À Mamoudzou, les personnels de l’Éduaction nationale ont participé au mouvement de grève nationale du 2 octobre. Devant le rectorat, ils ont dénoncé des salaires non payés ou amputés depuis plusieurs mois. Plusieurs syndicats, dont le FSU-SNUipp, la CGT Éduc’action et l’Unsa Éducation, se sont joints au mouvement pour réclamer des explications et des solutions rapides.

Grève dans l’Éducation nationale : “Un acompte ce n’est pas un salaire !”

À Mamoudzou, les personnels de l’Éduaction nationale ont participé au mouvement de grève nationale du 2 octobre. Devant le rectorat, ils ont dénoncé des salaires non payés ou amputés depuis plusieurs mois. Plusieurs syndicats, dont le FSU-SNUipp, la CGT Éduc’action et l’Unsa Éducation, se sont joints au mouvement pour réclamer des explications et des solutions rapides.

Dès huit heures ce matin, l’ambiance s’est définie devant le rectorat. Plus d’une centaine de personnes s’est rassemblée. Dans la foule, professeurs, conseillers principal d’éducation (CPE), agents et Assistants d’éducation (AED), brandissant leurs pancartes, ils se sont placés devant la fenêtre de la rectrice Valérie Débuchy et ont scandé différents slogans : “on veut notre argent !” ou encore “un contrat, un salaire !” . Sur leurs pancartes, on pouvait aussi lire : “marre de travailler bénévolement”, “pas de paye tout s’enraye” ou encore “service fait = salaire dû”.

Plus d’une centaine de personnes a battu le pavé ce jeudi matin pour réclamer leurs salaires

Depuis plusieurs mois, les anomalies de paiement s’accumulent. Certains professeurs ne touchent qu’une partie de leur rémunération, d’autres rien du tout. Quelques-uns témoignent même de virements dérisoires : cinquante euros, un euro, voire même quatre-vingt-quinze centimes. Une enseignante du lycée Younoussa Bamana confie : “ce mois-ci, je suis à moins 1.500 euros dans mon compte. Si je n’avais pas mon conjoint, je serais à la rue avec mon fils”.

Elle ajoute : “nous sommes cadres de l’Éducation nationale, et pourtant nous vivons dans une précarité affligeante”. Andile Said, professeur de technologie à Dzoumogné, explique qu’il n’a pas reçu son salaire depuis deux mois : “J’ai la banque derrière moi, le bailleur derrière moi, et aucune solution concrète”. Il renchérit : “Nous avons eu une attestation pour justifier la situation aux banques mais elles ne veulent rien savoir. Même constat pour Koulthoumie Hamidouni, enseignante contractuelle depuis six ans, qui explique : “Ce mois-ci je n’ai rien touché. L’an dernier déjà, je n’étais pas rémunérée pleinement. On nous dit toujours de faire des réclamations, mais rien n’est régularisé.

 Un problème récurrent  selon les syndicats

Pour les syndicats, ce n’est pas un accident ponctuel, mais une situation qui dure

Le secrétaire du FSU-SNUipp, Zaidou Ousseni, qui est aussi enseignant remplaçant, décrit la triste situation de ses collègues : “certains se sont vu retirer jusqu’à 3.000 euros de leur salaire. Au bout de trois mois sans paie, comment payer un loyer ? Mais aussi comment reprendre le travail correctement après cela ?”. Pour les syndicats, ce n’est pas un accident ponctuel, mais une situation qui dure. “Ce n’est pas un cas isolé, c’est un problème récurrent”, a rappelé Rivo Rakontondravelo, co-secrétaire départemental du FSU-SNUipp. Selon lui, les difficultés ont commencé dès janvier 2023, quand la gestion des rémunérations a été transférée à la Direction régionale des finances publiques de La Réunion (DRFIP). “Pendant que Mayotte et La Réunion se renvoient la balle, les personnels de l’éducation n’ont plus de quoi vivre”, insiste-t-il.

Jean-François Pollozec, secrétaire régional de l’Unsa Éducation, dénonce un manque d’anticipation : “Nous savions que des contrats poseraient problème. J’avais alerté dès le mois d’août. Un dispositif d’urgence pouvait être préparé, mais rien n’a été fait. Résultat : certains jeunes enseignants se retrouvent expulsés de leur logement .

Une mobilisation qui s’étend

Beaucoup de contractuels sont dans une situation critique

Après des heures à tenter de se faire entendre, les manifestants ont fini par quitter le rectorat pour marcher tout en criant leurs slogans. Ils sont passés devant le Conseil départemental, puis ont continué leur route, jusqu’au rond‑point Zakia Madi, avant de reprendre le chemin du rectorat. De retour devant celui-ci, certains syndicats ont réussi à rencontrer Valérie Debuchy à huis clos. « Elle invite les personnels non payés à se faire connaître auprès de leurs chefs d’établissement. Un fichier de paie d’urgence avec la somme légale prévue pour les acomptes (800 euros) devrait être envoyé d’urgence à la paierie de la Réunion pour une mise en paiement au plus vite », nous a indiqué Jean-François Pollozec.

Pour l’instant, seule la promesse d’acomptes a été faite, une solution jugée insuffisante et inégalitaire par le corps de l’éducation. En ce qui concerne la régularisation complète des salaires, des échos disent qu’elle pourrait intervenir en décembre, mais aucun calendrier précis n’a encore été communiqué. Et si rien n’évolue, les syndicats préviennent : un préavis de grève est déjà en cours pour mardi prochain.

Shanyce MATHIAS

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