Outre-mer : repenser le développement économique

Réunis début décembre au Sénat, élus, économistes et représentants d'institutions ont débattu de l'avenir économique des territoires ultramarins.

Il y’a quelques jours, la délégation sénatoriale aux Outre-mer-mer a publié les actes du colloque présidé par Micheline Jacques. Celui-ci a eu lieu le 4 décembre dernier en partenariat avec l’Institute for Small Markets Law & Economics (ISLE). L’objectif de cette rencontre était de réfléchir aux moyens pour faire évoluer les modèles économiques des Outre-mer, dans un contexte de vie chère, de tensions sociales et de limites des politiques actuelles.

Un message est revenu à plusieurs reprises : la croissance ultramarine ne peut plus reposer uniquement sur des aides publiques ou encore des dispositifs de compensation. Même si ces soutiens restent indispensables, ils ne suffisent plus à construire un développement durable. Les intervenants ont appelés à davantage placer les entreprises locales, l’emploi et la création de valeur au cœur des stratégies économiques.

Une démographie qui change tout

Une démographie croissante notamment due aux arrivées par voies maritimes d’immigrés.

Parmi les constats partagés entre les différents acteurs, celui de la démographie occupe une place importante. Les travaux de l’Insee présentés lors du colloque ont montré des situations très contrastées en fonction des départements. En effet, là où certains font face au vieillissement de leur population, des territoires tels que la Guyane et Mayotte se distinguent par une démographie très forte et en constante croissance.

Un dynamisme qui peut représenter à la fois un atout mais également un défi majeur. Les participants ont insisté sur la nécessité d’accompagner cette jeunesse en mettant en place des formations qualifiantes et qui donnent accès à des emplois. Selon eux, sans ce schéma, ces territoires risquent de voir s’aggraver les déséquilibres économiques et sociaux.

À Mayotte, cette pression démographique se traduit concrètement par des besoins en constante augmentation en ce qui concerne l’éducation ou encore l’insertion des jeunes sur un marché déjà saturé.

La vie chère, une réalité quotidienne

Impossible d’aborder la question de la croissance sans se pencher également sur la vie chère. Les débats de cette réunion ont rappelé que la concentration économique, les dépendances logistiques ainsi que la faiblesse de la concurrence agissent énormément  sur le pouvoir d’achat des ménages ultramarins. Dans ce contexte, la régulation économique apparait comme un outil de « justice sociale », qui va permettre de protéger à la fois les consommateurs et sécuriser les entreprises. Elle peut devenir un vrai levier pour encadrer le pouvoir d’achat et limiter les déséquilibres.

Manifestation contre la vie chère à Mayotte en mai 2010

Sur le terrain, cette réalité se traduit par une cherté persistante des produits de première nécessité, régulièrement pointée par les habitants ainsi que les élus et qui continue d’alimenter le débat public. Les territoires des Outre-mer on connu diverses grandes manifestations marquantes en lien avec le sujet de la vie chère. Notamment la grève sur la vie chère qui avait secoué le 101ème département pendant six semaines en 2010. Pour rappel, en 2024 les prix des produits alimentaires à Mayotte avaient augmenté de 3,2%.

Adapter les règles aux réalités locales 

Les débats ont aussi permis de souligner un sentiment largement partagé dans les Outre-mer : celui des règles nationales ou européennes mal adaptées aux réalités locales. Normes de construction, accès aux marchés publics, ou encore réglementation économique : de nombreux dispositifs votés à Paris peinent à s’appliquer dans les territoires ultramarins. Plusieurs élus ont donc mis en avant le fait que certaines lois, même si elles sont adoptées, restent partiellement appliquées en raison de ce problème d’adaptation. Une situation qui, selon eux, peut freiner l’activité économique et augmenter le sentiment d’inégalité entre les départements.

Cette inadéquation des règles se heurte également à la réalité d’une structure économique largement composée de petites entreprises, qui sont souvent dépendantes des territoires et peuvent être exposées à de nombreux risques comme les crises économiques, sociales ou encore climatiques qui mettent en péril des structures déjà vulnérables. Les représentants des entreprises présents lors du colloque ont donc insisté sur la difficulté d’accéder aux financements, sur les coûts de fonctionnement jugés élevés et sur le besoin de stabilité des règles pour pouvoir investir. Malgré ces obstacles, les entrepreneurs ont été décrits comme particulièrement résiliants, capables de maintenir une activité dans des contextes bien plus contraints qu’en France hexagonale.

Shanyce MATHIAS ALI.

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