Le 18 février dernier, le gymnase du collège K1 de Kawéni a accueilli une compétition intense de hip-hop dans le cadre du championnat UNSS de Mayotte, où des crews – des groupes de jeunes danseurs spécialisés dans des chorégraphies urbaines mêlant breakdance, popping, locking et danse libre – venus de tout le territoire se sont affrontés.
Au total, 19 équipes mixtes de collèges et 11 équipes de lycées ont concouru dans trois catégories : collège établissement, collège excellence, et lycée open. L’enjeu de cette journée était de décrocher leur qualification pour le championnat de France UNSS de Battle Hip-Hop, qui se tiendront du 31 mars au 3 avril prochains à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, et réuniront les meilleurs crews de toute la France.
Des danseurs talentueux et passionnés confrontés aux obstacles

Cette année dans la catégorie des lycées, c’est le lycée du Nord qui a remporté la première place. Depuis, Abal, Man, Karine, Zouzou, Nayah et Siz, membres du 410NCrew du lycée, recherchent activement des financements auprès de particuliers ou de collectivités pour pouvoir se rendre dans l’Hexagone et porter haut les couleurs de Mayotte dans la catégorie des cinq styles : locking, popping, house, breakdance et new style. Un voyage qui viendrait récompenser plusieurs années de travail acharné, signe de la passion qui les anime.
« Nous avons créé ce crew il y a deux ans, parce que nous rêvions de participer et d’être les meilleurs au championnat académique 2026, de battre tout le monde », se rappelle Abal, 18 ans. « Nous nous entraînons trois fois par semaine pendant les vacances scolaires au foyer de l’association Le Regard du Coeur de Longoni, et deux fois par semaine au gymnase du lycée du Nord en période scolaire. Pour nous retrouver et nous entraîner, nous faisons du covoiturage avec les familles qui ont un véhicule, on se débrouille ».

« L’an dernier, nous avons terminé à la deuxième place du championnat académique, et cette année, notre victoire est incroyable. Mais nous ne savons pas encore si nous pourrons participer au championnat de France en raison de la situation administrative de certains concernant la nécessité d’obtenir l’autorisation de la préfecture pour s’y rendre, et du fait que les subventions n’ont pas encore été versées », poursuit le jeune homme entre espoir et inquiétude.
« Pour moi, le hip-hop n’est pas seulement une passion, c’est une véritable manière de m’exprimer. Chaque mouvement raconte une histoire et reflète ce que nous vivons avec mon crew », souligne Abal.
Le hip-hop mahorais s’illustre lors des précédentes éditions
Le championnat de France UNSS rassemble chaque année les meilleurs crews scolaires de tout le pays. Les équipes s’affrontent dans des battles très exigeantes, où sont évaluées la technique, la créativité, l’énergie collective et la maîtrise des différents styles urbains. Les catégories sont organisées par âge et par niveau, permettant aux lycéens et collégiens de concourir dans des formats adaptés à leurs compétences, et offrant aux jurys une vision complète du talent de chaque crew.

Les performances mahoraises au niveau national sont encourageantes depuis la première participation en 2023. Lors de cette édition, le lycée du Nord s’était distingué en terminant cinquième sur quatorze équipes lycéennes, tandis que les collèges de Kawéni 1 et Majicavo avaient respectivement fini 10ᵉ sur 19 et 8ᵉ sur 9 dans leurs catégories. L’année suivante, en 2024, le collège de Kawéni 1 a décroché une médaille de bronze et deux coupes lors du championnat de France à Marseille.
Pour Abal et ses coéquipiers du 410NCrew, ce championnat de France représente bien plus qu’une compétition, c’est l’opportunité de montrer leur travail, de se mesurer aux meilleurs et de vivre une expérience humaine et artistique unique. Malgré les obstacles administratifs, financiers, le crew continue de s’entraîner.

Les chances de participer au championnat s’amenuisent néanmoins à l’approche de l’échéance. Si aucune équipe ne peut finalement se rendre en métropole, malgré le fait que le hip‑hop soit une « activité phare du projet académique de l’UNSS Mayotte » avec 702 licenciés (472 filles et 230 garçons), comme le souligne l’Académie, ce serait un recul pour le développement de la discipline et un coup dur pour les jeunes concernés, pour qui la danse est un moyen de retrouver confiance en eux et parfois en la société. Les ambitions et les rêves nourris au départ par ces projets peuvent parfois se heurter à la réalité, laissant certains jeunes confrontés à des objectifs difficilement réalisables, ce qui peut être particulièrement frustrant et décourageant.
« Franchement si je ne peux pas participer au championnat de France, je n’aurai pas de mots pour décrire ma peine », confie Abal, qui attend ce moment depuis des années.
Dans ce type de projet sportif, le financement d’un déplacement depuis Mayotte vers la métropole pour des championnats de France (transport aérien, hébergement et repas) peut facilement atteindre plusieurs milliers d’euros par personne, même pour une courte compétition, nécessitant souvent la mobilisation conjointe de l’établissement scolaire, de l’Académie, du Département-Région et d’autres partenaires pour couvrir l’ensemble des frais. Une non‑participation illustrerait également les choix politiques ainsi que les restrictions ou coupes budgétaires dans ces domaines.
Les lycéens ont mis en ligne une cagnotte pour pouvoir les aider
Victor Diwisch


