan des recettes et des dépenses du Département-Région sur une année.
Pour cette année, le document fait apparaître un excédent d’environ 79 millions d’euros. Un chiffre présenté comme positif, mais immédiatement nuancé. En effet, plusieurs élus rappellent que le Département reste fortement dépendant des aides de l’État et des recettes qui varient selon la conjoncture économique, ce qui limite encore la visibilité à long terme.
Enfin, les élus ont validé à l’unanimité le classement de la mosquée de Polé au titre des monuments historiques. Concrètement, ce classement signifie que la mosquée sera reconnue pour son intérêt patrimonial et bénéficiera d’une protection officielle de l’État.
Shanyce MATHIAS ALI.


