Une histoire, des personnages, des dialogues. C’est ce que les participants à Ciné Mamoudzou ont découvert. Mais avant de passer derrière la caméra, ils ont consacré une partie importante de la formation à l’écriture. L’idée est simple avant de penser aux images, il faut savoir ce que l’on veut raconter et comment le raconter.
« Nous ne voulons pas seulement apprendre aux jeunes à utiliser une caméra. Aujourd’hui, avec un téléphone, presque tout le monde peut produire des images. Ce qui fait la différence, c’est ce que l’on raconte et la manière dont on le raconte. C’est pour cela que nous insistons énormément sur l’écriture », explique Nahid Abdourraquib, président d’EXPLO’S et auteur-réalisateur.
Le cinéma est aussi possible à Mayotte

Pour toucher les jeunes déscolarisés, EXPLO’S s’est appuyée sur l’association « Les Jeunes Leaders » de Doujani, engagée dans des actions en faveur de la jeunesse, notamment pour lutter contre l’oisiveté et favoriser la remobilisation. Nahid Abdourraquib leur a présenté le projet, auquel ils ont rapidement adhéré, avant de mobiliser les 35 participants volontaires.
Le dispositif est soutenu par la Fondation « En revanche », qui fait partie de la Fondation de France. À Mayotte, le cinéma peut sembler éloigné des possibilités professionnelles auxquelles les jeunes pensent, notamment à cause du manque d’infrastructures. Ciné Mamoudzou cherche donc à réduire cette distance en leur montrant qu’il est possible de créer sur le territoire, à partir de leurs expériences et de ce qu’ils connaissent.
« Quand on parle des métiers du cinéma, certains jeunes peuvent avoir l’impression qu’il s’agit d’un univers inaccessible ou qui se passe forcément ailleurs. Notre travail consiste d’abord à leur montrer qu’ils peuvent créer ici, avec des histoires qui leur ressemblent », poursuit le réalisateur.
Des premières envies de réalisation

Nahid Abdourraquib dit avoir été particulièrement marqué par leur capacité d’apprentissage : en une semaine par groupe, ils ont assimilé des notions d’écriture, la dramaturgie, la mise en scène, le cadrage, le son et l’organisation d’un tournage, des compétences qu’il avait lui-même apprises sur plusieurs mois pendant sa formation.
Au fil des séances, il a vu certains jeunes commencer à proposer des idées et trouver leur place dans le travail collectif. Une évolution qui se retrouve aussi dans les envies exprimées par les participants à la fin de cette première expérience.
Mounayati, 19 ans, retient surtout la réalisation et l’acting, ainsi que la prise en main du matériel utilisé pendant le tournage. Une expérience qui lui donne déjà envie d’aller plus loin. « Je me vois poursuivre la réalisation et l’acting », confie la jeune femme. Pour le président d’EXPLO’S, ces premières envies montrent que le cinéma peut devenir une possibilité même pour des jeunes qui ne l’envisageaient pas forcément.
Un court-métrage pour aller jusqu’au bout

La formation d’octobre n’est que la première étape du projet. Les connaissances acquises ont permis de préparer un scénario destiné à devenir un court-métrage. Mais pour le moment, EXPLO’S recherche les financements nécessaires à la production de celui-ci.
« Pour moi, il est important qu’il y ait une finalité. On n’apprend pas le cinéma uniquement pour faire des exercices pendant quelques jours. Nous voulons conduire les jeunes jusqu’à la production d’un film et essayer ensuite de lui donner une vie, à la télévision et, nous l’espérons, au cinéma. Cela change complètement leur rapport au travail : ce qu’ils créent est destiné à être vu », souligne-t-il.
Cette continuité entre formation et production pourrait aussi se concrétiser sur d’autres tournages. Nahid Abdourraquib prévoit de recruter certains des participants sur le tournage de son prochain long-métrage professionnel. Il explique que plusieurs jeunes se sont démarqués par leur rigueur, leur assiduité, leur créativité et leur sens de l’organisation. Tous ne deviendront peut-être pas des professionnels du cinéma, mais cette participation va leur permettre de découvrir une nouvelle orientation.
Shanyce MATHIAS ALI.


