Dans un communiqué officiel adressé à la presse, les Naturalistes de Mayotte dénoncent l’actuelle situation de crise à la fois prévisible et non anticipée.

Crise de l’Eau : Les Naturalistes s’expriment

Dans un communiqué officiel adressé à la presse, les Naturalistes de Mayotte dénoncent l’actuelle situation de crise à la fois prévisible et non anticipée.

Outre un manifeste déficit de précipitations de près de -25%, il est souligné l’aspect capricieux et imprévisible de la météo et ce, à travers le Monde. Extrêmes sécheresses ou, à contrario, pluies diluviennes, les quotidiennes actualités ne font que renforcer cet indéniable constat. Un constat environnemental, certes, mais également démographique  notamment propre au sol mahorais avec « une population qui double tous les 20 ans » auquel s’ajoute les besoins annuels de plus en plus accrus en termes de consommation hydrique : « environ 2 000 m3 par an », tout en évoquant le phénomène de déforestation massif, réduisant ainsi « la capacité d’absorption des eaux de pluie dans le sol et donc restreignant la ressource exploitable ». 

Cette fatale non-anticipation 

(Communiqué en l’état)

En dépit d’un schéma directeur définissant les grands axes d’évolution et les travaux à réaliser, la plupart des travaux préconisés n’ont pas été entrepris. S’il y a bien eu l’interconnexion des deux retenues collinaires et le relèvement de celle de Combani pour augmenter son stockage, ces travaux sont sans effet sur la crise de 2023 car les pluies et rivières n’ont pas rechargé les retenues. L’extension de capacité de l’usine de dessalement de Petite-Terre, décidée dans la précipitation pour rassurer l’opinion publique n’a jamais atteint les objectifs annoncés. La troisième retenue collinaire de l’Ouroveni, déjà annoncée il y a vingt ans, est au point mort. Le foncier n’est même pas encore maîtrisé. Le premier coup de pioche n’est pas pour demain, d’autant plus qu’il faudra préalablement mener des études d’impact. Le réseau vieillissant aurait dû être renouvelé par tronçons chaque année, du coup, 30% de l’eau circulant dans les réseaux se perd en fuites. Enfin, les forages dans les nappes phréatiques résument bien cette absence d’anticipation : la dernière campagne de forage remonte à 2013, la prochaine commencera… à la fin de cette année, certainement sous la pression des circonstances. 

Il a fallu attendre dix ans et une nouvelle pénurie pour commander des forages qui, de toute façon, ne pourront pas être opérationnels dès cette année : il faut en effet acquérir le foncier, créer des accès aux sites, prévoir les équipements et raccordements.
En 2017, une étude de l’ONF sur les effets de la reforestation pour accroître la ressource en eau indiquait qu’une centaine d’hectares de forêt permettrait de mettre à disposition 400 000 m3 d’eau par an en saison sèche, soit une dizaine de jours de consommation de l’île. Aucune action de grande envergure contre la déforestation et pour la replantation n’a cependant été menée. 

La gestion de la crise actuelle 

Il y a une forte différence de gestion des risques si l’on compare la période COVID et la présente crise de l’eau. Pendant le COVID, nous étions surinformés sur les précautions à prendre, sur le nombre de malades et de décès jour après jour. Tous les média, les panneaux d’affichage ne laissaient guère de répit aux récalcitrants qui n’adoptaient pas les gestes de protection ou négligeaient de se faire vacciner. Globalement la population de Mayotte s’était pliée à cette discipline collective. Aujourd’hui, on est bien loin de la mobilisation sociale qu’on a connue à l’époque COVID. Depuis au moins quatre mois, alors que l’on savait que la pénurie allait être sévère à partir de septembre, la communication des autorités a été minimaliste : jusqu’à ces derniers jours, peu d’informations sur la situation réelle et à plus forte raison prévisible. La communication se bornant le plus souvent à préciser les heures et jours de coupures d’eau, les réunions de crise se limitant à l’entre-soi des décideurs. 

Pendant ce temps, et malgré un arrêté de restriction début juillet, le lavage des voitures et des bateaux, le remplissage des piscines n’ont pas été complètement interrompus. La communication des autorités s’est principalement portée sur les tours d’eau alors qu’elle aurait dû cibler prioritairement les moyens de réduire nos consommations individuelles. L’incitation à la réduction de la consommation individuelle est peu encouragée : réduction de tous les usages autres qu’alimentaires et de toilette personnelle ; récupération des eaux non potables pour l’arrosage des jardins et pour les toilettes ; interdiction totale de lavage des voitures ou bateaux ou remplissage de piscines avec de l’eau potable ; réduire l’utilisation des chasses d’eau et des douches, … 

Pendant cette période de crise, la ressource en eau devrait être réservée aux seuls usages d’eau potable pour la population. Certains secteurs d’activité économique (agriculture, BTP, stations de lavage, embouteillage de boissons…) sont de grosses consommatrices d’eau. Certains usages pourraient être remplacés par de l’eau non potable, dans d’autres cas, qui conduiront peut être à la cessation temporaire d’activité, le dispositif du « quoi qu’il en coûte » activé pendant l’époque COVID devrait venir en aide aux entreprises concernées. 

La communication officielle n’est pas à la hauteur des enjeux. On a le sentiment que les autorités cherchent à communiquer le moins possible. Les consignes de réduction ou d’interdiction sur certains usages (notamment le lavage des voitures) ne sont pas respectés et les comportements individuels sont encore très en deçà des attentes. Qu’on se souvienne de l’épisode COVID : le matraquage sur les gestes barrières avait fini par être entendu et globalement respecté. C’est une mobilisation citoyenne de même nature qu’il faudrait développer, une véritable révolution culturelle pour changer les comportements et responsabiliser tous les citoyens. 

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