« Dire que la place de la femme est à la cuisine, ce n’est pas normal ! » Vendredi 3 avril, réunis dans une salle de la MJC de Combani, une vingtaine de jeunes de 15 à 20 ans, filles et garçons, sont en train d’échanger sur la parité hommes femmes.
Sous la conduite de trois animateurs des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa) de Mayotte, le groupe a préalablement visionné un film à sketches présentant diverses situations de la vie quotidienne dans l’île, mettant en scène des épouses désireuses de s’émanciper du foyer familial en participant à un entraînement de football. La palette des réactions des maris à l’écran, allant de la sidération à l’acceptation à contre-coeur, suscite de nombreuses prises de paroles passionnées et bien senties des jeunes, la plupart à rebours des modèles suivis par la génération de leurs parents.
En libre accès et sans rendez-vous

Ce ciné-débat pour lequel les Ceméa ont battu le rappel auprès de toutes leurs associations partenaires intervenant auprès de la jeunesse est la première séance d’un rendez-vous hebdomadaire qui sera proposé chaque vendredi aux jeunes du secteur dans les cadres des points accueil et écoute jeunes (PAEJ) mis en place depuis 2015 à Mayotte.
« L’idée était de trouver un moyen d’action adapté aux réalités de l’île, caractérisée par une population très jeune marquée par des défis multiples : précarité économique, fracture numérique, mobilité réduite, disparités territoriales et fractures institutionnelles », explique Zainaba Ahmed Haroussi, la directrice territoriale des Ceméa.

« Nous avons créé trois points de rendez-vous hebdomadaires, en libre accès et sans rendez-vous ouverts à tous les jeunes de 15 à 25 ans, à Passamaïnty, Tsararano et Chirongui, détaille la jeune femme. Ce sont des espaces de rencontre, d’échange mais aussi d’activités comme des sorties bivouac, des randonnées, des courses d’orientation, tout ceci à l’initiative des jeunes. Un dispositif complété par des interventions régulières au collège de Bouéni et des maraudes menées par les animateurs pour partir à la rencontre des jeunes sur leurs lieux de vie ».
Suite au passage du cyclone Chido et à des difficultés pour conserver un local à Passamaïnty, le PAEJ a été déplacé à Combani où la municipalité met à disposition la MJC chaque vendredi. La proximité de la nouvelle antenne des Ceméa ouverte dans le village facilite l’organisation pratique. « En 2025, nous avant accueilli 765 jeunes dans les PAEJ, avec des dynamiques locales différentes au niveau de la fréquentation ou de la mixité », relève Zaïnaba. « Cela nous monte la nécessité de cibler nos actions pour équilibrer la mobilisation sur le territoire ».
Écoute et reconnaissance

Mais quels sont les objectifs visés par l’association ? Ils sont détaillés dans un document qu’elle a réalisé pour établir le bilan des PAEJ pour 2025. Avant tout, il s’agit de prévenir les situations à risque afin d’éviter les décrochages scolaires, les ruptures familiales, de rétablir et restaurer les liens de confiance entre les jeunes, les familles et les institutions, de favoriser l’accès aux droits des jeunes, de renforcer leur autonomie, leur expression et leur créativité en les accompagnant dans leurs projets personnels et collectifs.
Vaste et ambitieux, ce projet ne décourage pas Ramahine Jean Laurent Faliza, une des animatrices de la matinée à Combani : « On ne parle que de la violence dans l’île, sourit-elle, moi je ne vois pas le délinquant mais le jeune qui a envie qu’on l’écoute et le reconnaisse. Je ne me sens pas en danger et je les trouve vraiment géniaux ».
À l’écoute du débat de ce matin, fait d’écoute mutuelle, d’arguments charpentés et de bonne humeur, on ne peut que tomber d’accord avec Ramahine. Pour les prochains ciné-débats, les idées fusent : « Les relations parent-jeune, l’homosexualité dans l’île, les stratégies contre la violence… » Une seule chose à corriger pour l’ensemble des participants : « la prochaine fois , il faudra prévoir à manger ! ». Alors rendez-vous, vendredi prochain, plus nombreux ?
Philippe Miquel



