C’est au cœur de la réserve forestière de Majimbini que des installations de ponction de la rivière Bouyouni ont été repérées et détruites ce mardi matin. L’enjeu de l’opération de la MISEN est la maitrise de la ressource en eau, convoitée actuellement par tous, notamment par les agriculteurs dans cette zone.

Destruction de 6 captages sauvages en rivière Bouyouni

C’est au cœur de la réserve forestière de Majimbini que des installations de ponction de la rivière Bouyouni ont été repérées et détruites ce mardi matin. L’enjeu de l’opération de la MISEN est la maitrise de la ressource en eau, convoitée actuellement par tous, notamment par les agriculteurs dans cette zone.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières… qui viennent grossir les stations de potabilité et donc nos robinets. La maxime n’a jamais été aussi vraie à l’heure où chaque millilitre est compté. C’est en substance ce qu’expliquait Jean-François Le Roux, Chef de service Environnement et Prévention des risques à la DEALM (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et de la Mer) de Mayotte. Il menait une opération de la MISEN, Mission Inter-service de l’Eau et de la Nature, de destruction de captages illégaux sur la rivière Bouyouni. Étaient également présents l’Office Français de la Biodiveristé (OFB), la gendarmerie, la police municipale et le conseil départemental, pour sa compétence sur le domaine fluvial. Et au titre de propriétaire foncier autour des points opérés ce mardi.

Depuis la piste en hauteur, impossible de visualiser la ligne de tuyaux qui vient ponctionner le ruisseau, caché derrière un bouquet de bambous. C’est là qu’on comprend le travail de fourmi que doivent mener les agents de la police de l’eau de la DEALM.

A mi-pente, on commence à peine à apercevoir l’affluent de la Bouyouni

Sont visés 6 captages sauvages sur des affluents de la rivière Bouyouni, mis en place par des agriculteurs. Le 1er, qui lance la journée des agents de la police de l’eau de la DEAL, épaulés par leurs collègues du service du réseau routier, et des gardes environnement du CD, est le plus imposant.

Pour le découvrir, il faut s’enfoncer très avant dans la piste Bouyouni-Combani. La pluie bienfaitrice complique l’avancée des véhicules, dérapages à l’appui, même le pickup 4×4 doit s’y reprendre à deux fois. Il faut ensuite laisser les véhicules et s’enfoncer dans une forêt en pente pour accéder à l’installation.

Notre planche de salut lors de la vidange des retenues

Destruction du barrage par la MISEN

Un mur en parpaing a été érigé, formant un barrage bloquant l’eau en amont, réserve de laquelle partent une série de tuyaux destinés à approvisionner les cultures en contrebas. Troncs d’arbre et bambous obstruent partiellement le lit du cours d’eau. L’objectif de la mission est donc double : d’une part libérer l’eau du barrage sauvage, d’autre part, nettoyer le ruisseau des déchets, naturels pour la plupart, qui l’encombrent.

« Habituellement, nous ne nous rendons pas sur ces zones, mais là en raison de la pénurie d’eau, chaque goutte est importante, donc on s’intéresse de près à ces captages sauvages. Ensuite, il va falloir maintenir le site en l’état », commente Jean-François Le Roux qui doit encore se rendre sur 5 captages sauvages, « il y en a 3 rien que sur ce bras de ruisseau. Nous avons ciblé tous les cours d’eau à la recherche de captages interdits. »

Ils sont 10 agents du service de la police de l’eau envoyés sur les différents cours d’eau de l’île, avec des appuis côtés gardes environnement à la DAAF et le CD, mais largement en sous-nombre au regard des atteintes à l’environnement, sur la forêt et l’eau, comme nous l’avions rapporté avec la DAAF.

Or comme il le rappelle, quand les retenues seront à sec – et on n’en est pas loin avec seulement 13,6 % d’eau à Combani et 7% à Dzoumogné ce lundi soir – « c’est sur cette ressource qu’il faudra compter, les captages, les forages et la désalinisation ». D’où l’importance de l’opération, et de sa répétition.

Régulariser les prises d’eau

Nettoyage du ruisseau obstrué par la végétation et une vieille machine

Un agent du CD se saisit d’une masse et entreprend de détruire le barrage, le débit d’eau gagne aussitôt en volume en contrebas. « Nous n’allons pas casser tout le barrage maintenant car les sédiments qui se sont amoncelés au film du temps en hauteur vont être libérés d’un coup et risquent de bloquer la fluidité de l’eau en contrebas », rapporte toujours le chef de service.

En aval, des champs de bananiers, très gourmands en eau, d’agriculteurs aux différents statuts. « Une partie semble déclaré à la Politique Agricole Commune, donc professionnels, l’autre non, qui pourront éventuellement se régulariser avec l’accompagnement de la CAPAM. C’est pour cela que nous effectuons une coupe propre sur la plupart des captages illégaux pour faciliter l’installation éventuelle d’ouvrages légaux et encadrés ensuite. »

Le défi est de taille car cet affluent de la rivière Bouyouni, va alimenter l’usine de dessalement sise sur le site. Et donc les habitants.

Au programme de la MISEN, la visite de tous les cours d’eau, notamment les plus abondants, Kwale, Ouroveni et Gouloué.

Un job à plein temps à Mayotte !

Alors que les hommes en jaune, vert et orange s’activent à déblayer la rivière, la pluie continue à tomber sous une couverture nuageuse surplombant les deux retenues collinaires de Combani et Dzoumogné…

Anne Perzo-Lafond

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