À Dzaoudzi, dans le bâtiment historique de la douane situé face à la préfecture, le décor donne le ton dès l’entrée. Dans les vitrines sont exposées des objets saisis tout au long de l’année : cigarettes, chaussures contrefaites, appareils électriques, produits de beauté ou encore morceaux de coraux et objets fabriqués à partir de bois protégés comme l’ébène ou le palissandre. Une manière concrète de montrer ce que recouvre, au quotidien, le travail des douaniers sur le territoire.
C’est ici que Benoît Pascal, directeur régional des douanes et des droits indirects, a présenté pour la première fois un bilan annuel local de l’action douanière. Un exercice inédit, qu’il souhaite voir se renouveler. « C’est important que nos concitoyens comprennent l’ensemble de nos missions, pas seulement les saisies », explique-t-il devant la presse.
Une reconstruction menée dans l’urgence
L’année 2025 a été marquée par un contexte particulier, en effet, quelques mois plus tôt, le cyclone Chido frappait durement Mayotte. Les infrastructures douanières n’ont pas été épargnées. Le bureau de Longoni a été détruit à 90 %, d’autres bâtiments sont fortement endommagés notamment celui de Jacaranda et les systèmes informatiques mis hors service. « Quand on n’a plus d’informatique, on ne peut plus travailler », résume le directeur.

Face à l’urgence, les équipes s’organisent, la direction régionale est rapidement relocalisée à Dzaoudzi, après un passage par Pamandzi où avait été installé un poste de commandement de crise au sein de l’aéroport. Dans ce contexte, les agents ne comptent pas leurs heures. Beaucoup ont été touchés personnellement par le cyclone, mais choisissent malgré tout de se mobiliser. « Ils ont d’abord aidé la population avant de s’occuper de leur propre situation », souligne Benoît Pascal.
Une cellule de crise est mise en place pour gérer l’acheminement de l’aide humanitaire. Résultat : 337 conteneurs d’aide entrent sur le territoire en franchise totale de droits de douane et d’octroi de mer pendant plusieurs mois. Cette période a confirmé une réalité déjà bien connu : le territoire est dépendant des importations. « En 2025, on a eu une hausse de +22% en conteneur équivalent 20 pieds », explique Lilian Irigoyen, agent du pôle action économique. À l’inverse, les exportations restent très limitées, avec environ 1.000 conteneurs sortants, essentiellement composés de déchets envoyés vers d’autres territoires pour traitement.
Saisies en hausse et nouveaux risques
Au-delà de cette gestion de crise, l’année 2025 reste marquée par une activité soutenue sur le terrain. Les saisies repartent à la hausse, avec des chiffres jugés « préoccupants ». Au total, 30 kilos de stupéfiants ont été interceptés, si le cannabis reste dominant, de nouveaux produits apparaissent progressivement, comme la résine de cannabis ou la cocaïne, encore peu présents mais surveillés de près.

Le tabac, lui, continue de circuler massivement avec neuf tonnes saisies en un an, acheminées par kwassas, conteneurs ou voie postale. « C’est un chiffre très important pour un territoire comme Mayotte », insiste le directeur. Grand absent du schème : la « Chimique », qui a longtemps fait des ravages sur l’île, n’était pas présente dans le bilan. « Les autorités chinoises ont interdit la production de cannabis de synthèse cela pourrait être la raison de cette absence», confie-t-il. Sur le plan financier, les contrôles ont permis de mettre la main sur 2,2 millions d’euros, dont 1 million lié au blanchiment douanier et 1,2 million pour non-déclaration de sommes supérieures à 10.000 euros.
Autre volet moins visible, celui de la protection du consommateur, pour 2025, les infractions ont fortement augmenté, avec +70 % pour les normes techniques et +98 % pour celles liées à la santé. Derrière ces chiffres, des produits dangereux comme les appareils électriques présentant des risques d’incendie, des jouets contenant des substances toxiques ou encore des médicaments vendus en dehors des circuits autorisés.

La contrefaçon suit la même tendance, avec une hausse de 120 % des saisies, soit plus de 40.000 articles interceptés. « On pense souvent que ce n’est pas grave, mais certains produits peuvent être dangereux », rappelle Benoît Pascal, évoquant notamment des équipements qui ne respectent aucune norme de sécurité.
Une mission fiscale essentielle pour le territoire
Malgré ce contexte, la douane continue aussi d’assurer sa mission fiscale, méconnue du grand public. En 2025, elle a collecté 224 millions d’euros de recettes, dont l’essentiel revient directement au territoire. L’octroi de mer représente à lui seul 167,5 millions d’euros, redistribués entre le Conseil départemental et les 17 communes. « Cet argent finance les routes, les écoles, les services publics », insiste le cadre.

Dans le même temps, un projet d’envergure se prépare avec un futur hôtel des finances qui doit voir le jour à Mamoudzou, quartier Boboka, d’ici 2029, avec un investissement de 16 millions d’euros. Le bâtiment doit regrouper plusieurs services comme une salle de sport et de tirs et améliorer les conditions de travail des agents, avec notamment des équipements adaptés et des logements pour les nouveaux arrivants.
En attendant, la douane est présente à Dzaoudzi, à l’aéroport de Pamandzi, dans ses bureaux de Longoni mais également au sein de La Poste de Kawéni.
Shanyce MATHIAS ALI.


