La colère gronde auprès de nombreux Mamoudzois concernant la hausse de près de 100% de la taxe foncière sur la commune. « Cette taxe foncière est excessive et mauvaise », s’insurge Anli Attoumani, alias « Warka », membre du collectif « Tous contre les taxes excessives à Mayotte ». « Vue la période que nous connaissons depuis Chido, les habitants sont dans l’incapacité de répondre à cette hausse », ajoute-t-il.
Une pétition avec déjà près de 3.000 signatures

Les collectifs en veulent à l’équipe municipale et à son maire, Amdilwahedou Soumaïla, qui a, selon eux, fait preuve de « trahison ! » et estiment que les résultats de l’élection municipale dans la ville chef-lieu auraient été différents… « Cette hausse de la taxe foncière est injuste, l’État doit prendre sa part », plaident-ils. En effet, les deux collectifs indiquent que beaucoup de propriétaires sont des retraités mais avec des pensions dérisoires. « Comment vous faites quand vous touchez 300 euros par mois de retraite ? », s’interrogent-ils.
Face au refus « catégorique » du maire de Mamoudzou de baisser ou d’annuler cette hausse, les collectifs assurent que le mouvement de protestation va continuer et même s’intensifier. Ils ont lancé une pétition en ligne, il y a quelques semaines, et celle-ci a déjà recueilli près de 3.000 signatures. « Nous allons demander à l’État de contrôler la légalité de cette hausse de la taxe foncière car beaucoup de Mamoudzois sont en train de reconstruire leur habitation et ne peuvent assumer cette charge supplémentaire », insiste « Warka ».
Mettre fin aux injustices et aux irrégularités

Selon les deux collectifs, le maire « taxe à tout-va, sans prendre en compte la hausse des prix. Tout est trop cher, la population est exaspérée ». Ils en veulent pour preuve la hausse des matières premières, notamment le ciment qui est passé de 160 euros la tonne avant Chido à 280 euros aujourd’hui. « La population ne peut pas supporter ces hausses. Cette taxe foncière est injuste. Le maire taxe les ruines… les habitations et les biens sont détruits, à terre, mais il taxe sur la même base ! Il ne prend pas en compte la réalité de l’après Chido et n’apporte pas de réponses claires », se désole un autre membre du collectif, Saidali Boina Hamissi.
Il nous dit que c’est pour la reconstruction des écoles… mais il y a des aides qui sont prévues dans le cadre de la loi pour la Refondation de Mayotte. Il doit demander de l’aide à l’État et taper du poing sur la table s’il le faut ! ».

Même son de cloche du côté des « Femmes leader » et de sa présidente, Saandati Abdou. « On ne peut pas rester indifférents à ce qu’il se passe…. Les élus de Mayotte ce sont nos propres enfants et ils nous dépouillent, ce n’est pas acceptable », assène d’un ton grave la présidente des « Femmes leader ». « On ne peut pas fermer les yeux et crier simplement au scandale. On refuse de payer ! ».
20% payent pour les 80% restants
Les membres des collectifs mettent également en cause la lenteur des procédures de régularisation foncière, voire carrément son inexistence. « La régularisation foncière est inexistante à Mamoudzou. 3.000 à 4.000 foyers payent la taxe foncière alors qu’au dernier recensement l’Insee comptabilisait environ 72.000 habitants. Il n’y a pas d’équité. Il n’est pas normal que 20% payent pour les 80% restants ! », dénonce une membre du collectif « Tous contre les taxes excessives à Mayotte ».
Selon elle, la Ville de Mamoudzou et le Département-Région doivent faciliter la régularisation foncière et elle s’interroge sur les blocages rencontrés. « Au niveau de la CUF (ndlr, Commission d’Urgence Foncière), les dossiers tardent, c’est trop lent, assure-t-elle. Les Mamoudzois demandent à être propriétaires. On se sent matraqués à la fois par les impôts et le coût de la reconstruction. Les pouvoirs publics doivent revoir ce taux d’imposition ».
Des menaces de blocages si rien ne bouge

Interrogé par notre rédaction sur les suites du mouvement s’il n’y a pas d’issue favorable à leur revendication, « Warka » est sans ambiguïtés : « Si nous n’avons pas gain de cause, nous n’excluons pas des mesures plus radicales comme le blocage de la mairie par exemple. Notre objectif est de faire aboutir ce combat et surtout de prévenir des drames et protéger nos familles », soutient-t-il.
Mais avant d’en arriver là, les collectifs comptent faire valoir leur droit, en premier lieu, auprès du préfet de Mayotte, Frédéric Poisot. « Nous allons solliciter l’État à travers une audience auprès du préfet afin d’avoir sa position et son point de vue ». Puis, si rien ne bouge, les collectifs iront devant la justice administrative et même devant d’autres juridictions, au niveau européen notamment, comme la Cour européenne des droits de l’Homme. « Mayotte est un territoire sous doté… le triptyque Liberté-Égalité-Fraternité n’a pas de sens sur ce territoire », dénonce avec un goût amer « Warka ». « Les délinquants, la vie chère… le quotidien est difficile ici. La population est à bout ».
« La hausse décidée reste mesurée »
Contacté, le maire de Mamoudzou nous a indiqué avoir reçu, le 7 octobre dernier, le collectif, accompagné d’autres élus municipaux à l’Hôtel de Ville. « Cette rencontre a permis de répondre à leurs interrogations sur l’augmentation des taux de fiscalité locale votée pour 2026 notamment sur la taxe foncière sur le bâti, qui est passé de 9,17% à 17,93%, soit 8 points. Mais aussi sur la taxe foncière sur le non bâti qui est passé de 4,23% à 8, 27%, soit 4 points de plus ».

Ambdilwahedou Soumaïla a par ailleurs rappelé lors de cette rencontre que la Ville mesure pleinement les efforts collectifs demandés à l’ensemble des Mamoudzois et Mamoudzoises, notamment les contribuables, et a expliqué le contexte de cette décision.
« De 2020 à 2025, la Ville n’a pas augmenté ses taux, malgré la crise sanitaire et sociale, la crise de l’eau et la hausse des prix. Pendant ces six années, elle a choisi de travailler à améliorer le recensement des biens imposables plutôt que d’augmenter les taux afin de générer des recettes fiscales et ainsi répondre aux attentes de nos concitoyens sur la qualité du service public, l’aménagement équilibré de notre territoire. Un service dédié à d’ailleurs été créé. Le cyclone Chido a profondément changé cette situation. Les dégâts subis par le patrimoine communal (écoles, bâtiments publics, équipements, voiries) sont estimés à 91,7 millions d’euros.
Face à ces besoins, l’indemnisation des assurances est plafonnée à 12 millions d’euros, dont 8 millions d’euros perçus à ce jour. Les financements de l’État promis ont non seulement tardé à être versés mais ces derniers couvrent au mieux 80 % des opérations éligibles, et le reste demeure à la charge de la commune. Pour rouvrir les écoles au plus vite, remettre l’éclairage public dans les quartiers, refaire les bâtiments publics et ne pas mettre en difficulté les entreprises mobilisées sur les chantiers et ainsi éviter le chômage partiel voire les licenciements économiques, la Ville a avancé le paiement des travaux sur ses propres recettes en faisant notamment recours à l’emprunt bancaire », se justifie ainsi le maire de Mamoudzou avant de conclure que : « Pour autant, la hausse décidée reste mesurée ».
B.J.


