Grève : Après plus d’une heure d’audience, les syndicats repartent bredouilles, sans réponses concrètes

Une centaine de manifestants environ se sont mobilisés dans le cadre d’un appel national à la grève. Pendant qu’une délégation était reçue par les représentants de l’académie, les échanges n’ont pas permis d’aboutir à des réponses.

Ce mardi matin, un peu plus d’une centaine de personnes se tenaient devant le Rectorat de Mayotte pour un appel à la grève au niveau national, porté par plusieurs syndicats de l’Éducation. Sur place, enseignants, agents et personnels ont attendu pendant qu’une délégation était reçue en audience aux alentours de 9 heures. La rectrice, Valérie Debuchy, qui avait pourtant proposé cette rencontre, n’était finalement pas présente, le groupe a été reçu par le secrétaire général et la directrice de cabinet.

À l’extérieur, l’attente s’est installée, les discussions se formaient par petits groupes, certains échangeaient sur leurs conditions de travail, d’autres sur les revendications portées depuis plusieurs mois. Un enseignant en école primaire à Labattoir, présent sur place, a résumé l’état d’esprit. « On a des nouvelles revendications, mais on ajoute toujours les anciennes, on se dit peut-être que ça va finir par prendre si on force. Nous n’avons plus trop d’espoir, mais bon, on doit revendiquer nos droits », confie-t-il.

Des revendications sans réponses

Pendant le compte-rendu certains manifestants ont saisi l’occasion pour se plaindre du manque de réponses.

La réunion va durer un peu plus d’une heure, à leur sortie, les représentants syndicaux ne quittent pas les lieux. Très vite, ils rassemblent les manifestants au milieu de la route, quadriller par les forces de l’ordre pour faire un compte rendu. Rivomalala Rakotondravelo, secrétaire du syndicat enseignant SNUI-FSU, a donné le ton d’entrée. « On est en train de tourner en rond ! », martèle le syndicaliste face à la fouleSelon lui, certaines revendications existent déjà dans la loi, mais ne sont toujours pas appliquées, tandis que d’autres restent bloquées faute de décrets ou de discussions engagées. « Sur le dialogue social, comme sur le fond des dossiers, rien n’avance réellement », explique-t-il.

Les syndicats dénoncent notamment l’absence d’échanges sur l’augmentation de l’indexation des salaires, pourtant évoquée à plusieurs reprises lors de visites ministérielles. Il a aussi été question de l’avantage spécifique d’ancienneté, des établissements QPV (Quartier Prioritaire de la Ville) et des cantines dans les écoles. Même situation pour certaines indemnités ou dispositifs spécifiques à Mayotte qui sont toujours en attente d’application. À chaque fois, la même réponse revient : il faut attendre !

Aucun syndicat n’est satisfait par les réponses données à l’issue de la réunion.

Pour le secrétaire du syndicat enseignant SNUI-FSU, les annonces faites restent insuffisantes pour parler d’avancées. « Il y a des groupes de travail annoncés sur la laïcité ou encore le sanitaire, mais pour l’instant, il n’y a rien de concret ». Et il prévient : « les choses n’avanceront que si on continue à se mobiliser ».

Un peu à l’écart, un représentant de l’UNSA Éducation revient sur cette matinée. « Ils nous ont écoutés, c’est déjà quelque chose. Mais des réponses concrètes, non il n’y en a pas eu ». Il évoque notamment la question des contractuels, en rappelant que 50 postes ont été ouverts cette année dans le premier degré, permettant à certains d’accéder au statut de fonctionnaire, même si cela reste limité au regard des besoins. Pour le second degré il faudra attendre jusqu’à l’année prochaine.

Des contestations sur la réalité du terrain

Au fil du compte rendu, Rivomalala Rakotondravelo, va également mettre l’accent sur la situation des équipes mobiles de sécurité (EMS). D’après ce qui leur a été dit pendant l’audience, les agents seraient aujourd’hui moins exposés aux violences dans les établissements. Des propos qui ont généré de vives réactions chez les quelques agents EMS présents à la manifestation. Ils vont donc prendre la parole pour contester et expliquer leur quotidien. « On voit des jeunes arriver à l’école avec des cailloux, des machettes. Nous vivons ça presque tous les jours ! », confie Anassi Ibrahim, agent EMS depuis quatre ans.

Les agents ont fait part de leurs revendications à Rivomalala Rakotondravelo.

Pour lui et ses collègues, il y a un énorme décalage entre ce qui a été dit lors de l’audience et la réalité vécu sur le terrain. « La rectrice ne veut pas entendre parler du mot risque, elle ne veut pas nous écouter. Pourtant, il y a du risque tous les jours ». Pour assurer la sécurité dans ces établissements, les agents affirment ne disposer que de bâtons télescopiques, de matraques et d’une formation de palpation leur permettant de contrôler les élèves à l’entrée des écoles.

À cela s’ajoute, selon lui, un sentiment de manque de reconnaissance, ainsi qu’un flou autour de leur statut. « On nous demande d’intervenir, de gérer des situations, mais il n’y a rien qui est fait pour nous en face », partage l’agent. « Un coup on est AED, un coup EMS. Même sur les fiches de paie, ce n’est pas clair, parois c’est même écrit enseignant ».

En fin de matinée, le rassemblement s’est dispersé progressivement. Sur place, beaucoup sont repartis avec le sentiment d’avoir déjà entendu ces réponses, sans savoir encore si  elles seront suivies d’effets. « En tout cas, on va vérifier si l’académie et le rectorat respectent leurs engagements », confie Rivomalala Rakotondravelo.

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

À Chirongui et Mramadoudou, des bénévoles en patrouille pour sécuriser les élèves et les rues

La cinquantaine de bénévoles de la Patrouille Citoyenne, sillonnent les abords des écoles de Chirongui et Mramadoudou pour assurer la sécurité des élèves et prévenir la délinquance. Une initiative locale fondée sur la solidarité et l’engagement des habitants.

Prix des carburants à Mayotte : forte hausse en avril à près de 2 euros le litre

La hausse des prix observés au 1er avril 2026...