Arrivé sur place, Gérald Darmanin a échangé pendant près d’une heure avec les agents de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), en présence notamment du maire de Pamandzi, de la rectrice et du préfet. Les discussions ont porté sur la valorisation des chantiers jeunes, les partenariats culturels et le lien avec l’Éducation nationale, dans un contexte local marqué par une forte précarité de la jeunesse et des tensions récurrentes entre bandes rivales.
Une dernière étape placée sous le signe de la PJJ
À l’issue des échanges, Gérald Darmanin a inauguré officiellement le bâtiment, un geste symbolique, mais aussi politique. « Ils font un travail très difficile, quelle que soit leur fonction, qu’ils soient en établissement pénitentiaire, éducateurs, dans l’Éducation nationale, les mairies ou à la PJJ. Ils ne sont pas toujours très nombreux vu le nombre de mineurs à suivre, et nous devons renforcer les moyens », a déclaré le Garde des Sceaux.

Le ministre a aussi reconnu un grand enjeu, celui du manque d’effectifs sur le territoire. « Il y a une dizaine de postes vacants à Mayotte. On doit augmenter le nombre d’agents envoyés ici et multiplier les unités avec des locaux adaptés », a-t-il assuré, rappelant que seules trois unités spécifiques PJJ existent actuellement sur l’ensemble du territoire.
Au cœur des échanges, la question de l’éducation et de l’insertion, Gérald Darmanin a pointé un double constat : un taux de chômage élevé chez les jeunes, autour de 50 %, et un nombre important de décrocheurs scolaires. « On doit continuer à mettre beaucoup de moyens éducatifs. Jusqu’à présent, certains jeunes confiés à la structure n’avaient que cinq à dix heures de cours par semaine, contre 25 à 30 heures dans le système scolaire classique », a-t-il souligné. Une réforme est en cours, appuyée par une circulaire envoyée récemment à l’ensemble des acteurs, pour recentrer l’accompagnement sur la formation, l’éducation et le cadre.
La justice face à des situations multiples
Le ministre de la justice a également tenu à distinguer les publics concernés. « Je m’occupe des jeunes que la justice a confiée à la PJJ par décision judiciaire. Pour les autres jeunes déscolarisés qui ne sont pas sous main de justice, le travail relève aussi du Département, des communes et des autres services de l’État », a confié Gérald Darmanin.

Concernant les jeunes en situation irrégulière, il a adopté un discours ferme, distinguant ceux en situation régulière, qui doivent être accompagnés, de ceux qui ne le sont pas. « Les étrangers en situation irrégulière doivent, avec leurs parents, être expulsés du territoire national », nous a-t-il affirmé, évoquant les expulsions déjà réalisées, notamment depuis le centre pénitentiaire. Il a rappelé que plus de 270 détenus étrangers condamnés ont été renvoyés l’an dernier.
Mais le garde des Sceaux a aussi insisté sur une autre réalité souvent moins visible, celle de la protection de l’enfance. « Il y a des milliers d’enfants abandonnés ou victimes de violences, et ces traumatismes peuvent se reproduire », a-t-il dit, plaidant pour un accompagnement de la naissance à la majorité.
Sur le terrain, un accompagnement sous tension
Sur le terrain, les éducateurs de la PJJ composent avec cette complexité. « L’UEMO, c’est un service de milieu ouvert, les jeunes sont pris en charge dans leur milieu naturel de vie, avec leur famille ou dans le cadre de placements éducatifs », explique Patricia Viator, directrice territoriale des services de la PJJ. « L’objectif principal, c’est d’éviter la récidive, ce sont des jeunes qui font l’objet d’une décision judiciaire, parfois mineurs, parfois accompagnés au-delà de 18 ans, en fonction de leur situation et des faits reprochés ».
En 2025, environ 805 jeunes ont été pris en charge sur l’année, avec un système d’entrées et sorties permanentes. « À l’instant T, on est autour de 500 jeunes suivis », précise-t-elle.

La directrice a tenu à mettre en avant le travail partenarial développé autour de l’insertion. « L’accès au sport, à la culture, aux bibliothèques, aux loisirs, c’est important. Ça favorise le respect de soi, des autres, des règles, et ça aide à prévenir la récidive », souligne-t-elle. La structure intervient aussi en prévention, à la demande de partenaires, notamment dans les établissements scolaires ou les quartiers, à travers des actions de sensibilisation sur la loi et les risques encourus.
Les échanges avec le ministre ont aussi porté sur les moyens : « La nouvelle circulaire de politique pénale nous incite à recentrer notre activité, mais ça nécessite du temps et des ajustements. Le ministre nous a donné des perspectives sur des moyens supplémentaires et sur le renforcement des partenariats », indique Patricia Viator, tout en rappelant les difficultés d’attractivité du territoire.
Avant de quitter l’île, Gérald Darmanin a assuré vouloir revenir pour suivre l’avancée des chantiers engagés, notamment sur les infrastructures judiciaires et les moyens accordés à la Protection judiciaire de la jeunesse.
Shanyce MATHIAS ALI.


