Les mains plongées dans la terre des plantations de vanille, les yeux attentifs aux gestes précis des distillateurs d’huiles essentielles et les pieds enfoncés dans la poussière des poulaillers. Depuis le 17 octobre, onze élèves de CAP et de Bac professionnel du lycée agricole de Coconi ont troqué leurs salles de cours contre les réalités paysannes des régions DIANA et SAVA, au nord de Madagascar. Encadrés par trois accompagnateurs, ce groupe d’apprentis vit une plongée grandeur nature au cœur du monde rural malgache.

Durant la première semaine, les élèves ont partagé le quotidien d’une exploitation agricole, côte à côte avec l’exploitant et ses ouvriers. Loin des standards matériels de l’enseignement hexagonal, la découverte s’est faite au rythme du travail manuel et du « système D ». « L’idée était de leur faire découvrir cette agriculture en immersion totale, explique Cécile Morelli, accompagnatrice et chargée de mission au lycée agricole. Nos élèves ont pu mettre en pratique ce qu’ils apprennent à Mayotte, mais surtout voir comment leurs homologues s’en sortent avec les moyens du bord ».
Cette confrontation directe a particulièrement résonné chez les futurs éleveurs. En découvrant des parcelles combinant l’élevage de poules pondeuses avec la culture de la vanille ou du cacao, certains ont entrevu des pistes inédites pour leur avenir. « La vanille existe à Mayotte, mais ils ne l’avaient jamais observée sous cet angle d’exploitation, poursuit Cécile Morelli. Certains jeunes spécialisés dans les filières animales se demandent maintenant pourquoi ils ne planteraient pas eux aussi du végétal à haute valeur ajoutée à leur retour. Cela leur ouvre l’esprit et leur permet de repenser leur manière de concevoir l’agriculture mahoraise ».
Faire tomber les préjugés
Pour une grande partie de la délégation, cette traversée du canal du Mozambique représentait un saut dans l’inconnu, voire une première sortie de l’île aux parfums. Les idées reçues n’ont pas résisté longtemps au contact des acteurs locaux. « Au départ, certains arrivaient avec quelques clichés en tête, imaginant surtout du soleil et de la bonne nourriture. Sur place, ils ont découvert des professionnels acharnés, très consciencieux et impliqués dans la préservation de leur environnement ».
Le programme n’a laissé que peu de répit aux apprenants. Après une étape au CAFPA de Diego Suarez — un centre de formation agricole public appartenant au réseau des établissements d’enseignement de l’océan Indien —, les lycéens ont mis leurs bras au service de l’ONG « Graine de Vie » pour un chantier de reboisement sur les pentes de la Montagne d’Ambre. Chaque soir, un rituel de restitution oblige chacun à verbaliser ses apprentissages du jour et à poser un diagnostic technique, avant un grand oral prévu à la rentrée devant leurs camarades de classe restés à Coconi.
Poursuivre les échanges

Ce déplacement marque le point final du projet FORMAGRI 2027, cofinancé à 85 % par le fonds européen Interreg Canal du Mozambique — placé sous l’égide du Département-Région de Mayotte — et à 15 % par le lycée et les familles. Si le volet sortant s’achève ce samedi 31 octobre, la coopération se poursuit : huit formateurs et techniciens agricoles malgaches seront reçus à Coconi du 9 au 16 novembre prochain.
Reste désormais à bâtir une réciprocité complète pour les jeunes générations. Si les barrières administratives et les contraintes de visas compliquent encore l’accueil d’élèves malgaches dans les internats mahorais, l’équipe pédagogique espère que de nouvelles lignes budgétaires prendront le relais pour pérenniser ce pont régional.
Avant de boucler leurs valises, les lycéens s’accorderont une dernière journée de respiration sur les rives de la Mer d’Émeraude. Mais au moment de réembarquer pour Pamandzi, ils ne rapporteront pas seulement des souvenirs de voyage. Dans leurs carnets de bord, les graines d’une agriculture mahoraise plus inventive sont déjà semées.
Léo Vignal


