Seize mois après Chido, Mayotte la résiliente a presque retrouvé son cadre naturel exceptionnel, fait de plages sauvages donnant sur le lagon et son relief volcanique envahi par une végétation luxuriante. Au plan des équipements, le constat est différent : habitations ouvertes aux quatre vents, toitures toujours béantes ou protégées par des bâches, réseaux et voies de communication délabrés font partie du paysage mahorais depuis le passage du cyclone.

Le défi de la reconstruction est la priorité des acteurs locaux du logement comme la Société immobilière de Mayotte (SIM), principal bailleur social de l’île, dont la Caisse des dépôts et consignations habitat est l’actionnaire majoritaire. Béatrice Robin et Briac Bohanne, cadres à la CDC Habitat, se sont portés volontaires depuis septembre dernier pour apporter leur aide technique et administrative à la réhabilitation des logements de la SIM touchés par Chido. Le couple a accepté de répondre aux questions du JdM.
Quelles fonctions occupiez-vous en métropole ?
Béatrice : J’exerçais depuis 12 ans dans un bureau d’études de Bordeaux qui suit les chantiers de la région bordelaise.
Briac : Moi, j’étais responsable d’opérations sur des programmes de réhabilitation et de travaux sur l’immobilier résidentiel pour CDC Habitat.
Comment vous êtes-vous retrouvés à Mayotte ?
Briac : La CDC Habitat est implantée partout en France, cela va du Grand Paris à l’Outre-mer. Elle a l’expérience et le personnel qualifié pour intervenir sur des événements naturels comme les cyclones ou les inondations comme cela arrive régulièrement à La Réunion. À Mayotte, Chido a été d’une violence inédite et la réactivité a été moindre au regard des dégâts causés. La CDC a décidé d’envoyer deux personnes en soutien de l’équipe de la SIM et a publié une annonce de recrutement pour laquelle nous avons envoyé nos CV.

Béatrice : Briac et une de nos collèges ont d’abord été retenus. Moi, j’ai dû insister pour les accompagner en prenant une année sabbatique et en signant pour une mission d’un an. C’est dire notre envie de partir ! Nous avions déjà voulu le faire au moment du tremblement de terre en Haïti mais là, tous les voyants étaient au vert. Nos deux enfants étaient autonomes à 20 et 22 ans et nous avions envie tous les deux d’un rebond professionnel.
En quoi consiste précisément votre mission ?
Briac : L’objectif est la remise en état dès cette année de l’ensemble du parc immobilier de la SIM touché par Chido, soit environ 1.700 logements. La réduction de loyer appliquée aux locataires qui les habitent encore malgré les dégradations représente une perte financière importante pour la SIM. Certains qui n’ont plus de toiture ou plus d’accès à l’eau sont encore inhabitables. Avec les équipes de la SIM, on monte les opérations au plan financier, on consulte les entreprises qui sont toutes très occupées et on suit les chantiers du début à la fin.
Quels obstacles rencontrez-vous ?
Béatrice : Ceux qui pèsent sur la plupart des secteurs de l’économie mahoraise : difficultés d’approvisionnement et de livraison des matériaux, contraintes salariales, problèmes de recrutement et de compétence de la main d’œuvre… Les chantiers font régulièrement l’objet de vols : portes, fenêtres, tableaux électriques… On mesure peu à peu la particularité du contexte îlien mais il est quand même difficile de comprendre que la construction ici coûte deux fois plus cher qu’à La Réunion.
Comment vous êtes-vous adaptés au plan professionnel comme personnel ?

Briac : Malgré les difficultés, l’accueil que nous avons reçu de toute l’équipe de la SIM a été incroyable. Le contexte, renforcé par Chido, où tout est en gestation, à inventer et à construire nous place dans une autre dynamique, enthousiasmante et beaucoup plus concrète qu’en métropole.
Béatrice : Ici, la rencontre avec les gens est facile et les échanges plus simples. Même si les problèmes de propreté et d’insécurité sont parfois pesants, chaque week-end nous offre l’occasion de découvrir une île magique et un lagon magnifique avec l’impression dès le vendredi soir d’être en vacances.
Qu’allez-vous retenir de cette mission ?
Béatrice : Beaucoup de choses à tel point que nous la prolongeons jusqu’en décembre prochain pour aller jusqu’au bout du défi de réhabilitation que nous nous sommes fixés avec la SIM.
Briac : On s’est prouvé à nous-mêmes qu’on était capables de s’adapter et de s’ouvrir à des personnes et des fonctionnements différents. À nos âges, on a encore le droit de faire des expériences !
Philippe Miquel


