Ce matin, l’hémicycle Younoussa Bamana était plein, signe que la question des déchets ne laisse plus vraiment de place à l’attente, surtout depuis le passage du cyclone Chido qui a aggravé une situation déjà fragile, avec des trottoirs de plus en plus envahis.
Autour de la table, le Département-Région de Mayotte, le Syndicat Intercommunal d’Elimination et de Valorisation des Déchets de Mayotte (SIDEVAM 976), la Communauté d’Agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema) et plusieurs acteurs du territoire avaient un objectif simple sur le papier, mais plus difficile à mettre en œuvre : passer des stratégies aux solutions concrètes. Pour cela, ils comptent s’appuyer sur deux cadres déjà existants, le plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD) ainsi que le programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA).
Une situation qui se dégrade

Très vite, un mot est revenu dans presque toutes les prises de parole : la « sensibilisation ». En effet, derrière les chiffres et les dispositifs le constat reste le même. Les déchets sont encore largement mal triés, souvent mélangés et finissent pour beaucoup enfouis alors qu’ils pourraient être valorisés. « L’enjeu est vraiment sur le recyclage des déchets », résume Omar Ali, vice-président chargé de la transition écologique et des transports, qui insiste sur la nécessité de revoir en profondeur la manière de collecter, mais également de traiter les ordures. « Aujourd’hui, tout est mélangé dans les poubelles, et on ne peut pas continuer comme ça. Il faut réussir à sensibiliser la population pour orienter autrement ces déchets ».
Depuis le passage du cyclone Chido, la production a encore augmenté, avec une hausse de 9 %, ce qui oblige, selon lui, à repenser toute l’organisation actuelle. Dans certains secteurs, les contraintes sont très concrètes, entre densité de population et zones difficilement accessibles aux camions, posant la question de moyens plus adaptés, mais aussi d’un changement des habitudes.
Des solutions concrètes encore en construction
Du côté du SIDEVAM, on insiste sur la complémentarité entre les différents plans. « Le PRPGD fixe une stratégie à l’échelle régionale, alors que le PLPDMA est plus opérationnel, avec des actions concrètes », explique son président, Houssamoudine Abdallah.
Parmi les pistes évoquées, certaines sont déjà engagées, comme le développement du compostage, que ce soit à l’échelle individuelle ou collective. Une réponse directe à un constat fait sur le terrain : environ 35 % des ordures ménagères sont constituées de biodéchets. « Ces déchets pourraient être utilisés autrement, notamment par les agriculteurs », insiste-t-il.

Autre grand chantier, les déchetteries, l’idée est d’en installer sept sur l’île, dont une par intercommunalité. Le foncier est en partie identifié et les travaux pourraient commencer dans les prochains mois. En parallèle, des dispositifs comme les déchetteries mobiles existent, mais restent encore peu utilisés.
Dans les solutions évoquées également, la question de la valorisation énergétique des déchets, avec un projet d’unité de valorisation énergétique (UVE), qui permettrait à terme de produire de l’électricité en partenariat avec Electricité de Mayotte (EDM) à partir des déchets, un projet qui s’élèverait à 200 millions d’euros. « On l’a déjà fait pendant un an, on arrivait à alimenter quasiment 10.000 habitants, malheureusement le site a été incendié », confie le président.
Mobilisation, financements et limites
Reste une question sensible, celle de la sanction. Si elle ne dépend pas directement du SIDEVAM mais plutôt des communes, elle est de plus en plus évoquée. « Aujourd’hui, on commence à avoir des solutions, donc la question des amendes va forcément se poser », reconnaît Houssamoudine Abdallah, tout en rappelant que cela doit aller de pair avec l’information des habitants. Sur le terrain, la sensibilisation passe déjà par plusieurs actions, surtout dans les écoles. L’objectif affiché est d’atteindre environ 55.000 élèves d’ici 2027, selon les éléments du PLPDMA. « Les agents sont là pour faire la sensibilisation directement auprès des habitants, avec le porte-à-porte », partage Dhoinbati Minihadji, chargée du PLPDMA.

En plus des ménages, les entreprises sont aussi concernées, surtout sur la question du financement des projets. Pourtant, peu de dossiers sont déposés dans ce domaine. D’après l’Agence de développement et d’innovation Mayotte (ADIM), entre 2020 et 2025, seulement dix-huit demandes ont été recensées. « 44 % des dossiers viennent de la Cadema, je pense que les structures n’ont pas connaissance des subventions à leur disposition. Il faut donc faire un travail d’aller vers », suggère Kaouthara Abdou-Soilihi, responsable pôle entreprise et développement économique à l’ADIM.
À ce stade, rien n’est encore réglé, mais cette journée aura permis de clarifier les enjeux. Les outils commencent à se mettre en place, les financements aussi, mais sans une mobilisation plus large, notamment des habitants, le changement restera difficile à concrétiser.
Shanyce MATHIAS ALI.


