Le 27 avril 1848, Mayotte commémore l’abolition de l’esclavage, marquant la libération d’environ 1.500 femmes, hommes et enfants réduits en servitude, sur une population totale d’environ 3.300 habitants.
Cependant, l’abolition effective intervient le 9 décembre 1846, par ordonnance royale, concrétisant la liberté des personnes asservies. L’esclavage est aboli à Mayotte avant les autres colonies. Cette date fait de l’île le premier territoire français à abolir l’esclavage, avant le décret général de 1848.
La France, premier pays à reconnaître la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité
En 2026, la loi du 10 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité, dite loi Taubira, marque ses 25 ans. Ainsi, le 10 mai 2001, la France devient le premier pays à reconnaître la traite et l’esclavage coloniaux comme crimes contre l’humanité, avec l’adoption de la loi portée par la députée de Guyane, Christiane Taubira.

Ce texte s’inscrit dans le prolongement des mobilisations de 1998, à l’occasion des 150 ans de l’abolition de l’esclavage. Cette année-là, des voix majeures comme Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau et Wole Soyinka appellent à reconnaître « la traite négrière et l’esclavage perpétrés dans les Amériques et l’océan Indien » comme crime contre l’humanité.
Adoptée à l’unanimité, la loi est promulguée le 21 mai 2001. Son écho dépasse rapidement les frontières, elle inspire notamment les travaux de la conférence de Durban contre le racisme la même année, puis une résolution du Parlement européen en 2020. Elle inscrit ce passé dans la mémoire collective, en inscrivant son enseignement dans les programmes scolaires, en encourageant la recherche et en instituant une journée nationale de commémoration chaque 10 mai.
25 ans plus tard, elle continue de structurer le travail de mémoire autour de l’esclavage et de la traite, et de porter une exigence de transmission, de reconnaissance et de compréhension de notre histoire commune.
Un mémorial national dédié aux victimes de l’esclavage
A l’occasion de la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage, organisée par le maire du XVIe arrondissement de Paris dans les jardins du Trocadéro, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer a prononcé un discours ce lundi annonçant notamment la création d’un mémorial national dédié aux victimes de l’esclavage.
« C’est ici, dans les Jardins du Trocadéro, que s’élèvera dans quelques mois le mémorial national dédié aux victimes de l’esclavage (…) Pour beaucoup de nos compatriotes ultramarins et pour la nation toute entière, les mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ne se résume pas à un chapitre des manuels d’Histoire. Ce sont des multitudes de vies, de récits, de failles qui traversent les générations et nous habitent.

L’esclavage colonial est un crime contre l’humanité. En arrachant des millions de femmes, d’hommes et d’enfants à leur terre, à leur langue et à leur nom, il a organisé la déshumanisation. Il a prétendu transformer des personnes en biens, des vies en marchandises, des corps en instruments de production (…).
C’est le sens du futur mémorial. Il ne sera pas un lieu d’accusation mais un lieu de transmission. Il inversera ce schéma de honte car cette honte ne doit pas être celle des descendants des victimes mais celle du système qui a réduit des êtres humains en esclavage. Avec ce mémorial nous affirmons que la mémoire de l’esclavage n’appelle pas à la division mais à une volonté de réconciliation. Ces femmes et ces hommes ont porté des noms, ils méritent d’être nommés dans l’Histoire de France (…).
La mémoire de l’esclavage ne divise pas. Aucune mémoire ne doit diviser. Chaque mémoire oblige à regarder le passé, à le reconnaître, à le réparer pour avancer (…) Les roses blanches qui seront déposées au pied de cet arbre porteront un message de respect et d’avenir.
À toutes les victimes de l’esclavage, nous rendons hommage. À leurs descendants, nous disons : votre histoire appartient pleinement à l’histoire nationale ».


