À Mayotte, les plantes font partie du quotidien, surtout pour les anciens. C’est ce constat qui a poussé des passionnés à créer l’AVAPAM, l’Association pour la valorisation des plantes alimentaires et médicinales de Mayotte. L’association a vu le jour le 24 septembre 2017, avec une idée simple, celle de documenter, expliquer et transmettre les usages des plantes locales, alimentaires comme médicinales.
Un savoir qui disparaît
À la tête de l’AVAPAM, Moussa Salim, président, et ancien professeur de SVT aujourd’hui à la retraite. Pour lui et les membres de l’association, la flore mahoraise est un patrimoine commun. Un patrimoine fragile aussi, longtemps transmis uniquement par la parole. Quant au chargé de communication de l’AVAPAM, également fondateur de Mayotte Inside, « la médecine traditionnelle à Mayotte, elle est surtout orale, il n’y avait pas de trace écrite. Aujourd’hui, elle est en train de se perdre », raconte-t-il.

Depuis plusieurs années, le collectif publie des ouvrages consacrés aux plantes locales. Trois éditions d’un même livre sont déjà sorties, la dernière récemment. Elle apporte une nouveauté importante : des contre-indications et des précautions d’emploi. « Avant, on se concentrait surtout sur les plantes et leurs usages. Là, on insiste aussi sur ce qu’il ne faut pas faire », précise le chargé de communication. Il rappelle que tous les médicaments viennent des plantes, mais qu’il faut savoir les utiliser correctement, et que ses livres précisent les dosages, la préparation et les précautions.
Le travail commence sur le terrain, chaque dimanche, les membres de l’AVAPAM participent à des randonnées avec un groupe local nommé « rondo club ». Ce qui permet de repérer les plantes, de les montrer, ainsi que de les expliquer aux participants. « Les gens viennent pour découvrir Mayotte, mais aussi pour apprendre. On localise les plantes directement dans leur milieu », raconte le Mahorais. Ensuite vient le temps de l’écriture, au sein de l’association chacun apporte son expertise, docteurs en chimie, en pharmacie, ou encore enseignants, par la suite les usages traditionnels sont croisés avec les recherches scientifiques.
Le numérique au service du savoir traditionnel
Pour toucher un public plus large, l’Association pour la valorisation des plantes alimentaires et médicinales de Mayotte s’appuie également sur le numérique avec des vidéos sur YouTube, TikTok ou Facebook, via le compte Mayotte Inside. « Je me suis rendu compte que le message avait du mal à passer, en plus les réseaux sociaux permettent de parler directement aux jeunes », explique-t-il.

Les thèmes abordés vont au‑delà des plantes, avec de la prévention santé sur des maladies comme le diabète, la tension, la drépanocytose ou encore sur les alertes sanitaires. Les retours et commentaires du public motivent les membres de l’association à continuer leur travail. « Ça motive à continuer. Et pour les plus jeunes, c’est souvent une découverte ».
L’association intervient aussi dans les écoles où plusieurs membres sont des professeurs ce qui facilite le contact avec les élèves et les étudiants. « Il y a des jeunes qui ne parlent même plus shimaoré et pour les plantes, c’est un domaine qu’ils ne maîtrisent pas du tout », constate le chargé de communication. Derrière ces actions, un même message revient souvent, le fait de renouer avec les savoirs et les traditions.
Les prochains défis de l’AVAPAM
Parmi les projets à venir, l’Association pour la valorisation des plantes alimentaires et médicinales de Mayotte prépare deux nouveaux livres, l’un sur les plantes cosmétiques et l’autre sur les bienfaits des aliments locaux, ainsi qu’une campagne de sensibilisation sur la mangrove.

Un sujet jugé urgent d’après les membres de l’association. « La mangrove, c’est un bouclier naturel. Sans elle, le lagon serait en danger. Pourtant, elle est dégradée, étouffée par les déchets et l’occupation humaine ». La structure insiste sur le fait que préserver la mangrove, c’est aussi protéger la biodiversité et prévenir les catastrophes naturelles.
L’AVAPAM rappelle également l’importance de transmettre ce savoir aux générations futures. L’objectif est que les jeunes Mahorais puissent s’approprier la médecine traditionnelle. « C’est bien de regarder ailleurs, mais il faut surtout prendre conscience de notre richesse locale », conclut le chargé de communication.
Shanyce MATHIAS ALI.


